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Congrès des Jeunes agriculteurs Les jeunes agriculteurs veulent du concret

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Pour sa première participation à un congrès des Jeunes agriculteurs, Dominique Bussereau, le ministre de l’Agriculture, a dû affronter une fronde des viticulteurs lors de son intervention en tribune, le 16 juin. Devant plus de 500 congressistes réunis depuis le 14 juin à Bourg-en-Bresse, il a un court instant menacé de se « tailler » avant de reprendre le cours de son intervention. De fait, face à la situation jugée dramatique de certains secteurs de production et pour bon nombre d’agriculteurs, les JA affirment « vouloir du concret ». Leur rapport d’orientation se veut lui aussi « réaliste et concret ». Il en appelle à « la volonté de la profession agricole » notamment sur les valeurs – perdues – de la coopération ou sur le rôle des interprofessions. Sans oublier les « mesures qui relèvent des politiques ». Les rapporteurs qui plaidaient pour « un revirement complet des politiques commerciales internationales et de la PAC » se sont trouvés en plein dans l’actualité. Le sommet européen qui devait s’ouvrir le 16 juin au sujet des perspectives financières de l’UE a concentré les interventions des présidents d’OPA et du ministre.

Pour son baptême du feu chez les jeunes, Dominique Bussereau a essuyé la fronde des viticulteurs lors de son intervention au 39e congrès des JA qui s’est déroulé du 14 au 16 juin à Bourg-en-Bresse. Il a dû affronter le dépôt sur l’estrade d’un faux cercueil rempli de productions en crise et surmonté d’une fausse poule, des banderoles aux messages morbides : « Vignerons = mort », « ci-gît Michel, viticulteur » … Les viticulteurs présents au congrès sont partis avant la fin du discours du ministre après l’avoir interrompu verbalement. L’un d’entre eux a fait part de son désarroi. Viticulteur de père en fils, il a expliqué au ministre qu’il travaillait 60 heures par semaine pour dégager un revenu de 500 euros/mois. Que pourrait-il dire à son jeune fils lorsqu’il sera en âge de comprendre ?

Ne pas lâcher sur le budget

Sur le fond, Dominique Bussereau comme les responsables professionnels a évoqué le sujet du jour, à savoir les perspectives financières de l’UE pour la période 2007-2013. Alors que s’ouvrait le sommet européen des chefs d’État, le ministre a rappelé que « le gouvernement français allait se battre » et « ne pas lâcher ». « C’est clair, net et précis, je tiens à vous assurer que nous comptons défendre le budget […] et plus particulièrement l’enveloppe annuelle de la France de 8 milliards d’euros d’aides de marché». « La partie s’annonce difficile » a souligné le ministre mais nous avons aussi « beaucoup d’alliés» sur ce dossier, a-t-il assuré.

Du côté des professionnels agricoles, Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, a rappelé que l’accord d’octobre 2002 qui stabilise les dépenses agricoles « ne doit pas faire les frais d’un marchandage de dernière minute». Il a procédé à une attaque en règle du Premier ministre anglais, Tony Blair. « On pourrait peut-être lui rappeler le dramatique épisode de la vache folle […], voilà à quoi mène l’ultralibéralisme », a-t-il lancé. « Les paysans ne seront pas la variable d’ajustement de l’Union », a conclu le président de la FNSEA.

Pour Bernard Layre, président des JA, de nouveaux ajustements du budget agricole ne sont simplement pas « tenables ». Ce dernier appelle les Etats membres de l’UE à assumer d’un point de vue budgétaire l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie. « Si les besoins agricoles de ces pays s’élèvent à 8 milliards d’euros, alors il faut augmenter le budget de la PAC de 8 milliards d’euros et pas de 1 ou 2 milliards comme cela est proposé», explique Bernard Layre.

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PAC : un conseil d’orientation le 28 juin

Concernant les modalités d’application de la Pac, elles seront présentées au CSO (Conseil supérieur d’orientation) du 28 juin. L’ensemble des OPA proposent trois taux de prélèvement sur les transferts de DPU (droit à paiement unique) : 0 % pour les jeunes agriculteurs ; 3 % pour les transferts avec foncier et 50 % pour les transferts sans foncier. La demande des JA concernant un prélèvement de 10 % en cas de transfert e foncier pour agrandissement sera défendue par le ministre en CSO, a-t-il indiqué.

Nomination d’un Monsieur vin

Pour répondre aux viticulteurs, le ministre a indiqué que « des instructions avaient été données pour examiner les dossiers jeunes agriculteurs ». S’agissant de la mise en paiement par l’Onivins de l’aide à la trésorerie, un premier train de dossiers (479 exploitants) pour un montant de 1 million d’euros a été traité selon un schéma qui se répétera tous les 15 jours. Il a aussi annoncé la nomination d’un « Monsieur vin » pour analyser les stratégies d’achat des opérateurs et le positionnement des vins français sur les marchés extérieurs.

Pas de baisse du taux des prêts bonifiés

Les attentes spécifiques des JA concernant l’installation et plus précisément « une baisse rapide et significative des taux des prêts bonifiés » n’a pas été réellement entendue. Le ministre a indiqué qu’il fallait trouver « un système pour assurer la viabilité économique de ces prêts avec le budget de l’État». Une manière de dire que, « 15 jours après le non au projet de constitution européenne et du vote paysan qui n’est pas en marge de ce résultat», il ne pouvait pas faire plus. Et de constater avec ironie que l’annonce des « vacances aux éleveurs » faite par le Premier ministre au congrès de la FNSEA fin mars pour le référendum n’avait d’ailleurs « pas très bien marché ! »