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AgroFinance 2012 Les industriels de l’agroalimentaire dévoilent leurs stratégies gagnantes

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Comment les industriels français s’adaptent-ils au nouveau contexte mondial ? Dans un environnement actuel incertain, des leviers de croissance émergent malgré tout au sein du secteur agroalimentaire. Nombre d’entre eux ont été dévoilés à l’occasion du colloque AgroFinance 10e édition, organisé par Agra Alimentation et l’association AgroFood, qui s’est déroulé au Palais Brongniart à Paris, le 26 novembre 2012. Une réunion à laquelle le ministre de l’Agriculture et de l’agroalimentaire Stéphane Le Foll a, lui aussi, apporté sa pierre : « Le défi, c’est d’être capable de répondre aux niches et aux productions de masse », a-t-il expliqué. Décryptage des stratégies d’entreprises agroalimentaires présentes à ce rendez-vous.

Volatilité des matières premières, exigences accrues des consommateurs, rigidité des règlementations, gestion des aléas... « Cette instabilité va s’installer durablement sur le secteur agroalimentaire et faire partie du quotidien des chefs d’entreprise », a expliqué François Moury, directeur du pôle agroalimentaire du Crédit agricole. Une manière de planter le décor du nouveau contexte mondial, qui incite aujourd’hui en France, les industriels de l’agroalimentaire à s’interroger sur la stratégie d’adaptation à mettre en place pour la pérennité de leur développement. Lors du colloque AgroFinance 10e édition, qui s’est tenu le 26 novembre dernier au Palais Brongniart, à Paris, quelques leviers de croissance ont été présentés dans le cadre de deux tables rondes.

Cohérence

Certains de ces leviers ont bénéficié d’un large consensus parmi les intervenants.

Innover pour résister ou tout simplement évoluer ! « La recherche en amont est fondamentale, explique Daniel Faguer, DG Malteurop Groupe. Nous avons des outils de recherche là où nous prenons nos matières premières». Dans le cas de ce groupe coopératif, innover reste une condition sine qua non pour pérenniser une culture. Pour d’autres industriels en revanche, l’innovation permet d’accéder à des changements majeurs. Nestlé par exemple, s’est tourné vers « l’innovation de rupture ». Selon Philippe Jaegy, vice-président de Solving Efeso International, l’entreprise agroalimentaire a en effet choisi d’investir dans le domaine de la santé. Pas question ici de parler des alicaments, censés apporter de multiples bienfaits pour la santé des consommateurs, mais bien du développement d’un nouveau modèle : l’alimentation médicale, ces aliments ayant la particularité de prévenir les maladies. Un choix d’innovation porteur puisque chaque année, le groupe suisse réalise dans le secteur « Health Sciences» un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros.
Se différencier à tout prix, c’est ce que recherchent tous les industriels. « Car les consommateurs sont affamés de cela », a expliqué Daniel Faguer, en exposant l’exemple du marché de la bière. Dans un secteur où la concentration est aujourd’hui très forte, de nombreux brasseurs artisanaux, les micro-brasseries, ont vu le jour aux Etats-Unis : Boston Beer, Sunshine ou encore City Brewing. En s’identifiant à une région ou à une ville précise, ils ont pu ainsi faire la différence face aux géants du secteur en valorisant leur terroir. Avec des parts de marché qui augmentent.

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Excellence

Mais se focaliser sur le local, est-ce une garantie de succès ? « En France, la saucisse de Morteau connait un très beau taux de croissance : + 8% pour la filière et + 12% pour l’entreprise », explique Richard Paget, p.-d.g. de Jean-Louis Amiotte SAS. Certains produits du terroir français connaissent en effet un succès important dans l’Hexagone. Mais qu’en est-il de leur attractivité à l’étranger? Pour Richard Paget, « à l’international, la valeur perçue du produit est inférieure à la valeur réelle ». Autre exemple, celui de Fleury Michon, qui reste majoritairement fidèle au marché français et peut se targuer de réaliser 7,5% de croissance par an. La recette de cette réussite, Grégoire Gonnord, président du conseil d’administration de Fleury Michon, l’explique entre autres par le travail sur les filières. L’entreprise a par exemple travaillé avec la filière Bleu Blanc Cœur, reposant sur une alimentation animale constituée majoritairement de graines de lins données aux porcs. Ces entreprises, qu’elles soient petites ou plus grandes, ont su tirer parti du marché français. Mais qu’en est-il des grands groupes? Selon Philippe Jaegy, il faut s’intéresser à la stratégie dite « glocale » qui consiste à être puissant au niveau mondial tout en déployant des offres au niveau local. C’est le cas de AB Inbev, le numéro un de la bière, qui dispose d’une présence géographique équilibrée entre pays développés et pays émergents avec des marques globales, multi-pays et des marques locales.

Agilité

S’ouvrir davantage à l’international, telle est l’une des idées soutenues également par le ministre de l’Agriculture et de l’agroalimentaire Stéphane Le Foll, venu conclure les débats. « Quand on travaille pour l’exportation, on doit avoir deux grands schémas en tête, le marché européen et ensuite le marché international », note Stéphane Le Foll. Et qui dit international, dit évidemment marchés en croissance. Car comme l’a expliqué Karl-Heinz Kiesel, senior vice-president de l’espagnol Campofrio Food Group, il faut se tourner vers les marchés cibles. « La demande de viande de porc va exploser en Chine, dit-il, dans les cinq prochaines années car plus de 300 millions de personnes vont désormais être en mesure d’en acheter.» À l’heure actuelle en effet, la Chine ne serait pas en mesure de développer une production porcine qui puisse répondre à sa demande intérieure fulgurante à court terme. Idem pour la Russie, très dépendante de l’Europe de l’Ouest en ce qui concerne les protéines animales. « Le défi, c’est d’être capable de répondre aux niches et aux productions de masse », a expliqué Stéphane Le Foll. Une idée largement partagée par Frédéric Grimaud, président du groupe Grimaud La Corbière, un des leaders de la génétique animale avicole et porcine, qui accorde une importance particulière au fait de segmenter les marchés pour des clients particuliers tout en combinant ce développement à des marchés de masse au niveau mondial. « Il s’agit de s’adapter », explique-t-il.
Savoir s’adapter, les industriels présents lors du colloque ont démontré que cela était possible, surtout si les pouvoirs publics avancent de concert avec eux ! Concernant la rigidité de la règlementation française, dénoncée lors du colloque, le ministre n’est pas revenu sur le sujet. Néanmoins, il s’est exprimé au sujet de la volatilité des prix, expliquant que « la mondialisation et la globalisation des marchés fait qu’on ne peut même plus se protéger en termes de variations de production et donc de prix sur une organisation spécifique comme l’Europe par exemple.» Face à cette réalité, il a réaffirmé la nécessité d’une coopération des politiques au niveau mondial : « Il faut qu’on soit capables de mieux se coordonner et si possible d’avoir des politiques plus transparentes sur la question des stocks à l’échelle mondiale ». Des politiques qu’il entend bien assortir d’une lutte accrue contre la spéculation : « Toutes les règles qu’il va falloir mettre en vigueur, dit-il, sont en discussion aujourd’hui au Parlement européen afin d’éviter que sur les marchés tendus, on ait des phénomènes d’amplification liés à des effets spéculatifs ».