« Les mesures d'interdiction des importations de viande porcine de l'UE prises par les autorités russes ont un impact certain sur les activités des entreprises européennes surtout si celles-ci sont appelées à durer. Nous espérons que les responsables russes reviendront à une attitude plus raisonnable le plus rapidement possible ». C'est en tout cas l'appel émis par Clitravi (Centre de liaison des industries de la transformation des viandes de l'UE), le porte-voix de l'industrie de la transformation des viandes de l'UE, suite à la récente décision de la Russie de bloquer les importations de viande de porc provenant de la Lituanie après l'apparition dans ce pays de foyers de peste porcine africaine.
LA décision de bloquer les importations de viande de porc communautaire en Russie affecte nos entreprises adhérentes, notamment celles qui possèdent aussi des abattoirs ». Sollicité par Agra Alimentation, Enrico Frabetti, le secrétaire général-adjoint de Clitravi, explique que la réponse de Moscou à l'apparition de cas de peste porcine africaine chez des sangliers en Lituanie est « tout-à-fait disproportionnée et que la décision de bloquer complètement les importations en provenance de l'UE n'est fondée sur aucune base scientifique ». D'autant plus, ajoute-t-il, que dans le même temps et selon les informations dont il dispose, les Russes auraient décidé de ré-autoriser les importations de viande porcine en provenance des États-Unis....Toujours est-il que la décision des autorités russes ne passe pas auprès des industriels européens qui en appellent à leur bon sens en les invitant à accepter ce que l'on appelle le « principe de régionalisation » présenté par la Commission européenne. Selon Enrico Frabetti, il s'agit là « d'une réponse correcte à la situation en Lituanie de la part de l'exécutif européen, réponse qui se base sur les principes de l'OIE (Office International des Epizooties) ». Si le responsable de Clitravi reconnaît que la peste porcine africaine est une maladie très sérieuse, il ne se prive pas en revanche d'ajouter que « les pratiques des autorités russes sont bien connues : ils s'appliquent à faire durer le plaisir. Quand on leur a présenté le système de régionalisation, ils ont insisté pour obtenir des informations complémentaires, puis ont demandé des détails précis sur ces informations complémentaires et pendant ce temps-là rien ne bouge sur le plan commercial ; ce qui ne peut que contrarier les activités des entrepreneurs européens ».
LA COMMISSION EUROPÉENNE AU CHEVET DE LA LITUANIE
De son côté, Tonio Borg, le commissaire européen à la santé des consommateurs poursuit ses efforts pour tenter de convaincre les autorités russes du bien-fondé des mesures de précaution prises par la Commission européenne. Celui-ci explique que suite à la confirmation de deux cas de peste porcine africaine chez des sangliers en Lituanie, le 24 janvier 2014, des mesures conservatoires ont été rapidement adoptées par la Commission européenne visant à régionaliser la zone infectée dans ce pays. « Sur la base du principe de régionalisation, les autorités lituaniennes ont immédiatement appliqué toutes les restrictions imposées par la législation de l'UE », a souligné le commissaire maltais. Ce principe consiste à exclure provisoirement la zone de l'UE infectée par le virus de la peste porcine africaine (sud de la Lituanie, ndlr) de la certification des exportations de porcs vivants et de viande de porc vers la Russie. « Je regrette profondément que nos partenaires russes aient effectivement interdit les exportations provenant même des États membres de l'UE qui ne sont manifestement pas touchés par l'incident. Je rappelle que, compte tenu des assurances que nous avons fournies à la Russie, une telle interdiction est disproportionnée », a indiqué Tonio Borg.
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Celui-ci a précisé que la Commission a déployé, depuis le 28 janvier dernier, une équipe d'experts vétérinaires pour aider et conseiller les autorités lituaniennes. Cette équipe a été rejointe par des experts russes et biélorusses et des experts de l'Organisation mondiale de la santé animale. Il semblerait, selon le commissaire européen, que le virus découvert en Lituanie proviendrait « de pays voisins non membres de l'UE où la maladie n'a pas été contenue ». Il a dans le même temps indiqué que la Commission est en contact constant avec les autorités russes pour tenter de faire appliquer le « principe de la régionalisation», conformément aux règles de l'OMC/SPS et de l'Organisation mondiale de la santé animale. « J'ai l'intention de rencontrer les autorités russes dès que possible afin de nous entendre sur une solution raisonnable pour résoudre ce problème », a conclu le commissaire européen.
Avec 152 millions de porcs et une production annuelle d'environ 23 millions de t de poids de carcasse, l'UE est le deuxième plus grand producteur de viande de porc au monde, après la Chine et aussi le plus grand exportateur mondial. Les principaux pays producteurs sont l'Allemagne, l'Espagne et la France. Ces trois pays représentent ensemble la moitié de l'abattage total de l'UE. L'UE a une autonomie d'environ 110 % et exporte environ 12 % de sa production totale. Principales destinations des exportations : la Russie (mais aussi l'Ukraine, la Biélorussie, la Croatie) et la Chine ainsi que d'autres pays de l'Asie de l'Est (Hong-kong, Japon, Philippines, Corée du sud).