La Confédération européenne des producteurs de maïs (CEPM) a souligné, en assemblée générale le 22 octobre à Paris, le renforcement de son lobbying auprès des instances européennes. Elle possède, depuis début 2014, un bureau permanent à Bruxelles, en partenariat avec le cabinet Pact European Affairs.
« La modification du processus décisionnel de l'UE implique une reconception des stratégies d'influence », a déclaré Daniel Guéguen, à la tête de Pact. Concernant les biotechnologies, la CEPM organise une conférence le 9 décembre à Bruxelles. « Il s'agit de peser dans les débats sur la révision de la directive OGM, a expliqué Céline Duroc, de l'AGPM (Association générale des producteurs de maïs). Le projet sur la table présente un risque de distorsions de concurrence, à la fois vis-à-vis des pays tiers et au sein de l'Union européenne. »
Ce type d'événement permet à la CEPM d'« exister médiatiquement », selon l'expression de Daniel Guéguen. De précédents colloques ont traité de la chrysomèle du maïs, au Parlement européen fin 2013, du mulching, à Bruxelles en avril dernier.
La CEPM est par ailleurs devenue membre de cinq groupes de dialogues civils (cultures arables, paiements directs et verdissement, environnement, Pac, aspect internationaux de l'agriculture), chargés de conseiller la Commission européenne. Elle peut ainsi « se faire reconnaître », selon Daniel Guéguen, qui lui donne comme ambition, « à l'horizon de deux ans », d'obtenir une vice-présidence ou même une présidence. « Obtenir un tel poste permet d'avoir de l'influence auprès de la Commission », a-t-il souligné.
Manque d'influence française
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Pour être influent à Bruxelles, Pact European Affairs donne quelques règles de base. « Il faut d'abord se fixer des priorités », a indiqué le lobbyiste. La liste comprend le verdissement de la Pac (mulching, couverture hivernale), les OGM, l'Iluc (changement d'affectation des sols indirect), les pesticides. La CEPM doit ensuite aller à la rencontre des acteurs de la Commission, jusqu'au fonctionnaire de base. « Le lobbying a changé, a estimé Daniel Guéguen. C'est presque devenu un acte chirurgical, axé autour d'un projet vu comme essentiel. » La CEPM doit aussi « constituer un réseau d'influence ». Son action est envisagée dans une logique de filière, jusqu'au consommateur. « Plus on accepte le dialogue, plus on est efficace », a-t-il lancé.
Cette stratégie permet de combler le manque d'influence française auprès des instances européennes. Christophe Terrain, président de la CEPM, a reconnu avoir « du mal à comprendre le ministère de l'Agriculture ». « La France a énormément de mal à comprendre comment fonctionne Bruxelles, a considéré Daniel Guéguen. Son influence se dégrade de manière désastreuse. »
A l'occasion des 80 ans de l'AGPM célébrés le 22 octobre, le président Christophe Terrain a dit comment les pouvoirs publics pouvaient aider les maïsiculteurs « à relever la tête, sans budget complémentaire », dans un contexte « d'importantes difficultés » pour les exploitations avec la baisse des prix. C'est notamment lever les freins aux OGM, ou encore aux projets de retenues d'eau. « Refuser la génétique high tech et les biotech, c'est amputer dans l'œuf le projet d'agroécologie, Monsieur le ministre », a-t-il lancé à Stéphane Le Foll. Et de poursuivre : « refuser le mulching, c'est casser un mode de production durable ». Le président de l'AGPM a critiqué aussi l'interdiction d'utiliser de fait le maïs dans les méthaniseurs. « Je suis favorable à la production de maïs », a pourtant insisté le Stéphane Le Foll. « C'est une plante avec d'énormes qualités », mais « on ne peut pas être en dehors de tous les débats », « on est obligé de composer avec tous les autres, en particulier les utilisateurs d'eau ». Le ministre de l'Agriculture a par ailleurs insisté sur la nécessité de développer de nouveaux outils pour faire face à la volatilité des prix.