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Filière porcine Les marchés européens pris dans la tourmente russe

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L'embargo russe sur les importations européennes de viande porcine a fait chuter les cours des principaux marchés européens en février. La production européenne est pourtant en baisse sur les deux premiers mois de 2014.

A lui seul, le marché russe aura réussi à déstabiliser toute la filière porcine européenne. La Russie, qui représentait 3% (téc) des exportations de l'Union européenne en 2013, a fait plonger les cours des marchés européens du porc pendant tout le mois de février, après l'annonce, le 29 janvier dernier, d'une interdiction des exports de viande porcine vers l'Union douanière Russie-Biéorussie-Kazakhstan. Entre fin janvier et fin février, des pertes de 14 cents ont été constatées aux Pays-Bas et en Allemagne, de 8 cents en France et de 3 cents en Espagne, déjà sous embargo.

Cette crise tombe mal alors que l'année 2014 débutait sous de bons auspices pour les producteurs français. « La demande était bonne, l'offre basse, les prix montaient et ceux de l'alimentation baissaient », regrette Estelle Antoine, responsable marchés du porc et des pièces à l'Ifip (Institut français du porc). « Le cours du porc, fin février, est sans doute 20 à 25 cents inférieur au niveau espéré en situation commerciale normale », explique la dernière de conjoncture du Marché du porc breton (MPB). L'Inaporc estime les pertes subies à « plus de 10 millions d'euros par semaine pour les éleveurs et les entreprises d'abattage et de découpe », dans un communiqué du 12 mars. Au lendemain de l'annonce de l'embargo, les marchés ont d'abord connu une période de flottement, avant de chuter au bout d'une semaine. « Les prix ont finalement baissé par la conjonction d'un excédent d'offre sur le marché et d'un phénomène d'inquiétude », retrace Estelle Antoine. Fin février, le marché français a retrouvé son rééquilibre autour d'1,5 euro le kilo en base 56 TMP, avant que la détection d'un nouveau cas de peste porcine africaine (PPA) en Pologne, le 18 février, ne vienne encore inquiéter les marchés. « C'est l'incertitude, nous avons peu d'informations, la Commission européenne communique beaucoup moins. Mais comme nous étions dans une situation d'équilibre, les prix sont restés stables pour le moment », explique Estelle Antoine, le 10 mars.

En arrière plan de la crise russe, les abattages européens 2014 (Allemagne, France, Danemark, et Pays-Bas) étaient en baisse par rapport à 2013 sur les deux premiers mois. « La baisse de production dans l'UE passe inaperçue car le fait dominant est l'embargo », regrette le Marché du porc breton (MPB) dans sa note de conjoncture. Mais cela pourrait changer. « Il est intéressant de noter que le marché allemand est remonté de 2 cents, la semaine dernière, et qu'une forte hausse est annoncée pour demain, note Estelle Antoine de l'Ifip le 13 mars. Le cours du MPB a augmenté aujourd'hui de 5 cents, soit le maximum autorisé ».

L'année dernière, les abattages français de porc ont baissé de 1,6% à 23,7 millions de têtes, « sous l'effet des mises aux normes et des difficultés de la France à rester compétitive », explique Jacques Poulet, qui prévoit à nouveau une baisse de production de l'ordre de 1% en 2014. Ces trois dernières années, la production française a perdu près de 30 000 porcs par semaine.

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« L'Allemagne va se reporter vers le marché européen »

« Ce qui est inhabituel, c'est que l'UE toute entière soit bloquée », explique Estelle Antoine, responsable marchés du porc et des pièces à l'Ifip. Dans le secteur porcin, la Russie est réputée pour placer régulièrement des embargos sur ses pays fournisseurs. Cette fois, elle vient de bloquer une zone qui représentait 70% de ses importations. Les prix intérieurs flambent en Russie : « Le Brésil est d'ores et déjà sollicité pour compenser, le Canada devrait également être courtisé », notait le MPB dans sa note de conjoncture de février. Les États-Unis, sous embargo russe depuis février 2013 pour cause d'usage de la ractopamine dans leurs élevages, sont aussi de sérieux candidats pour approvisionner le pays. Problème, les Etats-Unis se trouvent confrontés à une épidémie de diarrhée épidémique porcine (PED), qui grève sévèrement leur production. Cette épidémie pourrait également toucher le Canada. « C'est un jeu de chaises musicales qui va se jouer dans un contexte de demande mondiale stable », explique Estelle Antoine. « Si les Etats-Unis approvisionnent la Russie, il y aura des places à prendre sur les marchés qu'ils approvisionnent habituellement. » « Le jeu de chaises musicales ne fonctionnera pas complètement », nuance Jacques Poulet, directeur du pôle animal Coop de France. « Il y aura un effet volume favorable, car les États-Unis ne peuvent pas fournir tout le monde. Mais aussi un effet monnaie. Ils continueront de mettre la pression sur les marchés où ils sont présents et compétitifs grâce au dollar ». En Europe, si l'embargo se prolonge, « un pays comme l'Allemagne, qui exportait plus encore que la France vers la Russie, va se reporter vers le marché européen, on peut s'attendre à ce qu'elle soit très agressive », prédit Jacques Poulet.

Le ministre polonais de l'Agriculture présente sa démission

Le ministre polonais de l'Agriculture, Stanislaw Kalemba a présenté sa démission, le 13 mars, « dénonçant l'inaction du gouvernement » pour aider les agriculteurs touchés par l'interdiction des exportations de porc, selon une dépèche de l'Agence France presse. Selon lui, le gouvernement « ne mettait pas en œuvre les mesures d'aide décidées fin février pour enrayer les effets négatifs dus à la détection en Pologne de cas de fièvre porcine sur des sangliers. » Le gouvernement devait intervenir pour racheter de la viande de porc aux agriculteurs, note l'AFP. Kalemba critique les pressions faites par le ministère pour procéder « à la destruction préventive de milliers de porcs » de la zone tampon instaurée par les autorités vétérinaires dans zone touchée par la maladie. « Leur viande est entièrement saine et ne présente pas de risque pour les consommateurs ».

L'Inaporc veut des négociations bilatérales avec la Russie

L'interprofession nationale porcine (Inaporc) s'alarme, dans un communiqué du 12 mars, de la situation économique dans laquelle est plongée la filière porcine française depuis l'arrêt des exportations européennes vers la Russie. Regrettant « l'enlisement des négociations bilatérales entre la Commission européenne et la Russie », l'interprofession demande au président de la République et au gouvernement de conclure immédiatement un accord bilatéral entre la France et la Russie afin de lever l'embargo. « La France est en mesure de répondre à toutes les exigences sanitaires demandées par les autorités russes et malgré cela, rien n'aboutit et nous mourons à petit feu. C'est inacceptable ! »