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Marchés financiers Les matières premières agricoles redeviennent des valeurs refuges

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Les matières premières agricoles sont décrites, par des spécialistes des marchés financiers, comme des valeurs refuges pour les fonds d’investissement face au marché des actions. D’autres, spécialistes des marchés agricoles, observent plutôt un désengagement tendanciel des fonds d’investissement des marchés à terme ou indiciels agricoles. Des questions sont posées sur l’intérêt des investisseurs financiers pour les matières premières agricoles.

«On assiste aujourd’hui à la revanche des actifs réels sur les actifs financiers » a déclaré Mory Doré, chef de service des risques financiers pour la Caisse d’Epargne. Il s’exprimait lors d’un débat organisé par Vigie matières premières, service d’aide à la décision et de suivi du contexte des matières premières agricoles, le 15 novembre à Paris. De son côté, Dan Basse, président d’AgRessource Company, s’exprimant le 16 novembre à Genève lors de la conférence Global Grain 2011, soulignait que les fonds avaient plutôt tendance à réduire leur exposition au risque en se retirant tendanciellement des marchés financiers agricoles depuis le début de l’année 2011.

Le marché des actions n’attire plus les investisseurs

Selon Mory Doré, « l’investissement sur le marché des actions est découragé et l’on observe un début de surperformance des actifs réels, adossés sur des produits physiques comme les matières premières ». Ceci est, selon lui, lié à une forte baisse des indices boursiers « qui ne peuvent plus remonter en raison de risques systémiques ». Ainsi on assiste à un déséquilibre entre l’offre, abondante, et la demande, faible, sur le marché des actions, incitant, d’après Mory Doré, les fonds d’investissements à se positionner sur les matières premières, notamment agricoles. Sur l’influence de ces fonds au niveau des évolutions de cours sur les marchés à terme agricoles, Mory Doré a indiqué que les effets étaient plutôt ponctuels au moment des débouclages massifs de positions. Souvent ces débouclages ont lieu avant les présentations des résultats des fonds à leurs investisseurs ou juste avant les appels de marges sur ces produits. Sur ces périodes, les cours agricoles physiques ont tendance à se replier, mais temporairement selon Mory Doré.

L’aversion au risque fait aussi délaisser les marchés financiers dérivés

Autre analyse du retrait récent des fonds d’investissement des marchés agricoles, celle de Dan Basse. Selon lui, au cours de l’année 2011, une crise globale de confiance dans les gouvernements européens et des Etats-Unis, au sujet de leur capacité à résoudre leurs problèmes de dettes, a incité les investisseurs ayant des positions ouvertes à se retirer massivement des marchés à terme ou indiciels agricoles. Les craintes de récession économique étaient fortes. Pourtant, si les prix des céréales au niveau mondial se sont détendus depuis le mois d’août 2011, ils restent plus élevés qu’en 2009 et 2010. Un prix à relativiser quand il est libellé en dollar américain compte tenu de la tendance à l’affaiblissement de cette monnaie, a souligné Dan Basse. Ainsi, les positions ouvertes sur le marché à terme de Chicago ont beaucoup fluctué depuis 2006 et finissent sur une tendance au retrait des investisseurs en 2011. En revanche, la tendance est plus stable pour le blé. Cependant, comparé au maïs, le blé à Chicago est un marché relativement petit. D’ailleurs en observant les performances financières des ETF (exchange traded fund, placements indexés sur la valeur d’un panier de matières premières ou d’autres actifs), Dan Basse a constaté une forte corrélation entre les baisses de performances financières du maïs et celles d’ETF basés sur les matières premières. De là à dire que ces ETF sont composés en grande partie de contrats maïs il n’y a qu’un pas.
Entre valeurs refuges et craintes d’une récession, l’incertitude domine sur l’avenir des performances économiques des placements financiers adossés aux produits agricoles. En revanche, une chose est sûre, les fondamentaux sur les marchés physiques agricoles sont et devraient rester sous tension. Ainsi, l’investissement concret dans la production de denrées alimentaires devrait encore rapporter gros, pour peu que l’on puisse accéder aux marchés en demande.

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