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Vietnam Les limites de l’élevage porcin au Vietnam

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La première viande consommée au Vietnam est la viande porcine. Au lendemain de la guerre avec les Etats-Unis, la pénurie alimentaire a nécessité une politique forte de relance agricole qui s’est poursuivie pendant plusieurs années. Mais, depuis le milieu des années 2000, la production se heurte au manque de technicité et de capitaux.

La viande la plus consommée au Vietnam est la viande porcine, en milieu rural et en milieu urbain. Cette habitude alimentaire ne faiblit pas et tend même à se confirmer au regard de l’augmentation continue de la production depuis plusieurs décennies. Selon les données de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), le cheptel porcin passe de 12,2 millions de têtes en 1989 à 27 millions en 2011. Au lendemain de la guerre avec les Etats-Unis, en 1975, l’outil de production vietnamien est dévasté. Le pays entre alors au milieu des années 1970 dans une période de famine sévère qui poussa le gouvernement à déployer une politique forte de relance agricole. À partir des années 1980, le Vietnam s’est ainsi engagé sur la voie de la croissance de la production alimentaire.
Par ailleurs, l’après-guerre a laissé une structuration très différente de l’élevage entre le Nord et le Sud marqué par l’occupation américaine. La région d’Hô Chi Minh-ville s’est engagée beaucoup plus rapidement dans une logique industrielle que le nord du pays. « Dans le sud du pays, il y a des élevages industriels. Le Nord est plutôt caractérisé par une production traditionnelle », expliquent les experts d’UbiFrance basés à Hanoï. Les élevages traditionnels sont familiaux et possèdent 3 ou 4 têtes. Cette dualité de la production de viande porcine a accompagné pendant plusieurs années la reprise de la croissance.

Lacunes techniques

Mais, depuis le milieu des années 2000, le cheptel porcin n’augmente plus et tend à se stabiliser. « L’élevage porcin vietnamien souffre d’un manque de savoir-faire et de technicité », expliquent les experts. Pour les entreprises françaises, l’exportation des performances génétiques, par exemple, représente un débouché. D’après les données d’UbiFrance, les importations vietnamiennes de porcs reproducteurs représentent 380 000 euros en 2010 et 1,5 million d’euros en 2011.
Au-delà du manque de technicité, la disponibilité en alimentation animale est aussi un véritable frein au développement de l’élevage. « Dans les exploitations traditionnelles, l’alimentation est produite sur les exploitations. Il n’en manque pas », analysent les experts. Mais, pour les élevages industriels, la production nationale de céréales ne suffit plus. Selon UbiFrance, « l’augmentation rapide des cheptels, de la consommation et de la demande en produits de qualité rend le pays de plus en plus dépendant des importations ». Ainsi, 50% des aliments et 30% des matières premières ont été importés en 2010. En outre, le manque de disponibilité nationale en matières premières influence les prix de l’alimentation à la hausse. « L’aliment au Vietnam est 10 à 15% plus cher que dans le reste du monde », selon une étude UbiFrance publiée en 2012.

Capitaux étrangers

En aval de la production, le manque de développement des infrastructures limite aussi le développement de l’élevage porcin. « Il n’y a pas vraiment de chaîne du froid au Vietnam. (…). 90% de la viande porcine est consommée fraîche », expliquent les experts d’Hanoï. La viande passe directement des abattoirs aux marchés, le conditionnement est rare. La question de la sécurité sanitaire des aliments préoccupe les autorités. Sur les 3 000 abattoirs implantés à Hanoï, 2 540 ne répondent pas aux exigences de qualité et d’hygiène nationale. Un projet est en cours : la construction d’ici 2015 de 8 abattoirs d’une capacité de 245 tonnes de viande porcine pour répondre à la demande locale croissante. Plus globalement, la politique vietnamienne encourage les partenariats publics/privé. « Depuis 2010, le gouvernement autorise les implantations avec des capitaux 100% étrangers », souligne-t-on chez UbiFrance. Augmenter la production alimentaire est prioritaire pour les autorités vietnamiennes. Améliorer la qualité sanitaire de cette production l’est tout autant.

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