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UE/Mercosur Les organisations agricoles et les députés européens montent au créneau

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Les organisations professionnelles et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont demandé le 12 juillet, lors d’une rencontre avec la présidence belge du Conseil agricole des Vingt-sept, que soit « mis un terme aux négociations de libéralisation du commerce avec le Mercosur », avertissant « qu'un accord aurait un impact dévastateur sur le secteur agricole européen ». La décision de reprendre les pourparlers avec ce groupe régional (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) - une première réunion a eu lieu au niveau des hauts fonctionnaires du 29 juin au 2 juillet à Buenos Aires (1) - a également été très critiquée au Parlement européen.

Tous groupes politiques confondus, les députés de la commission agriculture du Parlement européen avaient critiqué, lors de leur réunion du 1er juin, la décision de la Commission de Bruxelles de relancer les négociations commerciale entre l’Union et le Mercosur (2).
Quelques jours avant un sommet UE/Brésil le 14 juillet à Brasilia, les députés britanniques George Lyon (libéral, ADLE) et James Nicholson (conservateur, ECR), l’Irlandaise Mairead McGuinness (démocrate-chrétienne, PPE), le Français José Bové (Verts) et le Portugais Luis Manuel Capoulas Santos (socialiste, S&D) ont de nouveau tiré la sonnette d’alarme, en plénière le 8 juillet à Strasbourg, sur la base d’une question orale à la Commission.

 Nous allons dresser des barricades »

« Beaucoup ont été surpris par cette décision. La Commission aurait mieux fait de consulter le Parlement au préalable. Si vous poursuivez sur cette voie, nous allons dresser des barricades », a averti M. Nicholson, soulignant les lacunes, côté sud-américain, en matière de traçabilité, de normes sanitaires et de bien-être animal. « Rouvrir les négociations avec le Mercosur alors que l'UE s'apprête à redéfinir sa politique agricole révèle un manque de cohérence dangereux de la part de la Commission (…) qui, une nouvelle fois, brade son agriculture et ses paysans pour obtenir des contreparties aléatoires pour des entreprises de services », a renchéri M. Bové. « La réouverture des négociations suscite beaucoup d'inquiétudes. Nous devons préserver nos modes de production », a poursuivi M. Lyon. « Notre Parlement impose des normes élevées pour la production alimentaire. Nous ne pouvons pas permettre que cet accord soit conclu au détriment de la production de l'UE, au moment où nous réformons notre Pac. Il n'y a pas de cohérence entre notre politique commerciale et notre politique agricole », a déploré Mme McGuiness, dénonçant la caducité du mandat de négociation octroyé en 1999 à la Commission, la non-présentation par la Commission d'une évaluation d'impact, les pertes d'emplois qu'engendrerait un accord, ainsi que les problèmes de déforestation et de changement d'affectation des sols dans les pays du Mercosur.

Un « apport essentiel », selon Karel De Gucht

Face à ces critiques, le commissaire européen au commerce, Karel De Gucht, a souligné l'apport « essentiel » d'un accord avec le Mercosur, y compris au plan économique, puisqu'il générera des gains importants pour les deux régions. « Il s'agit d'un partenaire en croissance pour nos exportations, qui est aussi important que l'Inde, le Canada ou la Corée du Sud », a-t-il expliqué, précisant que les exportations de l'UE vers le Mercosur enregistrent déjà une hausse de 15% par an et que le bloc sud-américain est une terre d'accueil pour l'investissement européen plus important que la Chine, l'Inde et la Russie réunies.
M. De Gucht a également souligné les intérêts offensifs agricoles substantiels de l'UE dans les secteurs des vins, fromages, fruits et légumes, et sur la protection des indications géographiques. Défendant la validité du mandat de négociation, il a aussi promis de consulter les autres institutions, et indiqué que l'offre agricole de l'UE au Mercosur serait décidée entre ses services et ceux de son collègue chargé de l'agriculture, Dacian Ciolos.
Enfin, le commissaire européen a assuré que la relance des négociations avec le Mercosur « ne sape nullement l'engagement de l'UE de conclure le cycle de Doha ».

(1) Voir n° 3260 du 12/07/10

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