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Matières premières Les marchés mondiaux se ressaisissent

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Sur la plupart des marchés agricoles de la planète, des signes de reprise des cours apparaissent. Timides pour les grandes cultures, plus francs sur les produits laitiers, ils ne se répercutent pas encore nettement sur les prix payés aux producteurs français. Et on ne sait si la reprise sera durable. Mais ces signes montrent que, avec retard sur les matières premières industrielles, les productions agricoles bénéficient enfin, d’une relative reprise de la consommation. Pour autant, tous les experts sont persuadés que cette embellie est encore fragile. Des risques de rechute sont possibles ou tout au moins un plafonnement des cours. D’autant que bon nombre de marchés dépendent encore de la croissance asiatique en général, et chinoise en particulier.

A long terme, n’importe quel économiste le dira : les cours des graines de céréales et d’oléagineux devraient remonter, sous l’effet de l’augmentation de la population mondiale mais également des besoins accrus en énergie. A court terme, les prévisions sont nettement moins simples. Depuis la mi-mars, les cours du blé se reprennent sur le port de Rouen. D’à peine 110 euros/t, ils frôlent désormais les 130 euros/t. Si cette hausse s’explique en partie par la baisse de l’euro par rapport au dollar, elle est également due à un réajustement des stocks mondiaux. A 396 Mt toutes céréales confondues selon le dernier rapport du CIC (Conseil international des céréales), ceux-ci resteront élevés sur 2010/2011. Mais contrairement à ce qui pouvait être envisagé voici quelques mois, ils ne dépasseront pas les niveaux de 2009/2010. En maïs, la récolte demeurerait un peu inférieure à la consommation mondiale, tandis qu’en blé, la production dépasserait légèrement les besoins.
En soja, les réserves progresseraient de 64 à 66 Mt, mais elles s’inscrivent dans un contexte de forte hausse de la consommation, à 246 Mt soit 10 Mt de plus que l’an passé. Des nouvelles plutôt favorables à une remontée des prix. Impossible de dire si celle-ci sera durable. Tout dépend des récoltes à venir et des besoins des principaux importateurs mondiaux que sont le Maghreb, l’Egypte et le Moyen-Orient. A priori, l’Europe semblerait tout de même avoir une place à jouer à l’export en blé. Les récoltes de la Russie et de l’Ukraine s’annoncent moins abondantes qu’en 2009. L’Argentine n’est pas à l’abri d’une nouvelle sécheresse et devrait de toute façon faire face à une hausse de ses besoins intérieurs. L’Australie va devoir pour sa part assumer la remontée de son dollar qui la pénalise à l’export. Bémol toutefois : la Russie dispose de stocks importants, en partie gérés par le gouvernement, et pourrait en remettre une partie sur le marché international.

Lait : embellie pour les produits industriels
Le marché des produits industriels laitiers a retrouvé de la couleur. « Lorsqu’on se rappelle d’où l’on vient même si tout n’est pas rose notamment suite à la décision récente de la Commission européenne de déstocker, Il faut être positif », commente, prudent, Benoît Rouyer, chef du service économique du Cniel (interprofession laitière). En effet, après un effondrement des cours mondiaux des produits industriels (beurre et poudre) en 2008, les cours se sont stabilisés au niveau de 2006 jusqu’au second semestre de 2009, pour ensuite se redresser. Alors que le cours du beurre s’était stabilisé à 2 000 euros/tonnes au premier semestre 2009, il a retrouvé en décembre 2009 son niveau record de fin 2007. Pour les poudres, l’embellie a été moins forte avec des niveaux de fin 2009 inférieurs au pic de 2007. Pour la semaine du 17 au 23 mai 2010, les cotations des produits industriels laitiers enregistrent de fortes augmentations. La cotation du beurre est de 3 280 euros/tonnes pour la semaine du 17 au 23 mai. Ce qui traduit une augmentation de 52,6 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Demande en hausse…
Plusieurs phénomènes expliquent cette remontée spectaculaire des cours. Déjà, la consommation mondiale de produits laitiers s’est redressée en 2009, après l’éclatement en 2008 de la crise financière internationale et l’affaire de la mélamine en Chine qui ont plombé la demande. « Globalement la demande va mieux mais elle n’est pas à un niveau extraordinaire : elle se rétablit lentemen », temporise Benoît Rouyer. Les pays d’Extrême-Orient fin 2009 ont à nouveau importé des produits laitiers sans oublier la Russie en 2010 qui est sur la même tendance alors qu’elle avait très peu importé en 2009. La consommation de produits laitiers augmente au rythme de la croissance de la population. On n’est plus dans la période d’euphorie de 2005 à 2008 pendant laquelle la Chine dopait très fortement la demande mondiale.

… et déficit de production
Ce qui semble avoir joué le rôle plus d’importance dans cette remontée des cours est « le peu de marchandise disponible », explique Benoît Rouyer. « Le marché mondial a connu un déficit de production en 2009 à hauteur de 0,4 % (2,5 milliards de litres) qui a permis de réduire les stocks mondiaux de produits laitiers », explique l’Atla. Ce déficit de production peut s’expliquer par des problèmes climatiques comme pour l’Australie fin 2009 ou la Nouvelle-Zélande en 2010. L’excédent de production en 2008 était de 4 milliards de litres, soit une surproduction de lait de l’ordre de 0,5 % en 2008. Cette surproduction a eu pour conséquence une forte chute du prix du lait payé aux producteurs. De ce fait, certains pays ont pris la décision de décapitaliser leurs cheptels laitiers comme aux Etats-Unis. Dans d’autres pays, comme la Roumanie ou la Bulgarie, cette décapitalisation a été « un réflexe de court terme, proche du réflexe de sauve-qui-peut ! », souligne l’économiste du Cniel.

Ceux qui maîtrisent et les autres
La France a pris la décision politique de maîtriser sa production laitière pour avoir un effet positif sur les prix. D’autres pays de la zone Europe ont au contraire incité leurs producteurs à produire plus pour compenser la perte de chiffre d’affaires et diluer les charges fixes. C’est le cas des Pays-Bas, du Danemark ou encore de l’Allemagne. En moyenne la production laitière européenne est en retrait de 0,5 à 1 %.
En tout cas, la filière laitière peut être relativement optimiste sur des prix haussiers pour une période de 6 mois. Le problème réside dans les changements plus brusques qu’engendre l’abandon des outils de régulation. « Toutes les productions agricoles connaissement des cycles. Ce qui est nouveau est le niveau élevé de leur amplitude et les incertitudes sur leur durée », souligne Benoît Rouyer. Ce qui fait que personne ne se risque à faire des pronostics à plus long terme.

Viandes : unification des marchés
Après la baisse de fin 2008-début 2009, la tendance des prix en viande bovine est à la hausse. « Les prix sont fermes chez les grands pays exportateurs. La tendance est en fait à l’unification entre le marché atlantique et le marché Pacifique ce qui a pour conséquence une convergence des prix, explique Mélanie Richard, spécialiste de la conjoncture viande bovine à l’Institut de l’élevage. Les échanges ne se font plus entre pays d’un même marché mais entre les marchés atlantiques et Pacifique, ce qui a pour effet de faire converger les prix ».
Les prix du porc au niveau mondial sont également en hausse. Dans la filière porcine, c’est le marché d’Amérique du nord qui dépeint relativement bien la tendance mondiale en termes de prix (l’Alena c’est-à-dire les Etats-Unis, le Canada et le Mexique étant passés en tête du classement des exportateurs mondiaux de viande de porc en 2008). Selon l’Ifip (Institut du porc), le marché bouge actuellement en Amérique du nord. « Aux États-Unis, le prix du porc a augmenté de 10% entre mars et avril (passant de 1,53 dollar soit 1,13 euro à 1,68 dollar soit 1,25 euro), sous l’influence d’une baisse de l’offre et d’une demande soutenue des abattoirs. La hausse semble se poursuivre lors des trois premières semaines de mai (+9% en dollars et +15% en euros). Un prix américain supérieur devrait tirer le prix européen à la hausse. »

L’exception de l’agneau
Dans la filière ovine en revanche, le prix de l’agneau en Nouvelle-Zélande depuis le début de l’année 2010 se situe légèrement au-dessous de celui de 2009 (70 cents/kg). Le prix néo-zélandais est particulièrement représentatif du « marché mondial » car la Nouvelle-Zélande est le plus gros exportateur d’agneaux. « Cela s’explique par le rétablissement de la fertilité des brebis cette année. Les experts néo-zélandais prévoient une hausse des disponibilités pour l’export, ce qui entraînerait un prix inférieur à celui de l’année dernière », explique Anne Mottet, spécialiste de la filière ovine à l’Institut de l’élevage. Cependant, selon l’agro-économiste, l’essentiel des disponibilités de la Nouvelle-Zélande se situe entre janvier et avril. Elles sont en baisse saisonnière actuellement, ce qui implique la tendance à la hausse des prix qu’on observe en mai.

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