Le Muséum national d’histoire naturelle s’inquiète de la baisse des populations d’oiseaux en France, notamment celles spécifiques aux zones agricoles. Si les pratiques intensives agricoles ou sylvicoles sont pointées du doigt, elles ne sont pas les seules. Le changement climatique a également sa part de responsabilité.
La France a perdu 20% de ses oiseaux nicheurs en milieux agricoles depuis 20 ans. Tel est le constat du programme de recherche sur le Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc), dévoilé le 9 juin par le Muséum national d’histoire naturelle. Depuis 1989, 95 espèces d’oiseaux communs, réparties sur 1800, sites ont été observées. Près de 1500 bénévoles de la Lutte pour la protection des oiseaux (LPO) et d’associations d’ornithologues ont permis d’estimer les variations d’effectifs d’oiseaux.
Tendances similaires en Europe
Le bilan 2008 montre que si les populations sont globalement en déclin (-10%), les espèces spécialistes des habitats agricoles (-20%), urbains (-20%) et forestiers (-11%) sont les plus touchées. À l’inverse, les espèces dites généralistes sont en forte augmentation (+20%) et remplacent les espèces spécialistes qui souffrent de la dégradation des habitats. « Ce sont des tendances similaires observées chez nos voisins européens pour la plupart des espèces », a souligné Frédéric Jiguet, coordinateur scientifique du Stoc. Selon les scientifiques, c’est le mode d’exploitation intensif des territoires qui est en cause, que ce soit au niveau agricole ou sylvicole. Parmi les espèces les plus menacées, 6 espèces sont en déclin significatif. La population de linotte mélodieuse, par exemple, qui souffre de la raréfaction de ses ressources alimentaires (graines herbacées éliminées des zones de grandes cultures) a baissé de 71% depuis 1989 et de 43% depuis 2001. En favorisant certaines plantes, « les engrais ont plus d’impact sur la végétation que les herbicides », explique Frédéric Jiguet.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Retard d’adaptation au climat
Les scientifiques s’inquiètent par ailleurs des effets du changement climatique sur les populations d’oiseaux. Celles-ci se déplacent moins rapidement que l’évolution du climat, accroissant le risque de disparition d’espèces. « On observe un retard de déplacement des communautés d’oiseaux vers le nord de 91 km », indique Romain Julliard, également coordinateur scientifique du Stoc. Dans l’ensemble, les insectes se déplacent plus rapidement que les oiseaux (plus sensibles), mais ils accusent tous un retard sur le climat. De plus, les espèces supportant des températures froides, en grande majorité septentrionales, diminuent davantage (-37%) que celles vivants sous des températures chaudes (-9%), plus méridionales. Ces dernières ne sont pour autant pas épargnées. « C’est bien au-delà de ce que l’on constate pour les espèces spécialistes », s’inquiète Frédéric Jiguet. L’écart entre les deux types d’espèces tend à augmenter de 1,46% par an, en fonction de leur capacité à se reproduire sous des températures élevées. Les scientifiques sont peu optimistes et ne disposent d’aucune visibilité pour l’avenir.