Le virus de la grippe aviaire a déjà franchi les portes de l’Europe. Moins en affectant la santé des volailles – au 20 octobre, le soupçon sur une dinde grecque semblait ne pas se confirmer – que sur les marchés. Dès le 18 décembre, les indications alarmistes semblaient montrer que le consommateur commençait à prendre peur. La baisse des achats de 20 % en moyenne en grande surface était évoquée par la FCD (Fédération du commerce et de la distribution) tandis que la CFDT faisait état d’une baisse des abattages de volailles selon les témoignages de ses adhérents dans les entreprises industrielles.
De nouveaux foyers ont été enregistrés par ailleurs en Roumanie le 18 et en Russie le 19. Le même jour, la Commission européenne avait annoncé de nouvelles mesures de renforcement de la surveillance des élevages et des oiseaux sauvages dans les États membres. Les éleveurs français, de leur côté, ont nettement renforcé la sécurité dans leurs exploitations. Si les experts se veulent rassurants quant à la faiblesse des risques encourus par les volailles et la population dans l’Union, la couverture médiatique du risque, les craintes de pandémie, de même que l’ampleur des précautions prises par les pouvoirs publics, ont de quoi renforcer la méfiance du consommateur.
Les marchés avicoles sont déjà touchés par le virus de la grippe aviaire. Quand bien même aucun cas certain n’est apparu dans l’Union, le consommateur exprime sa crainte en réduisant ses achats. En France, la FCD (Fédération du commerce et de la distribution) fait état de 20 % de diminution des achats depuis le 15 octobre. Une baisse confirmée par des adhérents de la CFDT qui ont observé les commandes aux usines d’abattage. Dans un communiqué, la CFDT s’inquiète des conséquences de la crise sur l’emploi des salariés. Dès le 17 octobre, Alain Melot, président de la Fédération des industries avicoles (FIA) faisait état de 10 % de diminution des commandes des grossistes et grandes surfaces. À Rungis, principal marché de gros, la diminution de 20 % des commandes semble avoir été constatée. Les volailles entières sont plus touchées que les découpes et produits élaborés. Par ailleurs, en Grèce, certains chiffres font état de baisses de 60 % de la consommation depuis l’apparition d’un cas présumé de grippe aviaire. Baisse également en Italie, où les chiffres demeurent contradictoires.
Coordonner la communication
Désireux d’éviter une psychose générale à la manière de ce qui s’était passé lors de la crise de la vache folle, professionnels et pouvoirs publics ont adopté une ligne de conduite en matière de communication. Le CIV (Centre d’information des viandes) se voit décerner le rôle de coordonnateur de la communication en ce qui concerne les problèmes de consommation. Son animateur, Louis Orenga, ne minimise pas la complexité du problème, plus complexe encore que lors de la crise de la vache folle. Il estime qu’il faut capitaliser sur deux messages : d’une part le muscle n’est en aucun cas contaminant ; d’autre part, des mesures très vigoureuses de sécurité ont été prises en élevage.
Depuis le 23 août en effet, la DGAL (Direction générale de l’alimentation au ministère de l’agriculture) a préconisé une série de mesures destinées à protéger les élevages. Néanmoins, la France n’a pas préconisé le confinement systématique des animaux, comme l’a pourtant fait l’Allemagne. Une différence qui n’est pas sans étonner bon nombre de consommateurs.
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La Commission veut rassurer
De son côté, l’Europe a, elle aussi, pris des décisions. Réunis en urgence le 18 octobre à Luxembourg, les ministres européens des Affaires étrangères ont cherché à rassurer les Européens après la détection d’un cas suspect de grippe aviaire en Grèce et l’apparition du dangereux virus H5N1 en Turquie et Roumanie quelques jours plus tôt. Avec le commissaire européen chargé de la santé et de la protection des consommateurs, Markos Kyprianou, ils ont souligné que l’arrivée du virus aviaire dans l’UE n’augmentait pas les risques de pandémie humaine en Europe, où la situation est incomparable avec celle de l’Asie. Les ministres ont appelé à une plus grande coordination internationale, soulignant les efforts réalisés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), la Banque mondiale et la Commission européenne pour mobiliser les pays exposés et les donateurs. Un exercice de simulation de crise doit être organisé sur 2 jours d’ici la fin de l’année dans l’UE à une date non indiquée pour tester la réaction des États membres en cas de pandémie humaine liée à la grippe aviaire.
Éviter les contacts avec les animaux sauvages
La Commission européenne a entériné le 19 octobre une décision visant à laisser plus de marge de manœuvre aux États membres pour éviter les contacts éventuels entre volailles et oiseaux sauvages infectés. Ce projet avait reçu le feu vert unanime des experts vétérinaires des Vingt-cinq, réunis au sein du Comité permanent pour la chaîne alimentaire et la santé animale le 14 octobre. L’objectif est de renforcer les mesures de sécurité dans les élevages là où c’est nécessaire et de mettre en place des systèmes de détection précoce dans les zones à risques comme les marécages ou les fermes situées sur les axes migratoires. « Les mesures de sécurité requièrent que les États membres prennent les mesures appropriées, en fonction des circonstances nationales, pour réduire le risque que la grippe aviaire passe des oiseaux sauvages aux oiseaux domestiques », avait indiqué la Commission dans un communiqué le 14 octobre. Dans les « zones à risques » (couloirs de passages des oiseaux migrateurs ou proximité de points d’eau où les oiseaux viennent s’abreuver, forte densité d’élevage, nombreux mouvements entre exploitations, etc.), « cela inclut de maintenir la volaille à l’intérieur »,
avait-elle ajouté, précisant que « chaque État membre est tenu d’identifier les zones à risque sur son territoire et d’assurer que les mesures destinées à séparer les oiseaux sauvages et domestiques sont appliquées aussi vite que possible ». Les zones concernées devront être notifiées à Bruxelles d’ici au 5 novembre. Des critères de surveillance ont aussi été fixés pour que les agriculteurs alertent les autorités au moindre signe suspect (baisse de la production d’œufs, augmentation anormale de la mortalité, etc.).
Les experts vétérinaires européens se veulent rassurants
Les experts vétérinaires européens avaient tenu dès le 14 octobre à rassurer les Européens qui commençaient à bouder les volailles suite à l’apparition de la maladie dans les Balkans. « Les récentes informations sur l’arrivée de la grippe aviaire en Roumanie et Turquie suggèrent que la maladie reste confinée aux volailles et oiseaux sauvages et qu’à ce stade aucun cas humain n’a été confirmé », avaient-ils souligné dans une déclaration publiée à l’issue du Comité permanent. « Donc, pour le moment, avaient-ils ajouté, la grippe aviaire ne représente pas un risque pour la santé publique » en Europe, contrairement à la situation en Asie où des populations vivent en contact permanent avec des volailles et où plus de soixante personnes sont mortes depuis 2003 après avoir contracté le virus H5N1.