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Production porcine et bovine Les multinationales européennes attirées par l’Est

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En Europe, c’est dans la filière porc que se trouvent de bons exemples de multinationales. Vion, Danish Crown ou encore Tönnies Fleisch ont pris la tête de ces entreprises. D’ici quelques années, leur stratégie sera probablement d’investir dans les pays de l’Est. Des multinationales chinoises se positionnent aussi sur le marché du porc et n’hésitent pas, pour couvrir leurs approvisionnements en aliment du bétail, à aller chercher des terres sur d’autres continents. Sur le plan du développement international, dans le secteur bovin, JBS reste un exemple. Les entreprises françaises semblent bien petites face à de tels géants.

En Europe, trois groupes se distinguent par leur activité d’abattage de porcs : Vion, Danish Crown et Tönnies Fleisch. Vion du fait du rachat de Grampian au Royaume-Uni en 2008, occupe 27% du marché anglais, 55% du marché des Pays-Bas et 20% du marché allemand, selon des chiffres publiés dans Baromètre porc d’octobre 2010, une publication de l’Institut du porc (Ifip). « En cumul le groupe dépasse 20 millions de porcs abattus par an », constatait l’Ifip. Danish Crown en abat un million de moins mais couvre 4 pays : Danemark (80% du marché), Suède (15%), Pologne (3%) et Royaume-Uni (19%). Depuis, le groupe a racheté D & S Fleisch (3,5 millions de porcs) fin 2010. Tönnies Fleisch arrive en 3e position (23% du marché allemand et 3% du marché danois). En mars 2011, le groupe a repris « la majorité des parts de l’abattoir Heinz Tummel GmbH & Co KG, (…) dont l’activité d’abattage est de 1,3 millions de porcs par an. L’objectif de cette opération, réalisée avec effet rétroactif au 1er janvier 2011, est pour Tönnies Fleisch d’élargir son offre. Cette transaction doit encore être validée par l’Autorité de la concurrence », notait l’Ifip le 17 mars 2011 sur son site internet.

Porc, des investissements à l’Est de l’Europe

Pour certains professionnels, le « centre de gravité » de la production et de l’abattage de porc se déplace vers l’Est. Au début, il était localisé sur la France, l’Italie et l’Espagne. Aujourd’hui, c’est l’Allemagne et le Danemark qui dominent et pourquoi pas, demain, la Pologne ou l’Ukraine ? Danish Crown cherche à retrouver sa position de leader du marché européen. Il pourrait très bien se développer en Pologne ou en Ukraine, sachant qu’il emploie déjà près de 27 000 Ukrainiens dans les élevages danois. Cette main d’œuvre formée et prête à l’emploi retourne régulièrement dans son pays d’origine, pouvant à terme devenir éleveurs. Reste donc à Danish Crown à s’implanter directement avec des abattoirs en Ukraine. Son approvisionnement serait alors sécurisé par ces éleveurs formés aux techniques danoises (techniques d’élevage, qualité de la viande…). L’industriel tire ainsi toujours partie d’un coût de production faible du fait d’un coût de main d’œuvre réduit. Or cet avantage économique n’est pas négligeable entre pays européens, au point que les syndicalistes français parlent de « distorsions de concurrence ». Mais pour combien de temps encore ?

Des liens déjà forts avec les pays d’Europe de l’Est

Vion cherche aussi à investir à l’Est. La Pologne serait une cible intéressante mais la production de porc est déjà en diminution. Tönnies Fleisch, de son côté, a construit un abattoir en Russie, en 2008. Un deuxième abattoir serait en construction bientôt. Il est fort probable que l’entreprise possède des liens privilégiés avec les Russes sinon la crise de la dioxine (hiver 2010-2011) aurait fait plus de « dégâts » au sein de l’entreprise. Les échanges de viande de porc entre Tönnies Fleisch et la Russie sont trop importants pour qu’une crise de cette ampleur ne change rien ou peu au compte de l’entreprise. D’ailleurs, le groupe a annoncé pour 2010, un chiffre d’affaires record de 4,3 milliards d’euros (15 millions de porcs abattus). Le 5 juillet 2011, l’Ifip annonçait la prise de contrôle financière, par le groupe, de Zur Mühlen Gruppe, premier groupe de charcuterie-salaison d’Allemagne (8 sites, 820 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2009), d’ici 2014.

Le porc est privilégié par les groupes chinois

La montée des groupes chinois était également relevée par un document de FranceAgriMer, daté d’août, sur les multinationales dans les filières viandes. Le porc est souvent l’enjeu principal car les Chinois en sont très friands. Le gouvernement chinois souhaite absolument « alimenter » le pays de façon autonome. Faire venir l’aliment du bétail à moindre coût est un enjeu clef pour le développement de la filière viande porcine en Chine, d’où des investissements dans des terres africaines et d’Amérique du Sud. Le groupe Cofco, « le plus grand importateur et exportateur de pétrole et d’aliment en Chine » comme il se définit sur son site internet, a fait partie de ces investisseurs. Il ne possède pas moins de 500 000 places d’engraissement, un chiffre en réalité très petit face à la demande chinoise.

Une présence européenne de JBS Friboi encore faible

JBS Friboi, groupe plutôt spécialisé dans la viande bovine, a visé plus loin et a colonisé, selon son site internet, l’Amérique du Nord, l’Europe, l’Afrique, l’Asie et l’Australie. Dans la réalité, l’Europe reste un marché difficile. En 2007, il avait pris 50% du capital d’Inalca, filiale de Cremonini, en Italie. Mais trois ans plus tard, il cède ses parts à… Cremonini. Une mésentente serait à l’origine de cette séparation. Pour certains professionnels, JBS est plutôt basé sur l’export de carcasse alors que les outils européens se sont développés sur la transformation. Des fusions-acquisitions pourraient alors se produire grâce à une complémentarité des secteurs. Pas si facile visiblement pour JBS. L’expérience italienne en est un bel exemple.

Bigard, acheteur ou racheté

Face à ces entreprises, quelle est la position du groupe dominant français : Bigard ? Ce dernier privilégiera-t-il un développement à l’étranger ? Peu probable, selon certaines sources. Le marché français serait bien suffisant. Il n’a pas « la culture » de l’export, ni les moyens financiers et les banques françaises resteraient frileuses face à de tels investissements. Pour d’autres, si une opportunité économiquement intéressante se présente, le groupe ne restera pas au sein des frontières françaises. Bigard fera-t-il des annonces dans ce sens au salon Space de Rennes ? Un rachat de Bigard par une entreprise étrangère comme JBS ou Vion est également envisageable. Mais des entreprises du même type et moins chers existent sur le marché ailleurs en Europe. Vion, comme expliqué plus haut, préfèrera sans doute se développer à l’Est. En parallèle peut se poser la question de la position des groupes coopératifs dans un tel contexte mondial.

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