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Brasseurs de France Les industriels lancent la reconquête pour la bière en CHR

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Les brasseurs français sont en train de convaincre leurs partenaires de la filière hors domicile, entrepositaires et cafés-restaurants, de travailler à un plan de reconquête pour stopper l’érosion de ce circuit qui représente le quart des débouchés. Si en effet le marché de la bière s’est stabilisé ces deux dernières années, ce n’est que grâce aux ventes du circuit alimentaire (+0,6 % en 2006, dont +2,1 % en hypers et supermarchés) tandis qu’elles ont encore baissé de 3,2 % en CHR.

Porté par un été ensoleillé, le marché français de la bière a presque réussi à se stabiliser en 2006, pour une deuxième année consécutive, à 20,2 millions hectolitres (-0,4 %). Par rapport à 25 ans d’érosion de 1 % par an, c’est un peu plus satisfaisant, a noté le président de l’association Brasseurs de France, Gérard Laloi, en présentant ces chiffres à la presse. Mais il reste que cela situe la consommation des Français, avec 33 litres par an et par habitant, parmi les plus faibles en Europe.

Les brasseurs français ont produit 16 millions d’hectolitres (-2,2 %) et ont moins exporté que l’année précédente (-8,7 % à 1,7 M hl) alors que les bières importées ont gagné près de 2 points à 5,9 M hl.

La stabilité des ventes en France, dont 80 % concernent des bières brassées en France, est le résultat de deux phénomènes inverses : une progression (+0,6 %) en 2006 dans le circuit alimentaire, qui représente 73% du total, alors que la consommation hors domicile, dans les cafés et restaurants, continue sa chute (-3,2 %).

Recul du hard discount au profit des hypers et supers

Le circuit alimentaire, qui comprend les GMS, mais aussi le cash&carry, la restauration collective et les stations-service, a vendu l’an dernier 87 000 hl de plus qu’en 2005. A vrai dire, un seul segment, qui ne représente que 15,9 % des volumes totaux, mais 26,7 % en valeur, est en augmentation (+11 % en volume, seulement +1,2 % en valeur) dans ce circuit, c’est celui des spécialités qui réunit les bières allégées, les blanches, les ambrées et les régionales alors que le « cœur de marché » (les bières classiques) est en baisse de 0,6 % en volume et de 1,3 % en valeur. En GMS, seuls les hypers et supers ont tiré le marché, avec une croissance de 2,1 % des volumes (8,3 M hl), le hard discount perdant 4,6 % et la proximité 3,9 %. Le renversement de tendance est très net pour le hard discount qui encore en 2005 progressait de 2,5 % et en 2004 de 13 % ! Autre signe positif, même s’il est encore très ténu, les marques nationales qui ne cessaient de perdre du terrain au profit des MDD et premiers prix, ont un peu redressé la tête l’an dernier avec une part de marché de 68,8 % contre 68 % en 2005.

Un plan de filière

Pour l’avenir, l’association Brasseurs de France a décidé de réagir à la chute continue des ventes en CHR que ne saurait compenser le développement relativement faible qui s’observe depuis peu dans le circuit alimentaire. En l’espace de 16 ans, quand ce dernier a accru ses ventes de 750 000 hl, le premier les a réduites de 3,4 millions. Et l’enjeu économique est considérable car sur le point de vente, les achats dans le circuit alimentaire représentent un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros, celui que réalisent les cafés-restaurants sur les ventes de bière s’élève encore à 6 milliards d’euros. Le diagnostic présenté par Gérard Laloi souligne à vrai dire le contraste entre la créativité qui caractérise l’offre en alimentaire et les handicaps propres au CHR. Le succès du marché alimentaire résulte d’un élargissement de l’offre avec une forte innovation dans les recettes (y compris pour abaisser le degré d’alcool), une multiplication des bières artisanales mais aussi de nouveaux packagings (mini-fûts, packs glaçons, pression à domicile) et d’un merchandising dynamique (150 références en moyenne en hyper, politique linéaire de clarté et de valorisation).

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En CHR, le tableau reste sombre, avec toujours moins d’établissements (-50 % en 40 ans), un taux de fréquentation réduit de moitié en 10 ans, une baisse du chiffre d’affaires bière par établissement, et une vive concurrence de points de vente peu propices à la bière comme les sandwicheries et boulangeries, et une grande dispersion du secteur qui ne permet guère d’appliquer une politique d’innovation et d’animation.

L’échéance du 30 janvier 2008

« Jusqu’ici, chaque maillon de la filière, industriels, entrepositaires et cafetiers tentait de résoudre le problème chacun de son côté », note Gérard Laloi. Cette fois ils sont convaincus de travailler ensemble et cela pourrait intéresser à terme des fabricants d’autres boissons, estime le président des brasseurs.

Aussi, depuis le début 2007 a été lancé un plan de filière interprofessionnel avec trois étapes : la définition d’ici la fin du mois des conditions de la réussite du café, des recommandations d’ici fin septembre en matière d’animation, de formation et d’information et leur mise en application à compter du 30 janvier 2008, une date charnière pour les établissements puisqu’il sera alors complètement interdit d’y fumer.

Par ailleurs, en matière de prévention de l’alcoolisme, la profession brassicole va poursuivre son plan en faveur d’une consommation responsable : après le lancement du site www.reperes-alcool.com l’an passé, elle va dans le même esprit apposer petit à petit sur les étiquettes le nombre d’unités d’alcool calculé par contenant.