Pour lutter contre la propagation du Covid-19, le gouvernement a finalement décidé de fermer les marchés alimentaires. Quelques dérogations ont été données au cas par cas. Les agriculteurs en vente directe se démènent pour trouver des solutions.
Alors que de nombreux syndicats, tant d’agriculteurs que de commerçants, défendent le maintien des marchés alimentaires en cette période de confinement pour lutter contre l’épidémie du Covid-19, le gouvernement a tranché le débat par l’interdiction. « Nous avons pris la décision de fermer les marchés », a indiqué le Premier ministre Édouard Philippe le 23 mars lors du journal télévisé de TF1. L’application devait être effective dès le lendemain.
Le Conseil d’État avait enjoint, le 22 mars, le gouvernement « dans les 48 heures » à « évaluer les risques pour la santé publique du maintien en fonctionnement des marchés ouverts, compte tenu de leur taille et de leur niveau de fréquentation ». Il estimait que le « fonctionnement des marchés ouverts […] paraît autoriser dans certains cas des déplacements et des comportements contraires à la consigne générale ».
Le débat avait en effet duré plusieurs jours, alternant entre des images de marchés bondés et des défenseurs des marchés – ministre de l’Agriculture en tête — qui assurent que le respect des conditions sanitaire pouvait y être meilleur qu’en grande surface. Tout le monde agricole s’est désolé l’interdiction et s’est dit à pied d’œuvre pour trouver des solutions.
Dérogation dans les villages
La décision du gouvernement, si son principe est l’interdiction, permet des dérogations au cas par cas et notamment lorsque le marché est l’unique moyen pour la population d’avoir « accès à des produits frais ». Elle sera donnée par le préfet sur demande du maire de la commune qui souhaite « organiser un marché selon des règles strictes ».
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Pour le moment elles sont données au compte-gouttes, explique Maria Da Silva, trésorière adjointe de la fédération nationale de marché de France. Elle estime que tout au plus 10 % des marchés seront amenés à rouvrir dans les jours qui viennent. « En Ile-de-France, aucune dérogation n’est donnée, observe-t-elle. Dans les autres régions cela va un peu mieux, des préfets ont donné des dérogations pour des petits marchés ». Pour l’instant, les dérogations sont plutôt accordées dans les zones rurales, alors que dans les zones urbaines « c’est un refus total ».
Face à la situation, l’imagination bat son plein. La Coordination rurale propose par exemple d’installer les marchés sur « des installations sportives » permettant de faire respecter les gestes barrières. À la Confédération paysanne et à la Fnab (syndicats des producteurs bio), on veut aller plus loin pour continuer la vente directe de produits agricoles.
Les deux syndicats se sont associés pour « diffuser au maximum les alternatives fiables sur le plan sanitaire aux marchés de plein air ». Ils ciblent deux canaux. Les plateformes dédiées aux circuits courts qui ont fleuri ces dernières années sur le web et les collectivités locales qui « disposent de moyens logistiques comme les transports scolaires, ou des bâtiments publics vides qu’ils pourraient mettre à disposition de groupes de paysan-ne-s pour faciliter la livraison sur des points fixes ou carrément à domicile ».
« Nous appelons les acteurs publics de proximité à prendre le relais, qu’ils contribuent à maintenir ce lien social essentiel entre le monde agricole et leurs populations, ils ont des outils et un savoir-faire sur la logistique notamment qui doit pouvoir être mobilisé », réclame Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne.
10 % des marchés seront amenés à rouvrir