Cela faisait longtemps qu’une telle conjoncture n’avait pas été au rendez-vous. Dans une grande majorité de marchés, les prix sont à la hausse ou demeurent soutenus. Les cours mondiaux des céréales permettent aux Européens d’exporter sans restitutions, les cours de la viande demeurent fermes, les marchés viticoles donnent des signes – modestement certes – positifs. A cela s’ajoute l’impact attendu du marché des biocarburants qui est maintenant sur les rails. Si cette amélioration des cours est à comparer à une déplorable année 2005, elle a de quoi redonner un meilleur moral aux agriculteurs.
Presque partout des signaux positifs émanent des marchés agricoles. Ils ne règlent pas toujours les questions de revenus des exploitations, loin de là. Ceux-ci dépendent largement des coûts de production, certains secteurs étant fortement touchés par les prix de l’énergie et donc aussi ceux des engrais. De plus, la hausse des cours des grandes cultures aura inéluctablement des conséquences sur les coûts des aliments du bétail. Ce qui rejaillira sur les marges des éleveurs, surtout en production intensive. En attendant, les agriculteurs tentent d’encaisser au mieux les retombées de cours qui progressent. Revue de marché.
L’envolée des prix des céréales
Dans la filière céréales, la situation a changé du tout au tout par rapport à la campagne passée. Les prix étaient alors « scotchés » au prix d’intervention, voire au-dessous, plombés par une récolte abondante et une difficulté d’exporter nos céréales sur le marché mondiale en raison d’une parité euro/dollar défavorable. En 2006/2007, c’est l’envolée. Le blé au départ des zones de production a gagné 35 à 45 euros/tonne depuis le début de la campagne. Ainsi, au départ de l’Eure-et-Loire, le blé fourrager est passé de 102,50 euros/tonne au 1er juillet 2006 à 147 euros/tonne le 12 octobre 2006.
L’Europe a été la première à ouvrir le bal de l’envolée des prix au niveau mondial, en raison de la sécheresse à la fin du printemps, puis des pluies perturbant la récolte dans le nord de l’UE. Puis, le phénomène s’est généralisé au niveau international. En effet, la production mondiale est attendue en baisse de 30 millions de tonnes par rapport à 2005/2006, selon le CIC. Cette dernière semaine, l’Australie a annoncé une baisse de 60 % de la récolte en raison de la sécheresse. Ce recul de la production touche quasiment tous les continents. De plus, la production, de 588 Mt serait insuffisante pour couvrir la demande mondiale (607 Mt).
Les prix atteignent des sommets : le blé Hard red winter (HRW) à Chicago se négocie le 10 octobre à 223 $/t tandis que le soft (SRW) à 200 $/t. Sur le marché à terme parisien (Euronext, anciennement Matif), la tonne de blé meunier pour livraison en novembre s’affiche à 162 euros/tonne, dépassant les records de 2003 (contre 115 E/t il y a un an à la même date). Sur le marché physique (gré à gré), le blé meunier atteint lui aussi les 160 euros/tonne, soit près de 200 $/t.
Le moral des éleveurs dopé par les prix
En élevage, les prix à la production progressent, dopant le moral des agriculteurs. Au niveau des bovins, l’augmentation des cours ne date pas d’hier, mais elle se poursuit toujours aujourd’hui. Selon l’Institut de l’élevage, le prix de la vache R en 2005 a dépassé de 8 % son niveau de 2004 et de 7 % celui de 1999. La tendance se confirme en 2006. Principale raison à cela : la baisse régulière des disponibilités en France, conséquence entre autres de la réforme de la Pac et de la baisse du troupeau laitier. Les prévisions de l’Institut de l’élevage sur la production de femelles pour 2006, font état d’un recul de 1 % en 2006 par rapport à 2005, à 811 000 tec (tonnes équivalent carcasse) et de 2 % en veaux de boucherie à 240 000 tec. En porc, après une année 2005 en demi-teinte, à 1,159 euro/kg de moyenne, le cours du Marché du porc breton (MPB), a battu plusieurs records (1,462 euro/kg le 28 août) depuis le début de 2006. Sur les 9 premiers mois de l’année, le cours se situe à 1,259 euro/kg, soit plus de 8 % au-dessus de la même période de 2005. Le niveau de production français est pourtant sensiblement proche de celui de l’année précédente. Selon une large part des professionnels du secteur, la hausse des cours s’explique principalement par la mise en place et la progression d’exportations de porcs vifs vers les pays étrangers, notamment vers l’Allemagne, via la plate-forme coopérative baptisée Initia.
Production laitière : apaisement en 2006
Le paysage laitier du côté des producteurs s’est apaisé pendant l’année 2006 après une année 2005 particulièrement mouvementée. Depuis le 26 janvier 2006, après de longues et difficiles négociations, l’interprofession est parvenue à un accord complexe avec 4 élements à prendre en compte dans la fixation du prix. Cet accord est globalement respecté même si Lactalis a joué un moment les trouble-fête en s’alignant sur le groupe Sodiaal qui avait obtenu de l’interprofession une dérogation sur le prix du lait. En clair, ce sont les producteurs qui sont prélevés au niveau de leur paie laitière pour permettre à ce groupe de se restructurer. Sur l’année 2006, en moyenne nationale pondérée par la collecte, la recommandation sur l’ensemble de l’année 2006 représente une baisse de prix de 7,92 euros/1000 litres. « Cette diminution résulte essentiellement de la baisse des prix des produits industriels liée à la réforme de la PAC », souligne le Cniel. La mise en œuvre de la PAC de 2003 est passée, pour le secteur laitier, par la mise en place en 2004 d’une Aide directe laitière (ADL) compensatrice de baisse des prix d’intervention pour 3 années. Globalement, la baisse du prix du lait se situe autour de 30 euros/1000 litres compensés par l’ADL. « C’est un calcul sur le papier, s’empresse d’ajouter la FNPL. Imaginez un employeur qui décide de baisser la rémunération de ses salariés de 10 % mais en les dédommageant sous forme de prime à la fin du mois. Psychologiquement, ce n’est pas équivalent ! ». Il est vrai que le secteur laitier n’était pas habitué à ce système déjà pratiqué dans d’autres domaines. Deuxième souci des éleveurs : l’évolution de leur prix de base alors que les entreprises diminuent les primes supplémentaires notamment en fonction de la composition du lait. En résumé, malgré une année apaisée, les trésoreries des éleveurs sont tendues, assure la FNPL.
Volailles : la crise médiatique est passée mais les revenus restent en berne
Si la crise médiatique consécutive à la grippe aviaire n’est plus qu’un souvenir, le secteur de la volaille sort péniblement des difficultés économiques. « Il y a un peu de mieux mais nous n’avons pas encore récupéré », affirme Christian Marinov, à la CFA (Confédération française des producteurs avicoles). Aux prises avec des charges d’exploitation en hausse (énergie, surtout), les éleveurs ne profitent pas des cours élevés qui sont pratiqués par les grandes surfaces. Sur les étals, en effet, les tarifs de la viande de dinde ou de poulet sont parfois supérieurs à ceux du porc, pourtant également en hausse. La marge semble pour l’essentiel rester au niveau du distributeur, regrettent les éleveurs. Quant à la consommation, elle a repris des couleurs mais ellle reste inférieure à celle d’avant la crise, semble-t-il. A cela s’ajoute la gestion de la Commission européenne qui a décidé de réduire les restitutions à l’exportation, de 43 à 31 euros les 100 kilos de poulets entiers. « Une décision scandaleuse », juge Christian Marinov. Au total, lorsque les comptes de l’agriculture seront confectionnés pour 2006, les producteurs avicoles resteront sans doute parmi les plus mal lotis, en dépit d’aides publiques qui ont représenté 25 millions d’euros pour les éleveurs et 35 millions pour les entreprises. La situation est également difficile pour les producteurs d’œufs dont les cours sont cette année, fait rare, en baisse de 9%.
Viticulture : un petit mieux
La situation de la viticulture a tendance à se stabiliser, voire à légèrement s’améliorer en France, selon les chiffres des dernières semaines.
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Ainsi, la consommation taxée en France (volume enregistré par les douanes), selon Viniflhor infos d’octobre 2006, est en hausse de 1,4 % par rapport aux 11 mois précédents à 30,4 Mhl. Cette hausse profite aux vins de qualité (VQPRD) à hauteur de 16,1 Mhl (+ 0,5%) et aux autres vins à hauteur de 2,5% à 14,4 Mhl.
Les ventes en grande distribution se portent mieux. Celles de vins tranquilles ont légèrement augmenté en grande distribution entre le 22 mai et le 13 août 2006 par rapport à la même période en 2005 (derniers chiffres du panel Infoscan d’Iri France), soit de 0,85% en volume et de 0,54% en valeur. Les vins rouges font exception avec une baisse (-3,34% en volume et -3,82% en valeur) alors que les autres couleurs progressent (+1,23 % en volume et + 0,66 % en valeur pour les vins blancs ; +8,49% en volume et + 8,8% en valeur pour les rosés).
Une analyse par catégorie montre que les ventes des AOC et autres VQPRD remontent (3,7% en volume et de 1,8% en valeur). Les vins de cépages gardent leur tendance à la hausse avec plus 11,4% en volume et 7,4% en valeur mais avec des prix en baisse de 3% à 4% en moyenne. Les ventes des vins de table français continuent de baisser mais moins fortement (-6,54 % en volume et –8 % en valeur). Sur les marchés extérieurs, la situation s’améliore globalement. A mi-septembre, les exportations françaises de vin repassent la barre des 14 millions d’hl (+1,7% par rapport à 2004-2005) et progressent nettement en valeur (+11,4%) grâce aux vins effervescents (+18%) et aux VQPRD tranquilles (+13%). Autre point qui joue en faveur d’une remontée des cours : les stocks de vins en France cessent de monter grâce aux distillations successives.
Cependant, cette évolution favorable reste fragile. En effet, la prévision de récolte est en hausse en France et se situe aujourd’hui autour de 55 Mhl au lieu de 54 Mhl début septembre.
Fruits et légumes : nette reprise des prix
2006 sera-t-elle une année de reprise pour les prix des fruits et légumes ? Les trois mois (juin, juillet et août) de l’été 2006 marquent en tout cas une forte hausse. L’enquête Insee-Scees fait apparaître une hausse de l’indice de 23,5% sur un an pour les fruits et légumes. Cette hausse est de 12,9% pour les légumes et de 39% pour les fruits sur un an.
L’indice, avec une base 100 en 2000 a atteint 118 en août pour les légumes et 128,6 pour les fruits. La commercialisation des fruits et légumes s’est en effet globalement mieux déroulée pendant l’été 2006 que les deux étés précédents pour la production, à travers les « poids lourds » du secteur : tomates, pêches-nectarines, abricots, melons. Cette évolution confirme ce que constataient les professionnels en septembre. Les meilleurs prix à la production sont le résultat d’un meilleur enchaînement des ventes, sans télescopage. C’est notamment le cas pour la tomate, pour laquelle la concurrence de l’Espagne et du Maroc s’est éclipsée en juin-juillet, au moment où justement la tomate française arrivait sur les étals. Les semaines chaudes de juin et juillet ont vivement stimulé la demande de ce légume ainsi que de pêches-nectarines, de melons et d’abricots.
Enfin, un autre facteur lié au climat a joué un rôle non négligeable : dans l’ensemble, la qualité des produits a été au rendez-vous, améliorée par le temps chaud.