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Agroéquipement Les investissements des agriculteurs aussi volatils que les cours

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La filière des agroéquipements enregistre une forte baisse des investissements de la part des agriculteurs depuis le deuxième semestre 2009. Un phénomène parallèle à l’instabilité des cours des productions agricoles et de la trésorerie des agriculteurs.

«Nos entreprises travaillent à améliorer leur flexibilité pour être capables de traverser des cycles d’investissements agricoles à forte variabilité, à l’image de la volatilité des revenus de nos clients », affirme Alain Dousset, président du Syndicat national des entreprises de service et distribution du machinisme agricole (Sedima) lors d’une conférence de presse le 19 octobre. En une phrase, il vient de résumer le problème vécu ces trois dernières années par la filière agroéquipement. Au premier semestre 2010, par rapport au même semestre en 2009, la baisse des ventes se chiffre à 40% en matériels de traite, 30% en presses à balles rondes, 28% en faucheuses conditionneuses, 33% en moissonneuses batteuses, de 5 à 30% en matériels de travail du sol et semis, 30% en pulvérisateurs, 32% en véhicules de transport des grains, 27% en presses à balles carrées, 30% pour les tracteurs… Les chiffres annoncés par l’Union des industriels de l’agroéquipement (Axema) montrent un « repli économique entamé en 2009 » par la filière. Ce repli a perduré tout au long du premier semestre 2010. Ces résultats sont à mettre en relation avec l’état de la trésorerie des agriculteurs.

Les crises agricoles se répercutent en amont
En 2008, les agriculteurs, toutes productions confondues, perdaient en moyenne 20% de leurs revenus d’après les chiffres du ministère de l’Agriculture (céréaliers -30%, viticulteurs de -22 à -35%, éleveurs allaitants -24%). Les céréaliers ont investi massivement dans le renouveau de leur matériel, malgré la chute de leur revenu, car l’année 2007 fut excellente avec une flambée des cours. Les éleveurs laitiers s’en sortent en 2008 (+21% pour leurs revenus). Le prix du lait est correct alors ils réinvestissent aussi. Le secteur de l’agroéquipement retrouve la crise fin 2009. La trésorerie des agriculteurs est à sec, soit parce qu’ils ont déjà réinvesti (lait et céréales), soit parce qu’ils cumulent plusieurs années de crise comme les éleveurs de porc ou de bovins. L’année 2009 signe donc pour la filière agroéquipement le début d’une récession. Du côté des agriculteurs, cette année n’est pas bonne non plus. Les charges restent élevées et les prix ne sont pas au rendez-vous.

Des trésoreries dégradées chez les concessionnaires
Au-delà de la baisse des ventes au premier semestre 2010, de l’ordre de 30% en moyenne, Axema constate une chute de 20% à 40% de l’activité de production. Pour Elodie Dessart, responsable du pôle économie d’Axema, « cette baisse est à mettre en lien avec la chute des prises de commande des concessionnaires ». En situation de sur-stocks, les distributeurs cherchent tout d’abord à les écouler avant de passer de nouvelles commandes. Mais les agriculteurs, et notamment les éleveurs, n’achètent pas davantage. « Ils attendent le dernier moment », poursuit-elle. Dans les régions d’élevage, comme chez Pascal Perrot, représentant du Sedima pour le département de la Creuse, « début 2010, nous avons coupé nos commandes et stabilisé nos stocks au plus bas, après les avoir financés durant un an. Les éleveurs n’avaient plus rien pour acheter », entre les méventes de la fièvre catarrhale ovine et la crise économique. La situation financière de certains concessionnaires est délicate, mais « chacun reste très discret ». Pascal Perrot résume en quelques mots le vécu de ces dernières années : « Avant 2007, nous suivions des cycles réguliers. Maintenant c’est du n’importe quoi, il n’y a plus de règles ! »

Une filière encore au stade de l’observation
Pour s’adapter à cette situation nouvelle de fluctuation des commandes, « la stratégie est de couvrir ses charges de structures » avec des activités de ventes de pièces et de réparation. Le développement de l’occasion ne semble pas être une solution. Les agriculteurs préfèreraient le matériel à bas prix mais neuf. Par ailleurs, les prix de l’occasion flirtent bien souvent avec ceux du matériel récent, vu les sur-stocks. Autre stratégie de la part des entreprises, selon Elodie Doussart : développer les exportations, « d’autant plus que les marchés étrangers repartent plus tôt que le marché français ». Pour Alain Dousset, président du Sedima, ses « collègues des régions d’élevage viande ne voient toujours pas la fin du tunnel ». Du côté des plaines céréalières, Gilbert Methivier, concessionnaire dans le Loiret, rapporte la même tendance de fluctuations des investissements des agriculteurs en fonction des cours de leurs productions. La volatilité des cours agricoles « a forcément un impact sur la façon d’investir. C’est complètement lié », explique-t-il. Il décrit plutôt une situation « subie » par les distributeurs qui resteraient encore dans une phase d’observation. Selon Alain Dousset, « la trésorerie est en baisse chez 41% des concessionnaires ». Gilbert Méthivier ajoute à ce propos : « C’est mathématique, il va y avoir des problèmes » et prononce le mot de restructuration sans avancer celui de faillite.

Une reprise des investissements pour 2011
Les prévisions pour 2011 restent cependant optimistes et une « légère » reprise des ventes devrait intervenir au deuxième semestre de l’année en cours. « Avec l’envolée du cours des céréales et l’accord signé sur l’augmentation du prix du lait, cette rentrée semble s’engager sous de meilleurs auspices », est-il écrit en conclusion d’un communiqué de presse d’Axema. Effectivement, céréaliers et éleveurs laitiers devraient dans les mois à venir, suite à une amélioration de leur trésorerie, réinvestir quelque peu. Mais, « si les demandes sur le terrain se font plus nombreuses », les schémas de décisions sont plus courts et les exigences en termes de rapidité de livraisons s’accentuent. Côté viande, la filière agroéquipement est sans illusion quant à la pérennité de la crise. « Le secteur de la viande est face à plus d’incertitudes liées d’une part aux évolutions structurelles des exploitations et d’autre part à la baisse des cours en particulier ceux du porc », confirme Jean-Pierre Bernheim, président d’Axema. Au final, c’est une hausse de 6% du marché des agroéquipements qui serait prévue pour le 1er semestre 2011 par rapport au 1er semestre 2010.

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