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Cultures Les irrigants veulent une révision de la loi sur l’eau

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Trois ans après son vote, la loi sur l’eau de 2006 continue d’être déclinée sur le terrain. Et plus le temps passe, moins les irrigants s’y retrouvent : les contraintes progressent mais sans qu’ils y trouvent de contreparties favorables. C’est donc pour faire connaître les difficultés qu’ils rencontrent que les Irrigants de France ont souhaité se réunir en meeting syndical à Paris le 13 avril dans les locaux de l’Assemblée nationale.

«Un sentiment général d’injustice », l’impression d’être « floués » … Voilà comment les irrigants vivent la mise en œuvre de la loi sur l’eau de 2006, selon Daniel Martin, leur président. A l’occasion d’un meeting syndical organisé dans les locaux de l’Assemblée nationale à Paris le 13 avril, les producteurs ont tenu à défendre l’intérêt de l’irrigation, épaulés par deux députés, Michel Raison et David Habib. « On ne nourrit pas les hommes avec des discours démagogiques mais en produisant sérieusement », a souligné le premier. Or, selon les régions, il existe « un besoin d’irriguer nos plantes » qu’il faut satisfaire. Pour le second, « notre intérêt à tous est, dans le respect de la donne environnementale, d’organiser le captage, le stockage et la distribution de l’eau ». Maire de la commune de Lacq, en Aquitaine, David Habib connaît l’importance de l’eau en maïs, qui représente les deux tiers des surfaces irriguées de sa région. « Il nous faudra plus d’eau demain », a-t-il souligné.

« Situations insoutenables »
Sauf qu’aujourd’hui, le stockage de l’eau constitue « une piste complètement bloquée », la définition des volumes prélevables par les agriculteurs est « inacceptable », et la « marche forcée » vers les organismes uniques, amenés à gérer la répartition des volumes d’eau d’irrigation sur un périmètre défini, conduit à des « situations insoutenables », a décrit Daniel Martin. « Vous avez voté ces lois, mais aujourd’hui, il faut que l’on puisse revenir sur ces décisions », a demandé le responsable aux députés présents. Comme l’a montré la manifestation du 8 mars à Toulouse, la traduction dans les faits de la loi sur l’eau ne passe pas. « Les producteurs français irrigants sont sans doute les plus contraints au niveau européen, a fait remarqué Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA. Ils paient l’eau plus cher, on leur coupe souvent le robinet et ils ont des contraintes administratives importantes ». Dans certaines situations, le montant de la redevance due aux agences de l’eau peut atteindre 30 euros de l’hectare, une dépense qui s’ajoute aux investissements réalisés par l’exploitant pour assurer l’irrigation. Mais l’agriculteur ne semble tirer aucun avantage des efforts qu’il fournit. « Comment gérer la ressource si l’on ne peut pas stocker quand il y a pénurie ? », s’est notamment interrogé Xavier Beulin.

Assurer la régularité de l’approvisionnement
La filière a tenu à le rappeler, l’irrigation n’est pas seulement « la première assurance du producteur », comme l’a indiqué William Villeneuve, président des Jeunes agriculteurs. C’est aussi un atout de poids pour l’aval : « Quand on a un outil de transformation, la chose essentielle, c’est la régularité de l’approvisionnement, a rappelé Christian Pées, président du groupe Euralis. Au champ, l’irrigation est le facteur qui nous permet d’obtenir ce résultat ». « Pas d’eau, pas de contrat en légumes », a pour sa part observé Philippe Pinta, président d’Orama. Résultat, les Irrigants de France, la FNSEA, les Jeunes agriculteurs, Orama, l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture) veulent plus de souplesse dans l’application des textes, voire leur révision. Première demande : la suspension immédiate du processus de définition des volumes prélevables en attendant le résultat d’études environnementales et socio-économiques fiables.

Une forte demande pour une politique de stockage
Ces organisations souhaitent également « une remise à plat des discussions sur les organismes uniques » et la mise en œuvre d’une politique de stockage de la ressource, que pourrait introduire la future loi de modernisation agricole. Pour Guy Vasseur, président de l’APCA, l’absence d’une telle politique « conduit certains d’entre nous à s’interroger sur la pertinence à s’engager dans un organisme unique car il s’agit juste de gérer la pénurie ». En manière de reconnaissance des efforts effectués, les syndicats demandent également une baisse des taux de redevance « prélèvements » versés aux agences de l’eau dès cette année pour les irrigants engagés dans des démarches collectives de gestion de l’eau. Et ils souhaitent un rendez-vous avec les ministres de l’Agriculture et de l’Ecologie pour trouver des solutions. L’enjeu est fort : « Le spectre du changement climatique doit nous pousser à inventer de nouvelles solutions », a commenté Christophe Terrain, président de l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs) … Car « l’eau est un bien public à partager ».

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