Tereos a présenté le 9 juin des résultats en berne pour son exercice 2014/2015. Le groupe affiche toutefois sa confiance, estimant avoir bien résisté compte tenu de conditions de marchés très difficiles, qui ont également affecté Nordzucker et Südzucker.
C'est avec sérénité que les dirigeants de Tereos ont présenté les résultats 2014/2015 (clos le 31 mars) du groupe coopératif à Paris, le 9 juin. Si la rentabilité opérationnelle du groupe a diminué d'un tiers (la marge opérationnelle est passée de 15 % sur l'exercice précédent à 10,5 %), le groupe estime avoir bien résisté. « Le décrochage a été beaucoup plus prononcé chez nos concurrents allemands, a expliqué Alexis Duval, président du directoire. Pour l'exercice en cours, ils envisagent même des marges négatives alors que nous pensons stabiliser la rentabilité de Tereos. »
ENVIRONNEMENT DIFFICILE POUR TOUS LES MARCHÉS DU GROUPE
La dégradation des résultats de Tereos n'est pas une surprise. En cause, des cours mondiaux du sucre toujours plus faibles (ils ont encore baissé de 20 % sur un an), du fait de stocks importants, aggravés par le brutal décrochage du prix du sucre européen l'an dernier, jusqu'à atteindre un niveau historiquement bas à environ 400 euros la tonne (soit une baisse d'environ 30 %). A cela s'est ajoutée l'atonie du prix de l'éthanol, en lien avec celui du pétrole. Pour compléter de tour d'horizon des conditions de marché difficiles, Alexis Duval a également signalé la surcapacité industrielle pour les produits amylacés en Europe, alors que la consommation stagne. Au final, malgré la hausse des productions (1), Tereos a vu son chiffre d'affaires baisser de 8,5 %, à 4,3 milliards d'euros et son excédent brut d'exploitation ajusté dégringoler de 35,6 %, à 453 millions d'euros. Le résultat net (après compléments de prix) a été divisé par dix. De 176 millions d'euros, il est passé à 17 millions d'euros. Cette dégradation des résultats était prévue. Standard and Poor's a d'ailleurs abaissé la note de Tereos de BB+ à BB le 5 mai dernier, estimant que « la rentabilité de Tereos et sa capacité à générer de la trésorerie vont probablement rester faibles lors des 12 prochains mois, principalement car les prix européens comme mondiaux du sucre et de l'éthanol, ses principales productions, ne vont pas significativement rebondir durant cette période ».
VERS UN DÉSENDETTEMENT PROGRESSIF
Dans ces conditions, le ratio d'endettement de Tereos s'est envolé. La dette nette est ainsi passée de 2,8 à 4,5 fois l'excédent brut d'exploitation (EBE), sans que cela pose particulièrement problème selon Alexis Duval. « Notre activité est cyclique, il faut évaluer les choses dans la durée, a-t-il expliqué. Nous sommes là où nous pensons qu'il est logique d'être, compte tenu de nos investissements. » Le groupe prévoit toutefois de profiter de la contribution des investissements réalisés dans les pays émergents (notamment dans les produits amylacés au Brésil, en Indonésie et en Chine), qui commencent à monter en puissance. « Nous nous désendetterons progressivement comme nous l'avons fait par le passé », a indiqué Alexis Duval, rappelant que le ratio d'endettement avait déjà été beaucoup plus élevé par le passé (jusqu'à 6,1 l'EBE sur 2008/2009).
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Alors que les conditions de marché restent très dégradées sur l'exercice en cours, Tereos mise sur une marge opérationnelle stable en 2015/2016. Une prévision beaucoup plus optimiste que celle de Nordzucker, par exemple. Tereos compte notamment sur la contribution de ses activités à l'international et sur son plan de performance (100 millions d'euros d'économies sur trois ans) pour compenser la baisse à prévoir de la rentabilité des activités sucrières européennes. Car Tereos envisage une nouvelle dégradation de cette activité, dont l'excédent brut d'exploitation a déjà presque été divisé par deux sur 2014/2015. Outre ce volet industriel, le groupe, en vue de la fin des quotas, a renforcé ses circuits de commercialisation avec la création de Tereos Commodities et la reprise de Napier Brown au Royaume Uni. À noter, l'activité en Indonésie (co-contrôlée par FKS) et en Chine (contrôlée par Wilmar) ne contribue qu'au résultat net sous forme de quote-part.
UNE NÉCESSAIRE CONSOLIDATION EN LIEN AVEC LA FIN DES QUOTAS
La question d'un rapprochement éventuel avec Cristal Union a à nouveau été abordée lors de la présentation des résultats. Pour faire partie des trois ou quatre grands groupes sucriers européens à terme, Tereos a, en ligne de mire, les quelque 20 % de part de marché que détiennent respectivement Südzucker et Nordzucker. Pour cela, des alliances seront nécessaires et étudier une possible fusion avec Cristal Union semble légitime à Tereos. Une proposition qui essuie pour l'instant une fin de non-recevoir (Agra Alimentation du 19 mars 2015). À la question de savoir si un rapprochement avec un autre acteur que Cristal Union est envisageable, Alexis Duval répond : « Je me garderais bien de dire ce que je pense de telle ou telle option mais nous sommes intéressés par le potentiel de rapprochements. Nous sommes reconnus comme faisant partie des groupes très bien positionnés en Europe. Si nous avons le sentiment que notre taille est un frein pour remplir notre mission (vis-à-vis des coopérateurs, ndlr), nous en tirerons les conséquences. » La mission ministérielle lancée en janvier en vue de la fin des quotas devrait rendre ses conclusions avant l'été. Reste à savoir si elle peut faire évoluer la position affichée par les deux groupes coopératifs.
(1) Sucre : + 4,3 % à 3,9 millions de tonnes ; alcool et éthanol : + 16,5 % à 1,9 mm3 ; produits amylacés : + 10,1 % à 2,1 millions de tonnes.