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Volatilité des cours Les marchés agricoles à l’heure de la finance

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Les marchés agricoles abordent l’année 2011 sous le double impact d’une offre en réduction et d’une financiarisation sans doute record. A la clef, très vraisemblablement, une forte volatilité des cours à laquelle les opérateurs et les agriculteurs doivent durablement s’habituer. Côté pouvoirs publics, on cherche les parades pour redonner un peu de régularité à des marchés que protège – de surcroît de moins en moins – la Politique agricole commune. Nicolas Sarkozy a fait le pari d’introduire de la régulation dans les politiques des membres du G20. En attendant, les appréciations les plus diverses sont portées sur la financiarisation des marchés agricoles. Outils utiles pour les uns, totalement déstabilisants pour les autres, ces instruments financiers ont avant tout pour conséquence d’apporter un volant considérable de liquidités sur ces marchés de matières premières. Agra Presse a choisi d’ouvrir le dossier de cette financiarisation, abordant le point de vue des différents acteurs.

Oui, la volatilité s’est d’ores et déjà accrue, reconnaît David Weiller, responsable adjoint de la gestion des risques pour l’union de coopératives InVivo.
Mais cette volatilité accrue est surtout un fait nouveau en Europe, du fait de l’assouplissement des protections de la Pac, indique-t-il. « Ce qui a changé dans l’UE, c’est la transformation de la Pac, avec l’abaissement des prix garantis. Ces prix garantis sont aujourd’hui très éloignés des prix de marché et ne permettent pas de limiter la volatilité des prix ».
Les mouvements chaotiques de prix ont toujours existé sur le commerce des grains, à telle enseigne qu’au milieu du XIXe siècle ce sont les marchés céréaliers américains qui ont construit les premiers marchés à terme, qui ont été étendus par la suite aux actions, rappelle David Weiller.
Ce qui a changé sur les marchés de céréales, ce n’est pas tant la volatilité que la rapidité de transmission de l’information, qui permet de nouer plus vite des transactions. Une coopérative souhaitant vendre le contenu de ses silos ou un exportateur qui voulait couvrir le chargement d’un navire devait parfois attendre plusieurs jours. Désormais, l’affaire peut se couvrir en quelques heures.
La présence plus affirmée d’acteurs financiers, comme les banques et les investisseurs institutionnels, depuis ces dernières années, qui viennent apporter de la liquidité, a un avantage : l’opérateur physique qui vient sur le marché trouve maintenant toujours un acheteur ou un vendeur, explique-t-il. Auparavant, lorsqu’un marché était étroit, c’est-à-dire avec peu de vendeurs et peu d’acheteurs, il arrivait souvent qu’un vendeur ne trouve pas d’acheteur, et vice-versa. Les marchés physiques étroits, qui portent sur de « petits » produits, peuvent être plus risqués que les marchés à terme de produits massivement échangés. En fait, ceux-ci nécessitent sans doute plus de vigilance de la part des opérateurs physiques pour décrypter les fluctuations (distinguer ce qui relève de mouvements techniques et ce qui relève des éléments fondamentaux du marché), mais ils apportent un outil de couverture très utile aux opérateurs du marché physique, résume David Weiller.

L’arrivée des financiers exacerbe les fluctuations à court terme

Par ailleurs, un des effets de l’arrivée d’acteurs financiers sur les marchés des matières premières est d’amplifier les fluctuations à court terme, indique Émmanuel Jayet, responsable de la recherche sur les matières premières agricoles à la Société générale.
Quand les acteurs financiers interviennent sur les marchés de matières premières, ils le font dans une optique d’anticipation, alors que les opérateurs du marché physique, qu’ils soient vendeurs comme des coopératives céréalières, ou acheteurs comme des minotiers ou des fabricants d’aliments du bétail, ont tendance à prendre du recul par rapport aux informations, notamment climatiques, explique Émmanuel Jayet. L’exemple typique est celui des informations qui circulent en octobre après les semis de blé. Il suffit que le temps soit trop sec ou trop pluvieux, trop froid ou trop chaud, pour que les marchés à terme grimpent. Cela parce que les milieux financiers sont à l’affût de toutes les opportunités de hausse ou de baisse des cours, au stade précoce d’une campagne céréalière, quitte à déboucler par la suite leur position si les rumeurs sont démenties. Les opérateurs du marché physique, au contraire, ont tendance à relativiser l’impact de ces nouvelles et à temporiser, estimant qu’ils auront le temps d’aviser.

L’essentiel du prix se forme sur le marché physique

En dehors des fluctuations à court terme, « l’essentiel du prix se forme sur le marché physique », indiquait en mai dernier, lors de la 25e journée « céréales » du port de Rouen, Frédéric Lasserre, directeur de l’investissement dans les matières premières à la Société générale. Les trois dernières campagnes céréalières montrent que l’évolution des prix internationaux est due « à des causes bien identifiées » : l’offre est réduite par des aléas climatiques et par un niveau des stocks mondiaux particulièrement bas, exprimés en jours de consommation, tandis que la demande reste soutenue, a-t-il analysé, après l’épisode de la canicule russe.
Ce prix qui fait la référence mondiale est formé par une fraction réduite de la production mondiale, pour les céréales notamment. La volatilité du marché des grains tient au fait que le prix est principalement déterminé par le fragile équilibre du commerce mondial, autrement dit sur celui des quantités échangées. Ces dernières ne représentent que 20% de la production mondiale de blé. Il suffit donc qu’un exportateur majeur, comme la Russie cette année pour le blé, s’effondre, pour que les quantités échangées sur le plan mondial chutent de 20 à 25%, même si pourtant l’accident russe n’a représenté qu’un repli de 1 à 2% de la production mondiale.

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