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Produits laitiers/Santé Les industriels du lait pour une « approche positive » vis-à-vis des graisses saturées

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« Focaliser l’attention sur les seules matières grasses saturées dans l’alimentation ne peut pas contribuer à une politique de santé équilibrée ». Soucieuse de la multiplication des campagnes de santé publique visant à sensibiliser la population sur les dangers d’une consommation riche en graisses saturées, European Dairy Association (EDA), le lobby de l’industrie laitière européenne, contre-attaque pour mettre en exergue « les progrès que ses membres ont réalisés » en matière de produits alimentaires allégés et la nécessité d’adopter une « approche positive » vis-à-vis des aliments riches en graisses saturées « qui ne forment qu’une partie » des nutriments dans les produits laitiers. La grande hantise de l’industrie laitière : « qu’une approche négative sur les matières grasses saturées » n’influence les achats des produits laitiers par les consommateurs.

Se focaliser sur les seules graisses saturées contenues dans les produits alimentaires est trop simpliste », estiment les responsables de l’European Dairy Association. Ils soulignent que « les aliments contenant des graisses saturées ne sont pas, par définition, malsains et les aliments sans matières grasses saturées ne sont pas, par définition, bons pour la santé ». Mieux : « Les résultats des nouvelles recherches pourraient », selon eux, « modifier notre perception future en ce qui concerne les relations entre les graisses saturées et la santé », d’autant plus que les « matières grasses du lait sont complexes et qu’elles ne doivent pas se résumer aux seules graisses saturées ». Les matières grasses du lait comprendraient « un large éventail de plus de 400 acides gras, dont, en moyenne, 30 à 35% seraient des acides gras insaturés et 65 à 70% d’acides gras saturés ». Ce qui reviendrait, selon les industriels, à considérer que « seuls 1/3 des acides gras du lait seraient moins favorables pour la santé », lesquels soulignent toutefois que, « dans la pratique, les gens ne consomment pas des acides gras individuels, mais des aliments complets ». Espérant être un peu plus convaincants, les responsables de l’European Dairy Association appellent en renfort deux études récentes, dont la première (de Oliveira et al.2012) aurait montré « qu’une consommation plus élevée de produits laitiers serait liée à un risque de maladie cardiovasculaire plus faible ». Une affirmation qui pourrait s’expliquer, selon eux, « par la présence de minéraux anti-hypertenseurs comme le potassium, de certains peptides bioactifs et de toute la matrice complexe de nutriments contenus dans les produits laitiers ». La seconde étude sollicitée ( (Biong et al. 2004, Hjerpsted et al. 2011 , Nestel et al. 2005) aurait montré, entre autres, « qu’une consommation élevée de fromage (120-150 g/jour) n’a aucun effet sur le cholestérol total, sur le cholestérol LDL, le cholestérol HDL ou sur le ratio total/ cholestérol HDL ».

Obstacles techniques pour les reformulations...

Le lobby de l’industrie laitière tient à rappeler qu’« une large gamme de produits laitiers à faible teneur en matières grasses est déjà disponible sur le marché européen » et que des « efforts constants » des industriels ont permis de mettre à disposition « une grande variété de produits laitiers dans toutes les catégories de produits laitiers, y compris les produits laitiers faibles en matières grasses ». Cela n’empêche pas les industriels de souligner une fois de plus la « complexité de la matrice des produits laitiers ». Ceux-ci expliquent que la composition et la teneur en nutriments des produits laitiers « est largement définie par la composition naturelle du lait, la matière première de base et que, de ce fait, « la composition nutritionnelle des produits laitiers ne peut donc pas être facilement modifiée ». En d’autres termes, « des obstacles techniques existent quant à l’évolution de la composition nutritionnelle des produits laitiers, y compris en ce qui concerne les matières grasses ». Ils estiment aussi que, dans le cadre des débats du Groupe de haut niveau sur la nutrition et l’activité physique (1), la réglementation actuelle qui a été créée pour reconnaître la spécificité des produits laitiers – en termes de composition nutritionnelle notamment – doit être prise en compte, et en particulier le règlement 1234/2007, relatif aux appellations protégées du lait et des produits laitiers (annexe XII et XIII), les normes du Codex pour les fromages en ce qui concerne les matières grasses ainsi que les législations nationales, comme par exemple le décret français sur les fromages ».

Plaidoyer pour une politique de sante « plus ouverte à la science »

Compte tenu de ses affirmations susmentionnées, l’industrie laitière européenne plaide pour « une approche globale plutôt que réductionniste » et appelle les parties prenantes en matière de santé publique à mettre l’accent « sur les aliments et les régimes alimentaires et non pas sur les seuls éléments nutritifs ». Elle souligne que « les consommateurs ne mangent pas des nutriments, ils mangent des aliments ». Elle recommande également de s’ouvrir aux « plus récentes recherches scientifiques sur les effets sur la santé des produits laitiers qui sont en pleine évolution » et demande à ce que la politique européenne de la santé soit « assez souple pour s’adapter aux développements les plus récents en science de la nutrition ». L’European Dairy Association considère qu’une « approche positive » de l’alimentation est « plus utile pour les consommateurs », lesquels « sont plus intéressés par des messages positifs (ce qui est bon pour nous), que par des messages négatifs (ce que l’on devrait éviter) qui peuvent fausser leur attitude envers les aliments ». L’essentiel pour l’industrie étant d’éviter, coûte que coûte, « qu’une approche négative de la politique de santé publique puisse influencer les consommateurs à s’éloigner des aliments de base, comme les produits laitiers ».

(1) La prochaine réunion du « Groupe de haut niveau sur la nutrition et l'activité physique » est prévue pour le 7 février 2013. 

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