Voulant peser dans les discussions auprès des pouvoirs publics et au sein de la filière laitière, neuf organisations de producteurs (OP) et associations d’OP ont annoncé vouloir se structurer au niveau national, sous une forme encore à définir. Elles souhaitent par ailleurs intégrer l’interprofession, une perspective qui pourrait notamment se heurter au droit de la concurrence.
Constatant « que chacun travaille de son côté » et « le manque de représentativité » des organisations des producteurs (OP), trois associations d’organisations de producteurs (AOP) et six OP ont annoncé, le 5 juillet, leur « volonté de se structurer » pour « défendre leur rôle incontournable dans la filière laitière ». Un appel du pied aux AOP et OP qui seraient intéressées par cette démarche. En effet, les discussions n’en sont qu’à leurs balbutiements ; ni le statut ni la gouvernance de « ce collectif » n’ont encore été déterminés. Mais ont d’ores et déjà répondu à l’appel l’AOP Grand Ouest, l’APLBC (Centre), Biolait, France Milk Board Grand Ouest et Bassin normand, Sunlait, l’OPLGO (Grand Ouest), l’OP Mont-Blanc, l’OP Saint-Père et l’Unell.
Trouver sa place
Pourtant, la diversité des OP qui peuvent être verticales ou horizontales, et parfois d’origine syndicale, interroge sur la gouvernance même de ce collectif, qui pourrait être « d’une association ou un syndicat » selon Claude Bonnet, président de l’Unell, l’Union nationale des éleveurs livreurs Lactalis. Pour cet éleveur, « bien qu’il y ait des écarts de visions, il ressort des thèmes fédérateurs » entre les OP. Toutefois, il admet qu’il faudra faire « attention à la forme que cette structuration prendra car les rôles sont différents d’une OP à une autre ». Dans le même sens, Denis Jehannin, vice-président de France Milk Board Grand Ouest, AOP territoriale consent « des petites différences » mais « si on creuse on est proche ».
Et effectivement, toutes « les OP ont leur mot à dire car ce sont bien elles qui négocient les contrats » pour les producteurs laitiers, revendique-t-il. Point de vue que partage Denis Berranger, président de Sunlait, l’AOP des producteurs de lait livrant à Savencia, qui regrette que les OP aient été « très peu concertées », lors du projet de loi issu des États généraux de l’Alimentation, sur le sujet des indicateurs utilisés pour la construction des prix alors même qu'« on leur fait porter le poids de la réussite (ou non, NDLR) du texte ». Il demande que les OP soient « partie prenante » de cette élaboration et non uniquement utilisateurs d’indicateurs fournis clé en main par l’interprofession.
Au sein de l’interprofession
C’est pour porter cette voix que ce nouveau collectif souhaite intégrer, à terme, le Cniel. Cela pourrait prendre forme grâce à la création d’un nouveau collège dédié aux organisations de producteurs. Mais Thierry Roquefeuil, président de l’interprofession et de la fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) tempère ces aspirations : « un collège de première mise en marché [formé par les OP et AOP, NDLR] n’inclurait pas les producteurs qui livrent les coopératives et on ne peut pas avoir un collège qui représente qu’une partie des producteurs ».
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De plus, il rappelle que les OP ont « été créées pour négocier les prix et les volumes, du fait que l’interprofession n’en parlait plus ». Ainsi « intégrer un collège qui en parlerait est l’inverse de ce que nous demandent les pouvoirs publics et le droit de la concurrence ».
« Ça coince sur la répartition de la valeur » à l'interprofession laitière (FNPL)
La répartition de la valeur a été au cœur des discussions du conseil d'administration du Cniel du 11 juillet. Et « ça coince », estime la fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), dans un communiqué de presse du même jour, qui dénonce « les transformateurs qui refusent cette nécessaire transparence ». En effet, dans le plan de la filière laitière, « nombreux sont les engagements qui concernent les éleveurs et leurs bonnes pratiques » et le syndicat demande « une juste rémunération des éleveurs » grâce au partage de la valeur et « encore plus lorsque cette valeur est créée directement par les éleveurs ». Toutefois, « coincé n’est pas bloqué », commente Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, qui « essaye de rester positif ». Interrogé par Agra presse, il en appelle aux pouvoirs publics pour « transcrire législativement » le discours de Rungis d'Emmanuel Macron pour soutenir la mise en œuvre des plans de filière.
La CR encourage les OP à accélérer leur structuration nationale
La Coordination rurale, dans un communiqué de presse du 11 juillet, « se réjouit de l’engagement vers une réelle structuration » des organisations de producteurs laitiers qui est « une belle avancée » pour « faire front commun ». Le syndicat défend la création d’un collège d’OP au sein du Cniel, et a déjà effectué des démarches en ce sens. Enfin, la CR estime que « ce renforcement doit s’accélérer » et s’accompagner d’un « regroupement d’OP et AOP permettant de réduire leur nombre ».