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CNMCCA Les mutations démographiques sous le regard du mutualisme agricole

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Quelles sont les conséquences, tant en agriculture que dans les activité proches, des mutations démographiques qui attendent la France ? Tel est le problème qui sera au cœur du congrès de la CNMCCA (Confédération nationale de la mutualité, de la coopération et du crédit agricoles) qui se tient les 6 et 7 mai à Besançon. Sous la houlette de la présidente Jeannette Gros (MSA), plusieurs exposés et tables rondes permettront à une demi-douzaine de spécialistes (Michel Godet professeur au Cnam), sociologues (Gérard Mermet), universitaires (Frank Bournois)… ainsi qu’à Nicolas Jacquet, délégué à l’aménagement du territoire, d’éclairer la réflexion des responsables mutualistes agricoles.

Si le propos se veut général, les conséquences pour l’agriculture et notamment pour le renouvellement des exploitations - dans un contexte de réforme de la Pac - seront largement analysées. Une table ronde, le 7 mai, devrait surtout donner la parole aux jeunes agriculteurs. Le rapport d’orientation décrit l’impact d’un monde agricole comprenant environ 330 000 exploitations agricoles à l’horizon 2015. Un monde qui implique un recours croissant aux formes sociétaires (EARL), notamment pour l’installation, à la pluriactivité et à l’imbrication sans cesse plus forte entre agriculteurs et non-agriculteurs.

La réflexion de la CNMCCA se veut, dans une première approche, et comme chaque année, très généraliste. De fait, le choc démographique, dont la première année semble devoir être 2006, va impliquer plusieurs mutations de grande ampleur. Ce sera très directement une pénurie de main d’œuvre, qui touchera toutes les entreprises y compris dans les secteurs mutualistes et agricoles. Noël Dupuy (Crédit agricole), secrétaire général de la Confédération, faisait remarquer le 27 avril devant la presse que la Banque verte avait déjà engagé une stratégie de renouvellement des effectifs compte tenu de cette échéance.

Mobiliser l’emploi

Si l’on veut réduire les risques de ralentissement économique, il faudra mobiliser le maximum de ressources inutilisées de main d’œuvre, fait remarquer le rapport d’orientation. Le problème du travail des femmes se posera aussi, de même que les besoins de formation dont la récente réforme Fillon vient de relancer le principe avec son droit individuel de formation. Autre objectif : améliorer la capacité d’emploi des seniors (ne serait-ce qu’en raison du relèvement de l’âge de la retraite), ce qui implique une organisation du travail adaptée et la fin des incitations à la retraite anticipée. Enfin, une réflexion de fond doit être menée sur le recours à l’immigration. Doit-elle ou non être une solution au vieillissement des populations ? En tout cas, « la nécessité d’éviter les problèmes intercommunautaires potentiels comme celle de répondre aux besoins spécifiques des différents marchés du travail prêchent pour une politique migratoire plus active et plus maîtrisée ».

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Les réponses des entreprises

Face à ce choc démographique, les entreprises devront élaborer des réponses différentes selon les types d’emplois dont elles disposent et selon leurs domaines d’activité. Le rapport d’orientation explique ces différents comportements possibles selon que l’on est dans un secteur en croissance ou non, peu ou très exposé au choc démographique, selon que l’on ait une activité industrielle ou de service, etc. Bien sûr, la gouvernance des entreprises devra s’adapter à cette nouvelle donne y compris chez les mutualistes qui «doivent préparer le renouvellement de leur sociétariat et de leurs élus».

La protection sociale en déficit

Autre enjeu face au défi démographique, celui de la protection sociale. Qui dit vieillissement de la population dit accroissement des dépenses de protection sociale. D’où, en France, le problème particulièrement crucial de l’équilibre financier de la protection sociale, tant en matière de retraites qu’en matière d’assurance maladie, les deux grands enjeux sociaux d’aujourd’hui. La réforme des retraites a partiellement répondu au premier tandis que se prépare la réforme de l’assurance maladie. Pour l’un comme pour l’autre des enjeux, la réforme sera loin d’être définitive. Selon le Haut conseil pour l’assurance maladie, le déficit tendanciel pourrait atteindre, sans mesure d’envergure, près de 100 milliards d’euros en 2020. Au-delà de ces grandes questions d’équilibre vont se poser aussi des problèmes plus spécifiques, celui de la dépendance des personnes âgées par exemple.

Une nouvelle ruralité

Tous ces facteurs vont inévitablement rejaillir sur les territoires français. Des disparités se créent en fonction des problèmes de population, des métropoles se créent mais, du fait de la centralisation française, sans toujours disposer des attributs de grande ville ou des moyens d’exercer une politique de régulation des activités. A cela s’ajoute une ruralité qui prend des formes nouvelles, avec des populations également nouvelles, demandeur de nouveaux équipements et services. Ceci concerne très directement l’agriculture qui va voir s’accentuer des phénomènes qu’elle connaît déjà bien : repli démographique accentué, recours aux formes sociétaires, obligation d’intégration dans cette nouvelle ruralité, développement de la multifonctionnalité. Si l’on ajoute l’impact de la réforme de la Pac (découplage de l’essentiel des aides Pac), cela implique une refondation du projet agricole autour de trois thèmes : renforcer l’adéquation au marché, vivre au milieu des autres comme les autres, développer une nouvelle politique d’installation, s’organiser autour du pacte coopératif et mutualiste.