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Viande/Crise Les industriels de la viande veulent croire en leur survie

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Ambiance morose lors de l’assemblée générale des entreprises françaises des viandes : leur président, Jean-Paul Bigard n’hésite pas à employer les grands mots, affirmant que « pour les industries d’abattage, le pronostic vital est engagé ». Celles-ci sont face à une triple crise, l’explosion des coûts des matières premières végétales, la déconsommation sans précédent de la viande liée à la perte du pouvoir d’achat et une compétition européenne biaisée. Toutefois, le président du Sniv-Sncp veut encore y croire, car « il y a encore des conditions de survie ».

Lors de son assemblée générale du 2 octobre, le Sniv-SNCP a voulu dresser un bilan sans concession de la situation que connaît actuellement la filière. « Celle-ci est en grand danger », a déclaré Jean-Paul Bigard, déplorant au passage que le ministre de l’Agriculture « retenu par d’autres obligations… n’ait pu prendre le temps de s’arrêter sur la situation gravissime de l’aval de la filière ». Une absence qui vient conforter le « sentiment d’abandon que connaissent ses acteurs », inquiets de devoir subir « un déclin irréversible ». Et d’asséner des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : baisse de 20% du cheptel bovin et de la moitié du cheptel ovin, sur 30 ans, 15% pour les porcs en dix ans, abattages multipliés par 1,3 en bovins et 4 en porcs, dans les pays voisins tandis que les abattoirs français attiraient deux fois moins de bêtes, vieillissement et non renouvellement des exploitants, aggravation du déficit commercial…
 
Victimes de la spéculation des matières végétales
« Le premier des risques est celui que fait peser la filière végétale sur la rentabilité et la pérennité des productions animales européennes », a-t-il affirmé. Jean-Paul Bigard ne voit pas comment répercuter, sur le produit final, le coût lié à la spéculation sur les matières premières. « On n’aura pas à la fois l’indépendance alimentaire et l’indépendance énergétique », a-t-il martelé, en demandant de revoir les usages non alimentaires des cultures, en particulier pour les biocarburants d’origine végétale. Pour lui, cet état de fait conduit à une rupture qui se traduit par « des faillites, une décapitalisation et une absence d’installations ». Il en appelle donc à une régulation mondiale de la spéculation financière sur les matières premières. Celle-ci génère des mouvements tellement erratiques que « l’accord du 3 mai tel qu’il définit les seuils de déclenchement de la négociation des prix avec la distribution, n’est qu’une illusion, un instrument politico-médiatique pour masquer l’impuissance générale face à cette spéculation ».
 
Ouvrir une réelle réflexion
Cet « outil incantatoire » du 3 mai est donc largement insuffisant – pour ne pas dire inopérant – et doit être revisité pour « ouvrir une véritable réflexion autour de deux thèmes majeurs : la rentabilité et la compétitivité ». LME, valorisation des sous-produits animaux, protéines animales transformées, abattage rituel, dumping social : la liste est longue des sujets sur lesquels la France manque de toutes les audaces, estime Jean-Paul Bigard. Cette audace doit également se manifester en aval. La France doit aussi oser le renouveau dans la politique de soutien à l’élevage. Sans orientation clairement affichée pour les structures d’élevages, comment créer une dynamique et comment attirer des jeunes, se demande le Sniv ? À côté du pilier des grandes cultures, c’est un véritable pilier des productions animales qu’il faut consolider. « L’industrie de la viande doit également faire sa part et preuve d’audace et d’innovation. Si dans le secteur de l’abattage-découpe, nous avons restructuré et modernisé nos outils tout en préservant l’emploi, c’est parce que nous avons osé aller très loin dans la remise en question de nos activités. Nous relèverons les nouveaux défis et nous serons à la hauteur de toutes les attentes sociétales. Mais il nous faudra du courage, un grand sens des responsabilités et une volonté d’unité ».
 
Partir à la reconquête des consommateurs
La chute sans précédent de la consommation est pour part imputable à la crise qui pénalise le budget des ménages, mais également à une image dégradée de la viande en France. « Le problème n’est pas seulement celui du prix, mais d’un rapport qualité prix, car la première revendication des Français est de manger de la bonne viande», indiquait lors de la table ronde Guy Lepel-Cointet, directeur marketing de Charal. « Les Français sont des artistes de la viande », renchérissait le boucher actuellement en vogue, Yves-Marie Le Bourdonnec, « mais il faut faire des croisements génétiques, offrir des viandes adaptées pour satisfaire les aspirations des consommateurs ». Il faut également que la profession se défende davantage et « réponde point par point aux attaques dont elle est victime, en le faisant de manière responsable, sans entrer dans la surenchère avec les détracteurs qui sont minoritaires », estime également Guy Lepel-Cointet. Le Sniv entend participer à ce renouveau de la consommation par une nouvelle écoute des attentes sociétales, afin d’apporter de nouvelles réponses aux consommateurs. À cet effet, le syndicat a mis en place une plate-forme de dialogue gérée par un institut de sondage avec un échantillon de la population française. Une réelle innovation qui permettra de comprendre ce que souhaite le citoyen et ce qu’est prêt à acheter le consommateur.
La profession est en mesure de relever ces défis, conclut Jean-Paul Bigard, mais dans « ces conditions de survie » que traverse actuellement celle-ci, il lui faut « avoir les nerfs solides… acquérir une capacité d’anticipation débouchant sur de vraies stratégies » et surtout ne pas affronter la diversité en rangs dispersés.

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