Les industriels anticipent une forte réduction de volume de riz de Camargue engendrée par la baisse des aides couplées. A terme, le produit risque d'être réduit à la partie congrue dans les linéaires
LA réunion du 12 novembre entre les producteurs de riz et les responsables du ministère de l'Agriculture n'a rien donné. Face à la baisse du dispositif des aides couplées, l'Etat propose des mesures agro-environnementales (2 à 3 millions d'euros), mais conditionnées à des efforts sur les traitements, notamment pesticides (IFC), rejetés par la production. Les riziculteurs ont réaffirmé leur refus lors des manifestations du 5 novembre. L'industrie locale, 8 organismes stockeurs, 17 riziers-conditionneurs et négociants-metteurs en marché, prend des mesures préventives.
Pascal Madar, directeur général du Comptoir agricole du Languedoc, est très vigilant sur l'avenir du riz de Camargue. Son entreprise intervient sur toute la filière, de la production à la transformation. L'entreprise d'Aigues Mortes dans le Gard assure le conditionnement pour le compte de MDD, mais surtout de Taureau Ailé, la marque de Panzani avec laquelle l'entreprise entretient des relations de confiance depuis 50 ans. « Nous sommes tombés à 20 000 tonnes de riz paddy cette année (contre 30 000 t auparavant ndlr) et nous prévoyons 15 000 tonnes en 2015, explique Pascal Madar. Industriellement, la situation n'est pas dangereuse pour nous jusqu'à notre seuil plancher de production de 15 000 tonnes de riz étuvé. Nos capacités de stockage bénéficieront à d'autres céréales. Par contre, une nouvelle baisse de la production entraînerait des conséquences importantes sur notre industrie ».
USINE EN SURSIS
Chez Soufflet, le plus important opérateur en Camargue, Thierry Lievin, directeur général de Soufflet alimentation, a déjà annoncé à ses 40 collaborateurs et aux pouvoirs publics locaux que son unité de traitement de 80 000 tonnes de riz paddy et de production de 50 000 tonnes de riz étuvé était en sursis. La production totale de Camargue devrait tomber au niveau de la capacité de l'usine cette année (75 000 à 80 000 tonnes). « En dessous d'un certain volume, nous ne pourrons plus couvrir nos coûts fixes et les pertes s'accumulent très vite », souligne Thierry Lievin, également président du Syndicat de la rizerie française qui regroupe une dizaine d'entreprises en métropole et dans les Dom-Tom.
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PAS D'EMBELLIE EN VUE
En cause, la baisse des aides couplées aux riziculteurs « qui vont voir baisser leur revenu à l'hectare de 400 € », relève Pascal Madar. Cette situation les pousse à réaliser des arbitrages. Se lancer tous ensemble dans de nouvelles cultures comme la tomate ou le melon risque de faire chuter les cours. Le blé dur, porté par des cours élevés, pourrait être la solution. Mais le risque, c'est que ne plus rien planter serait plus rentable. « Nos outils de production pourraient être mis au service du traitement du riz importé ce qui finirait par déstabiliser toute l'activité locale », reprend Pascal Madar.
SECTEUR NON PRIORITAIRE
A l'origine, de cette baisse des plantations de riz, le choix affiché par François Hollande d'une « meilleure répartition des aides et le coup de pouce pour les petites exploitations », annoncé en octobre 2013. L'Etat réoriente un des neuf milliards d'euros d'aides annuelles européennes vers des productions animales, l'agriculture de montagne, l'installation des jeunes et les pratiques environnementales et le bio au détriment d'autres secteurs comme les petites productions végétales, notamment méditerranéennes. La production mondiale de riz de 475 millions de tonnes pourra largement satisfaire par des importations un marché français de 240 000 tonnes. Le riz de Camargue, il est vrai, ne représente qu'une goutte d'eau dans cet océan.