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UE/ sucre Les industriels européens du sucre se mobilisent pour le maintien des quotas

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Alors que la Commission européenne peaufine ses propositions pour un cadre règlementaire prévoyant l’abolition des quotas sucriers à l’horizon de l’an 2015, l’industrie sucrière européenne tente de rameuter ses troupes et de convaincre une majorité d’Etats membres de l’Union pour accorder au secteur une période de transition jusqu’en 2020 pour gagner en compétitivité. Le temps, disent les industriels du sucre, d’adapter leurs outils de production à la concurrence mondiale qui s’annonce très serrée.

Nous souhaitons bénéficier d’une période de consolidation  jusqu’en 2020. Nous sommes prêts à faire de nouveaux efforts mais il nous faut cette période de 5 ans pour gagner en compétitivité et être en mesure d’affronter la concurrence internationale », nous explique Marie-Christine Ribera, directrice générale du Comité européen des fabricants de sucre (CEFS). Elle réclame une prolongation des quotas sucriers jusqu’en 2020 pour deux raisons majeures. D’abord, dit-elle, « nous sortons d’une période de restructuration sévère au cours de laquelle nous avons dû nous adapter aux exigences de la réforme de l’OCM sucre de 2006 ». Une restructuration qui, selon elle, s’est traduite notamment par « la perte de 22 000 emplois directs et la fermeture d’à peu près une usine sur deux » (le nombre d’entreprises serait passé de 187 avant la réforme à seulement 106 aujourd’hui). Si elle reconnaît que cette restructuration a amélioré dans une certaine mesure la compétitivité du secteur sucrier européen (comme aime à le rappeler à chaque occasion la Commission européenne), la directrice générale tient à souligner que ce faisant les entreprises « ont dû rogner sur leurs coûts et n’ont – de ce fait – pas pu procéder aux investissements nécessaires pour moderniser leurs outils de production ».

Concurrence brésilienne
Ensuite, si Marie-Christine Ribera reconnaît, comme le soutient la Commission européenne, que le différentiel de compétitivité des opérateurs brésiliens (marché mondial du sucre de référence qui assure plus de 50 % des exportations mondiales) par rapport à leurs homologues européens s’est réduit durant cette période de restructuration, elle estime toutefois que cette réduction est davantage due « à une baisse passagère de la compétitivité des Brésiliens qu’à une véritable performance des entreprises européennes ». La patronne du CEFS se dit « persuadée que le Brésil est parfaitement capable de redevenir à l’avant de la scène internationale ». D’autant plus, ajoute-t-elle, que le gouvernement brésilien a décidé d’accorder « des aides considérables au secteur sucrier national ». Marie-Christine Ribera considère que dans ces conditions le secteur betteravier de l’UE se doit donc de continuer à améliorer sa compétitivité et que le régime des quotas offre la stabilité dans le moyen terme pour le faire.

Soutien de Bruno Le Maire
Le ministre français de l’Agriculture a de son côté souligné à plusieurs occasions que la proposition de la Commission européenne d’abolir les quotas sucriers à l’horizon de l’an 2015 « ne prend pas en compte des efforts déployés par le secteur depuis 2006 vers une compétitivité accrue ni des enjeux liés au maintien des quotas qui ont permis de développer une filière dynamique et de stabiliser le marché sucrier ». Il estime lui aussi que la filière sucrière « a besoin de temps pour atteindre progressivement le niveau de compétitivité de la canne à sucre et faire face à la concurrence du Brésil ». A chaque réunion des ministres de l’agriculture de l’UE, le ministre assure qu’il s’attache à rappeler à ses pairs la nécessité de prolonger les quotas sucriers et le prix minimum de la betterave jusqu’en 2020 pour permettre au secteur sucrier européen de s’adapter à la future concurrence mondiale forcément plus sévère.

Une majorité qualifiée à portée de main
Rappelons que de près de la moitié des Etats membres ont indiqué que la fin des quotas sucriers, prévue pour 2015, devrait être reportée pour permettre au secteur de mieux s’adapter aux défis futurs. Il s’agit plus exactement de l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Finlande, la France, l’Espagne, la Grèce, la Hongrie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, les Pays-Bas et la Slovaquie. L’Italie ne s’est pas encore clairement prononcée et le Portugal a jusqu’ici été plutôt ambigu sur la question. Comme on le voit, le nombre d’Etats membres favorables à la prolongation des quotas sucrier approche de la majorité qualifiée, laquelle, une fois réunie, pourrait obliger la Commission européenne à revenir sur sa proposition d’abolir les quotas sucriers à l’horizon de l’an 2015.

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