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Les marchés céréaliers en proie à « un sentiment baissier »

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La tendance sur les marchés céréaliers reste baissière, ont estimé des analystes du cabinet Agritel et de la coopérative InVivo le 26 janvier lors d’une session organisée par l’association Aftaa. Explications.

« C’est plutôt un sentiment baissier qui s’est installé » chez les opérateurs en blé, orge, maïs, a déclaré François Luguenot, responsable de l’analyse des marchés chez InVivo Trading. Pour que les prix mondiaux redécollent, « plusieurs dizaines de millions de tonnes de perte de production seraient nécessaires », selon lui. D’abondantes récoltes pèsent sur le marché, a-t-il rappelé. Et « en cette deuxième partie de campagne, l’hémisphère sud arrive en force » avec notamment une production de blé annoncée record en Australie.

Michel Portier, le directeur général d’Agritel, a reconnu « s’ennuyer un peu sur les marchés » où règne très peu de volatilité. D’après son analyse pour le blé, les positions des fonds spéculatifs montrent une probabilité de baisse plus forte que la probabilité de hausse, mais un potentiel de hausse supérieur au potentiel de baisse. « Si un incident climatique survient, les fonds devraient accentuer le mouvement normal de hausse des cours », a-t-il estimé. Agritel recommande aux vendeurs d’engager 60 % de leur récolte de blé, ce qui laisse 40 % pouvant profiter d’un éventuel redressement des cours. Aucun contrat d’option n’est conseillé, étant donné le peu de volatilité prévue.

Le blé français perd ses « chasses gardées »

Le marché mondial du blé connaît une succession d’années excédentaires : la production excède légèrement la consommation. Résultat, les stocks augmentent. Ils devraient rester abondants chez de gros exportateurs comme la Russie, gardant les prix sous pression lors des prochains mois. Le pays a pris du retard dans ses exportations, a indiqué François Luguenot. Et restera très compétitif jusqu’en fin de campagne, d’après lui.

La Russie mais aussi l’Ukraine restent très observés : c’est l’origine mer Noire qui détermine les prix du blé des compétiteurs européens. « Les pays de la mer Noire donnent l’impression d’augmenter leur récolte chaque année », a souligné François Luguenot. « Leurs coûts de production sont assez compétitifs, ils ont investi dans la logistique, l’agronomie. » Ce ne sont plus des fournisseurs de blé tout-venant, tous deux « maîtrisent de plus en plus la qualité ». Au point de concurrencer le blé français sur ses marchés traditionnels. Des pays comme le Maroc, autrefois considérés comme « nos chasses gardées regardent ailleurs », a-t-il relevé. L’Afrique sub-saharienne achetait français. Mais une récolte catastrophique en 2016 ne permet pas d’entretenir ce débouché. « L’an prochain, il y aura une concurrence plus forte sur ces destinations » traditionnelles, a prévenu François Luguenot.

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Gérer de nouveaux risques

La très faible moisson française de l’an dernier a conduit les deux analystes à s’interroger sur des adaptations nécessaires. « Il faut que la France baisse ses coûts de production », a lancé Michel Portier, chiffrant l’effort à réaliser « autour de 20 euros la tonne de céréale ». La moitié pourrait venir d’un allègement du parc matériel, d’après lui. Autres pistes : la réduction des intrants, l’augmentation de la taille des exploitations.

« Toute la filière va devoir apprendre à gérer de nouveaux risques », a jugé François Luguenot, pour qui la succession d’une moisson record en 2015 puis calamiteuse en 2016 augure « des désordres de plus en plus fréquents ». Et de remettre en cause les modèles de production, autour de « la monoculture, l’uniformité génétique et des itinéraires techniques ».

« Une probabilité de baisse plus forte que la probabilité de hausse »