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Filières viandes Les multinationales de la viande font frémir les gouvernements

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Tyson Food, Smithfield foods, Brasil Food, Marfrig, Vion, JBS, Tönnies… des noms de multinationales qui font frémir les éleveurs et, maintenant, même les gouvernements. Une étude d’août de FranceAgriMer revient sur les stratégies de ces grands groupes, « devenus des acteurs de la géostratégie des productions animales » dans le monde. Actuellement, les dix plus importants groupes des filières viandes assurent la commercialisation d’environ 15% de la production mondiale de viande. De mauvais résultats financiers pour plusieurs de ces groupes ne les empêchent pas de figurer parmi ceux qui dominent le marché mondial de la viande.

Elles sont près d’une dizaine et pourraient à l’avenir prendre la main sur la géostratégie mondiale des productions animales. Les multinationales ou « global players » dans la filière viande se sont développées à toute vitesse ces dernières années, souvent par fusion-acquisition. FranceAgriMer, dans une étude publiée fin août, détermine 2 types de global players : « ceux qui se sont constitués autour d’une production animale prédominante : Smithfield Foods, Vion, Danish Crown, Tönnies, Hormel Foods, Olymel, Basil Foods, Cargill, Doux… et ceux qui traitent plusieurs viandes, parfois produisent des produits élaborés frais ou transformés cuits : JBS, Tyson Foods… ». Pour FranceAgriMer, « les gouvernements sont désormais très vigilants sur la situation de position dominante de ces grands groupes qui peuvent acquérir en un court laps de temps plusieurs entreprises d’importance. [...] Plus globalement, à l’échelle du monde, par ces acquisitions successives sur différents continents, ces grands groupes disposent d’un pouvoir important dans l’expansion locale des productions animales et leur transformation. Ils peuvent, de façon plus ou moins consciente, être des acteurs de l’évolution par grande zone du globe des équilibres offre–demande. »

Éviter le monopole

Devant la montée en puissance de ces « global players », des décisions freinent parfois leur développement afin d’éviter « théoriquement » un monopole national. Ainsi, aux Etats-Unis, « en 2008, le Ministère de la justice (DOJ) a empêché la poursuite du processus d’acquisition de National Beef Packing Company, le numéro 4 du secteur, par JBS », observe FranceAgriMer. Il a effectivement estimé que « le nouveau contexte serait de nature à avoir des effets potentiels négatifs sur les prix au stade de la production et de la consommation ». En France, le cas du groupe Bigard est resté dans les mémoires. Malgré la revente de 4 sites de production à Terrena (Noeux-les-Mines, Vitry-le François, Mirecourt, Eloyes), à la demande de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), Bigard est considéré par tous les professionnels comme ayant le monopole de la viande dans le pays.
À l’origine, les premiers « global players » ont vu le jour dans les années 1990 aux Etats-Unis (Smithfield Foods, Tyson Foods, Cargill). Dix ans plus tard, c’est au Brésil que se développent de nouveaux grands groupes (JBS, Marfrig, Brasil Foods). Certaines entreprises se spécialisent dans une production (porc, bœuf…), d’autres « ont des secteurs d’activité bien plus large ». Ainsi JBS s’occupe de l’alimentaire, du cuir, du biodiesel, du collagène… À noter également, selon FranceAgriMer, « l’apparition de grands groupes chinois (Shineway/Shuanghui, People’s Food et Nanjing Yurun Food), tous tournés vers la filière porcine », ces dix dernières années.

Cinq raisons à ce développement international

Cinq raisons expliquent le développement international de ces « global players ». Tout d’abord, il s’agit d’« être présent dans les principaux pays producteurs et consommateurs » afin de sécuriser l’approvisionnement des clients en toutes circonstances (problèmes sanitaires, restriction à l’exportation, diminution de l’offre…) et d’écouler les surplus de viande des zones hyper productrices comme le Brésil. Tirer profit des accords sur la libéralisation des échanges à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et des accords bilatéraux, bénéficier des opportunités liées à des entreprises à reprendre ainsi que réduire l’exposition aux risques sanitaires sont trois autres raisons à cette expansion. Par exemple, « dans la filière porcine, Smithfield Foods avait précédemment pratiqué de la même manière en se portant acquéreur d’outils au Canada et au Mexique, ce qui lui permet d’assurer, si nécessaire, l’approvisionnement, au moins en partie, des marchés asiatiques rémunérateurs (Japon et Corée du Sud), au départ d’autres pays que les Etats-Unis », notait FranceAgriMer. Reste aussi la possibilité de tirer parti « des paramètres économiques » variables entre pays comme le coût de la main d’œuvre ou celui de l’aliment du bétail, du taux de change…

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