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Prix Les marges des distributeurs en débat même chez les experts

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Les spécialistes, quand ils parlent entre eux, ne sont pas d’accord sur le caractère abusif ou non des marges des distributeurs dans les filières alimentaires. C’est ce qu’a montré une rencontre organisée le 6 novembre par la Sfer (Société française d’économie rurale) sur le thème : « Du producteur au consommateur, le grand écart des prix ».

Les scientifiques ne parviennent pas à établir de loi générale sur le caractère abusif ou non des marges des distributeurs, bien que ce domaine soit quantifiable. La rencontre de la Sfer du 6 novembre a fait ressortir trois positions très différentes sur ce thème.
Michel Simoni, chercheur à l’Inra, a présenté une étude réalisée sur le marché de la tomate. Contre toute attente, le « pouvoir de marché » de la distribution est « modéré ». Les écarts de prix entre les groupements de producteurs de tomates, du type Savéol, et les grandes et moyennes surfaces (GMS) sont faibles. Par contre les écarts entre les prix départ producteurs (prix plutôt bas) et les prix départ groupements de producteurs (prix plutôt élevés), sont élevés. Michel Simoni en déduit que le pouvoir de marché fort est détenu par les groupements de producteurs, et que la tomate peut être un produit d’appel dans les rayons.

Divergences
Le constat d’Olivier Andrault, chargé de mission à l’UFC Que Choisir, est opposé, du moins dans le domaine de la viande de bœuf, de porc et de volaille. « Depuis 2001, c’est-à-dire après la hausse des prix consécutive à l’affaire de la vache folle, on constate une transmission des prix de moins en moins fidèle entre la production-transformation et la distribution ». Sur le marché du poulet, par exemple, les hausses sont répercutées, mais pas les baisses, a-t-il montré, courbes à l’appui.
L’analyse de Pascal Mainsant, chercheur à l’Inra, va à l’encontre de la thèse selon laquelle les marges brutes des GMS ont fortement augmenté pour les viandes et le lait. Par exemple la chute des prix du lait n’est pas due à la distribution, mais à la très forte augmentation de production, en réponse aux prix élevés de 2007/08. De plus, la crise a contribué à contracter la demande. Enfin, Pascal Mainsant conteste l’affirmation selon laquelle l’insuffisance de concurrence entre enseignes se mettrait en travers d’une transmission fidèle des prix du producteur au consommateur : la concurrence est suffisante en France depuis les années 1960, en dépit des multiples lois freinant l’implantation de magasins.
Ces analyses étant différentes, bien que dressées par des spécialistes, on peut pronostiquer de beaux jours pour les polémiques, qui partent d’éléments moins scientifiques que ceux des experts.

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