Les firmes phytosanitaires le reconnaissent : l’année 2003 a été particulièrement éprouvante au niveau médiatique, et le chiffre d’affaires 2003 diminue de 11 %. Mais l’UIPP, Union des industriels de la protection des plantes, défend sa profession. Elle veut développer la communication avec le grand public et a mis en place en 2003 trois « écoles des bonnes pratiques agricoles ». L’UIPP veut étendre cette démarche à tout le territoire en 2005. Elle considère que la baisse d’utilisation des pesticides est stucturelle.
L’UIPP, Union des industriels de la protection des plantes, affiche pour l’année civile 2003 une baisse du chiffre d’affaires du marché des phytosanitaires de 11 % par rapport à 2002, pour se situer à 1,66 milliard d’euros. C’est la troisième année consécutive de baisse. Le chiffre d’affaires du secteur phytosanitaire en 2003 est en recul de 25 % par rapport au pic de 1999. Si certains facteurs conjoncturels expliquent en partie ce recul des utilisations de pesticides par les agriculteurs en 2003 (gel en hiver, sécheresse au printemps), l’UIPP considère que le contexte politique agricole est aussi en cause : crainte de la part des agriculteurs des conséquences de la réforme de la Pac, retrait d’homologation d’un grand nombre de molécules (111 en 2003 et 40 en 2004), durcissement de la règlementation sur l’utilisation des pesticides (mélanges de produits). A cela s’ajoute un contexte médiatique particulièrement tendu : plusieurs scientifiques et médecins accusent les pesticides de provoquer des cancers et des perturbations endocriennes. Les apiculteurs, eux, accusent les traitements de semences insecticides de faire mourir les abeilles, des procès étant en cours.
Des « écoles de bonnes pratiques agricoles »
« Dans ce contexte, l’UIPP a voulu communiquer directement auprès du grand public par le biais d’une lettre ouverte parue en février 2004 dans la presse grand public, expliquant que les produits phytosanitaires sont utiles et très règlementés, et que les firmes phytosanitaires sont des entreprises responsables », a expliqué Emmanuel Butsraen, vice-président de l’UIPP et directeur général de BASF Agro. « Dès lors que les produits sont bien utilisés, ils ne posent pas de problèmes », affirme-t-il. C’est pourquoi l’UIPP a pris l’initiative de créer des « écoles des bonnes pratiques agricoles » destinées à former les agriculteurs à une bonne utilisation des pesticides. « La formation porte sur le stockage des produits, les manipulations, le règlage des pulvérisateurs, la protection de l’utilisateur, les dosages et la gestion des fonds de cuve et des déchets », précise Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’UIPP. « Actuellement nous avons mis en place ce projet sur trois fermes pilotes, ajoute-t-il. Nous comptons l’étendre sur tout le territoire en 2005». L’UIPP considère que 2 à 3 % de la baisse annuelle d’utilisation des produits est imputable aux changements de comportement des agriculteurs.
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Une baisse d’utilisation par la qualité de l’application
Mais est-on réellement sûr que le fait de retrouver des pesticides dans l’eau ou l’air est seulement lié aux mauvaises pratiques agricoles, comme l’affirme l’UIPP ? Ne peut-on incriminer une utilisation excessive de phytosanitaires en France, troisième utilisateur mondial de pesticides au monde, derrière les Etats-Unis et le Japon ? « Nous ne sommes pas favorables à une limitation quantitative des produits phytosanitaires comme l’a fait le Danemark, car il s’agit d’une décision arbitraire, répond Jean-Charles Bocquet. Nous prônons une amélioration de la qualité de l’application. Mais nous ne sommes pas dupes : cela entraînera irrémédiablement une réduction structurelle des quantités appliquées». Les distributeurs, coopératives et négoces, ont un rôle fondamental dans cette démarche d’agriculture raisonnée. Dans un contexte économique difficile pour ces entreprises, la baisse de la marge sur la mise en marché des matières premières agricoles ne devra pas être compensée par l’activité approvisionnement.