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Les leviers d’action pour protéger les espèces

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Pour les experts interrogés, la protection des espèces dont les populations s’amenuisent passera par un renforcement de la règlementation, ainsi que par une réorientation de la Pac. Principal écueil à éviter : la mise sous perfusion d’une espèce sauvage, comme l’illustre le cas du grand hamster.

Ce sera l’un des objets de la Cop15 qui s’ouvrira début décembre au Canada : comment mettre en œuvre des politiques permettant de protéger les espèces mises en danger par les pratiques agricoles ? Pour Benoit Fontaine, ingénieur de recherche au Museum d’histoire naturelle, « la protection des espèces par la réglementation a montré son efficacité ». « Avant d’être protégés, les rapaces étaient persécutés et cloués aux portes », rappelle le naturaliste. De même, illustre-t-il, l’augmentation récente des populations d’ours ou de loup est due à l’inscription des prédateurs dans la Convention de Berne et dans la directive Habitats.

La réglementation peut également s’attaquer aux menaces directes sur des nombreuses espèces, dont les pesticides. Responsable du programme « espèces » au sein de l’UICN, Florian Kirchner rappelle que « le DDT était l’un des gros soucis pour les rapaces, en fragilisant la coquille de leurs œufs ». En France, la molécule a été interdite dès 1971, mais elle est toujours retrouvée dans les analyses d’eau ou de sol en raison de sa rémanence. Au-delà des débats sur des molécules spécifiques, comme les néonicotinoïdes ou le glyphosate, les utilisations des pesticides de synthèse en général devront être mieux encadrées, avec un accompagnement des agriculteurs. Car même si le plan Ecophyto 2 + ne parvient toujours pas à atteindre ses objectifs, « il y a encore des marges de manœuvre techniques », estime Florian Kirchner.

L’agriculture biologique est l’une des solutions pour réduire les intrants de synthèse, mais elle ne réglera pas tout, préviennent les experts. « Si ses atouts sont nombreux pour la biodiversité, l’agriculture biologique ne traite pas la question de l’intensité du travail mécanique », illustre Laura Lannuzel, chargée de conservation au Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées. Et bien que les paysages autour des fermes bio soient en moyenne plus diversifiés selon les chercheurs, le cahier des charges n’impose pas strictement de préserver les prairies, haies ou zones humides. Un angle mort sur lequel travaillent déjà plusieurs acteurs du secteur, dans l’idée d’une « Bio + ».

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Partager les constats pour mieux renouveler les politiques

Plus largement, « il faut que la biodiversité soit mise au cœur de toutes les politiques agricoles, en orientant à la fois l’accompagnement technique et les subventions », résume Florian Kirchner. Lancée en 2015, la Maec « herbe 07 », aussi appelée « prairie fleuries », fait partie des exemples vertueux souvent cités. Ce programme d’aide, encore en cours sous d’autres formes, rémunérait les agriculteurs selon le nombre d’espèces présentes dans leurs prairies. Principale limite, regrette Florian Kirchner : « Les fonds du deuxième pilier restent limités par rapport au premier. »

La Maec Hamster, mise en œuvre en Alsace, a également ouvert de nouveaux horizons, en encourageant les agriculteurs à définir des assolements collectifs pour préserver le rongeur dépendant des céréales à paille. Mais la population ne survivrait selon les détracteurs du programme que grâce aux lâchers de hamster réalisés par l’OFB, et désormais financés par Vinci, dans le cadre de la compensation d’une autoroute en construction.

L’UICN aurait déjà rencontré le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau pour évoquer l’ensemble de ses propositions. Mais comme avec le reste du monde agricole, la discussion peine encore à s’enclencher, faute de bases communes. Pour Florian Kirchner, « il faudrait au moins partager le constat que le modèle agricole pratiqué actuellement en Europe est très mauvais pour la nature ».

« Le modèle agricole pratiqué actuellement en Europe est très mauvais pour la nature »