Les réalisations de nouveaux crédits à destination des agriculteurs ont progressé au premier semestre 2016, annonce le Crédit agricole. Notamment grâce au dispositif fiscal de sur-amortissement des investissements, mis en place par Emmanuel Macron en 2015. Un dispositif vivement critiqué par le président de la FNSEA au Space, et défendu par son initiateur.
Au Crédit agricole (huit agriculteurs sur dix), les réalisations de nouveaux crédits à destination des agriculteurs ont continué d’augmenter sur le premier semestre 2016 (+7 %), a dévoilé la banque lors d’une conférence de presse le 13 septembre au Space. Toutefois elles baissent en Bretagne, région d’élevage particulièrement touchée par la faiblesse des prix du lait. Depuis le mois de juin, les crédits reculent également au niveau national (-8 % en juin, et -19 % en juillet).
En 2015, la réalisation de crédits avait atteint 8,78 milliards d’euros, en augmentation de 4,9 % (+1,23 % en Bretagne), soit la cinquième année consécutive de hausse. En Bretagne, seule la filière avicole a vu ses investissements reculer en 2015 (-3 %). Les autres grandes productions bretonnes ont vu progresser leurs volumes de crédits : +2,9 % en production légumière, +21 % en production laitière et même +16,9 % en production porcine !
Un effet sur le machinisme à partir de novembre
Pour le Crédit agricole, cette hausse s’explique en grande partie par le dispositif de sur-amortissement mis en place en mai 2015 par l’ancien ministre de l’Economie, qui a eu de fortes conséquences sur les achats de machinisme. Les prêts Agilor destinés au financement du machinisme ont progressé de 9,5 % en 2015 (-10 % au premier semestre). Sur le stand du constructeur Massey-Fergusson au Space, on confirme l’effet significatif de ce dispositif, qui a commencé à booster les ventes à partir de novembre 2015. « Cela a tenu jusqu’à la date finale le 14 avril », explique-t-on. En effet, lors de l’annonce du dispositif en 2015, il était prévu qu’il s’arrête à la mi-avril 2016, et Emmanuel Macron a attendu plusieurs semaines après la fin de cette échéance pour annoncer sa reconduite d’un an. Malgré son annonce, les ventes ne sont pas reparties à la hausse, expliquent les vendeurs de Massey : la faute à l’effet des ventes anticipées en vue de la fin du dispositif, et à des conjonctures laitières, puis céréalières très dégradées.
Pour X. Beulin, « on paye l’addition » du sur-amortissement
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Le même jour, le président de la FNSEA Xavier Beulin a expliqué en conférence de presse qu’il s’était opposé en 2015 à la mise en place de cette mesure, estimant qu’elle fut une erreur « dont on paye aujourd’hui l’addition », par des investissements trop importants, notamment en machinisme agricole. « Il y a des agriculteurs qui revendent aujourd’hui du matériel qui leur avait été livré en juin », s’alarme-t-il. La revente d’un matériel peu de temps après son achat neuf se réalise généralement avec une importante décote. Et cette décote est d’autant plus importante lorsque le marché de l’occasion est en sur-offre, ce qui est généralement le cas lorsque les investissements de l’ensemble des agriculteurs en matériel neuf sont importants.
« Ce n’est pas une mesure fiscale qui vous fait investir », répond Emmanuel Macron
Réagissant à une question d’Agra Presse sur un éventuel effet délétère de cette mesure, l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron, en visite au Space le 14 septembre, a répondu, d’abord de manière générale, que « quand on n’investit pas, on ne peut pas prétendre répondre aux défis », puis plus précisément que « ce n’est pas une mesure fiscale qui vous fait investir », et enfin que « si vous êtes en situation difficile, vous ne payez pas d’impôts sur les sociétés », et par conséquent un agriculteur en difficulté n’est pas incité à investir.