Des résultats qui justifient le rééquilibrage des aides PAC vers les productions les plus fragiles, selon le ministère de l’Agriculture
« Sur une moyenne triennale qui permet de lisser les variations, le revenu des grandes cultures demeure nettement supérieur à celui constaté dans l’élevage », commente le ministère de l’Agriculture dans un communiqué daté du 12 décembre. Cette situation structurelle justifie bien, selon le ministère, « le rééquilibrage des aides de la PAC au profit des productions les plus fragiles ». Elle confirme aussi, poursuit-il, la sensibilité du secteur des grandes cultures à la volatilité des marchés mondiaux et rappelle en ce sens son action « tant au plan international, dans le cadre du G20 et de la FAO, que par la mise en place de dispositifs de lissage des revenus au niveau national ». Par ailleurs, des discussions sont en cours au sein d’un groupe à haut niveau réunissant la filière céréalière et les pouvoirs publics, ajoute-t-il encore.
La FNSEA s’interroge sur la fiabilité des résultats des revenus 2012
« Comment se fait-il qu’il faille attendre le mois de décembre 2013 pour se rendre compte enfin que des chiffres publiés il y a un an sont faux, archi-faux ? », se demande le syndicat agricole majoritaire dans un communiqué publié le 12 décembre. « Aurait-on changé le mode de calcul sans nous en informer ? Aujourd’hui le doute est là et la FNSEA s’interroge ». La centrale estime en effet « très regrettable » que les acteurs du monde agricole et les pouvoirs publics aient eu des chiffres « erronés » sous les yeux pendant un an, d’autant plus en pleine réforme de la Pac, souligne-t-elle. Des résultats qui ne peuvent que contribuer à la division des agriculteurs, selon elle. La FNSEA estime que tout cela jette le doute sur la sincérité des comptes publics et sur le rôle de la Commission des comptes de l’agriculture. Le syndicat déplore par ailleurs le repli de 15% du résultat moyen pour 2013. Et « de souligner encore une fois que la volatilité des prix se confirme, que les charges sont au plus haut niveau et que les revenus sont en baisse dans quasiment tous les secteurs ».
Revenus 2013 : « Forte baisse dans un contexte d’instabilité des marchés », selon l’APCA
« La volatilité des prix s’installe et fragilise les exploitations agricoles », a commenté, le 12 décembre, l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, à la suite de la publication des résultats prévisionnels des revenus agricoles 2013. Selon un communiqué, cette fragilisation intervient au plus mauvais moment, « alors que nous sommes de plus en plus dans un choc de compétitivité et que nous attendons un choc de simplification tant annoncé pour reconquérir des parts de marchés ». En grandes cultures, la baisse des prix mondiaux et nationaux provoque la chute des revenus de 50%, souligne l’APCA. Moins 37% pour la volaille, moins 21% pour le maraîchage, moins 8 à moins 11 % pour les éleveurs de bovins (viande) et de porcins, moins 6% pour l’élevage ovin. Trois secteurs d’activité échappent à cette dégradation de revenus : les producteurs de lait (+3%, une hausse qui ne rattrape cependant pas la baisse de 2012, commente l’APCA), la viticulture (+33%) et l’arboriculture (+7%). Pour ce dernier secteur, cette hausse ne lui permet pas néanmoins « de sortir de l'effondrement des revenus qu'elle avait subi à la fin de la décennie 2000 », ajoute encore l’APCA.
Orama dénonce « l’irréalisme des choix français » pour la nouvelle Pac
À 24 200 euros, le revenu moyen 2013 des producteurs de céréales et d’oléoprotéagineux se situe en dessous de la moyenne de 29 400 euros pour l’ensemble des exploitations, note Orama dans un communiqué. Il est surtout « très inférieur aux prétendus 72 800 euros de 2012, sans cesse mis en avant par le ministère de l’Agriculture pour justifier la redistribution des aides » européennes. L’union des grandes cultures juge que les principaux arbitrages de la Pac « se sont appuyés sur des chiffres totalement erronés », l’estimation initiale du revenu 2012 ayant été corrigée à 56 700 euros. « Nous sommes en droit de nous poser des questions sur ces statistiques », affirme le président d’Orama Philippe Pinta. L’organisation demande à Stéphane Le Foll de « revenir rapidement à plus de réalisme afin de corriger l’effet assurément négatif des choix de la France par des mesures plus équilibrées en faveur des producteurs de grains ». D’après ses calculs, le revenu céréalier tomberait à 14 000 euros en appliquant cette année la redistribution prévue des aides de la Pac, soit un niveau « quasiment nul » après cotisations sociales. Pour Philippe Pinta, l’important est avant tout « que les aides Pac soient équivalentes à celles dont bénéficieront les Allemands afin de ne pas provoquer de distorsion de concurrence ».
La Confédération paysanne demande de corriger les disparités et de freiner la disparition des actifs agricoles
La Confédération paysanne met en avant la perte de 15% des revenus des agriculteurs en 2013, et la disparition de 2% des actifs du secteur. « Comme lors de chaque publication des revenus de l’agriculture, on ne peut que constater que les politiques mises en œuvre ne sont pas parvenues à agir sur les écarts de revenus entre productions», déplore le syndicat. Il demande aux décideurs politiques d’« absolument corriger les disparités et de freiner la disparition des actifs agricoles ». Pour cela, la Confédération paysanne préconise « l’organisation et la maîtrise des productions pour éviter des effets yoyo aux conséquences désastreuses », qui permettra une amélioration des revenus, et une « réforme de la politique d’installation pour assurer le renouvellement des générations ». Le syndicat précise que si les laitiers ont des revenus stables, « ils auraient dû augmenter avec des cours mondiaux du lait en hausse », et que si les revenus des viticulteurs semblent faire un bond en avant, ils sont « surtout tirés par le champagne alors que de très grosses disparités persistent dans le secteur ».
« Toute l'agriculture s'enfonce dans la crise », selon la Coordination rurale
Pour la Coordination rurale, « les chiffres annoncés ont le mérite de refléter le profond désarroi que connaissent les agriculteurs dans tous les secteurs ». Les céréaliers, qui sont « les principales cibles visées par les prélèvements sur les aides PAC dans le cadre de la réforme 2015 en cours de discussion, n'auront pas à attendre son application pour voir leur revenu 2013 baisser de 57,3 % », souligne le syndicat. Mais cette « baisse du cours des grains n'est pas répercutée à son juste niveau sur les coûts alimentaires des éleveurs, qui continuent de souffrir : les prix restent très en deçà des coûts de production et ce, sur le long terme », ajoute la Coordination rurale. Le revenu des éleveurs devra en plus subir « les investissements nécessaires au respect des normes (bien-être animal, nitrates) ainsi que les coups de boutoirs dans le peu de mesures de régulation qui subsistent encore (fin des quotas, accords de libre-échanges,...) ». « Le revenu moyen des moyennes et grandes exploitations atteint tout juste son niveau d'il y a 15 ans, toute l'agriculture s'enfonce dans la crise », conclut le syndicat, qui met en cause des « prix à la production établis selon les objectifs de marges des industriels, des intermédiaires, des distributeurs et selon les spéculations opérées sur les marchés des matières premières agricoles »
Après trois années de hausse, le revenu des éleveurs d’allaitants se replie (-8%)
Les éleveurs de bovins viandes gagnent moins en 2013, après trois années de hausses consécutives. Selon les indicateurs de revenu de l’agriculture prévisionnels pour 2013 publié le 11 décembre, ils ont généré un revenu de 19800 euros contre 21500 euros en 2012. « Pour les plus spécialisés, ce revenu a atteint à peine 15000 euros par éleveur sur les cinq dernières années (avant paiement des cotisations sociales), malgré les contraintes lourdes du métier », réagit la FNB (fédération nationale bovine), dans un communiqué, le 12 décembre. Face au manque de visibilité des professionnels pour l’avenir de leurs activités, la FNB rappelle la nécessité d’une aide couplée à la vache allaitante suffisante. « Les producteurs attendent une enveloppe de couplage à la vache allaitante dotée d’au moins 690 millions d’euros », appuie la FNB.
Pour la FNP, la baisse du revenu des éleveurs de porcs est sous-estimée (-11%)
« Nous avons eu des échanges informels avec les centres de gestion. Nous sommes d’accord pour dire que les revenus publiés sont 20 à 25% au-dessus du revenu réel des éleveurs de porcs », explique Jean-Michel Serres, président de la FNP (Fédération nationale porcine). Le revenu prévisionnel 2013 des éleveurs de porcs publié par Agreste Primeur est estimé à 40 500 euros. Il s’agit d’une baisse par rapport à 2012 où il avait atteint 45600 euros. L’Ifip (institut technique du porc) rappelle de son côté que ces prévisions valent pour l’atelier porcin, mais aussi pour les autres activités agricoles d’un élevage porcin. « Pour le seul atelier porcin, nous avons estimé grossièrement le revenu à 33000 euros en 2013 contre 43000 euros en 2012 », explique Michel Rieu, directeur du pôle Economie à l’Ifip. Par ailleurs, Jean-Michel Serres rappelle que la baisse de production de porcs témoigne de la mauvaise situation de la filière porcine. « Le pessimisme des éleveurs est visible. Pour 2014, on s’attend encore à un repli de la production », affirme-t-il.
La FNPL regrette que l'écart ne se resserre pas par le haut
André Bonnard, trésorier de la fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), s'interroge sur les données : « Peut on vraiment croire à ces chiffres ? On peut se poser des questions sur la fiabilité des comptes 2012, qui ont permis de discuter la réforme de la Pac », déclare t-il. Si le resserrement de l'écart entre céréaliers et éleveurs « donne plus de pérennité à tout le monde », il regrette que l'écart se soit resserré par le bas.
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Revenu des éleveurs de petits ruminants : 4ème année de baisse (-6%)
« C’est une nouvelle baisse du revenu, mais nous essayons de limiter cette tendance », analyse Serge Preveraud, président de la FNO (Fédération nationale ovine). En 2013, les estimations tablent sur un revenu de 17 600 euros. Il s’agit de la 4e année consécutive de baisse. En 2010, le revenu des éleveurs de petits ruminants était de 20400 euros. La FNO rappelle que le principal « boulet » au pied des éleveurs d’ovins viande, « ce sont les coûts de production, pas les prix payés aux éleveurs ». Serge Preveraud explique que la filière française mise sur l’amélioration de ses performances et de sa technicité. « Le taux de pertes de brebis en France est inférieur à ceux enregistrés en Irlande», affirme Serge Preveraud.
Viticulture : l’effet stocks explique les bons résultats du revenu 2013
Les bons résultats du revenu 2013 dans les exploitations viticoles s’expliquent avant tout par « l’effet stocks », indique-t-on chez les professionnels du secteur. Bernard Farges, président de la Confédération nationale des appellations viticoles (CNAOC), a indiqué le 12 décembre que dans la plupart des appellations, les ventes ont lieu 18 à 24 mois après la vendange. « Ces chiffres correspondent bien aux ventes du vin de la vendange 2011, qui a été abondante », a-t-il commenté. De son côté, Michel Servage, président de la Confédération des vins IGP, considère l’évolution positive des revenus dans le secteur viticole comme « normale » : après plusieurs années de crise, les cours sont repartis à la hausse. « Ils n’ont fait que retrouver » le niveau d’il y a dix ans.