À l'occasion de l'assemblée annuelle entre les syndicats et les employeurs dans le secteur du sucre de l'UE (1), les partenaires sociaux ont exprimé leurs « profondes inquiétudes » au sujet des risques et des incertitudes économiques liées à la fin du système de quotas sucriers en 2017. Ils sont aussi inquiets de l'absence de concurrence loyale et de règles du jeu équitables pour leur industrie.
Comme on le sait, aux termes de la réforme de la Pac (Politique agricole commune) pour le secteur du sucre, l'UE devrait être un des marchés les plus libéralisés au niveau mondial. Pendant ce temps, les autres grands pays exportateurs de sucre, comme le Brésil, l'Inde et la Thaïlande, devraient maintenir et même accentuer les mesures visant à protéger et à subventionner leurs industries de sucre de canne. C'est ce que l'on peut lire dans un communiqué conjoint publié, le 2 mars dernier, à l'occasion de l'assemblée annuelle des syndicats et des employeurs du secteur du sucre, organisée par la Commission européenne dans le cadre de sa politique de dialogue social. L'EFFAT (Fédération européenne des syndicats de l'alimentation et de l'Agriculture ) et le CEFS (Comité européen des fabricants de sucre), les signataires, considèrent que non seulement « ces politiques rendent les producteurs de ces pays tiers artificiellement compétitifs, mais ils favorisent également leurs surproductions qui sont déversées sur le marché mondial à des prix inférieurs aux coûts moyens de production ». Ces « prix de dumping » ont pour résultats de déprimer le marché mondial et d'aggraver la volatilité excessive sur le marché mondial du sucre.
UNE MENACE SUR LES EMPLOIS EUROPÉENS
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Les partenaires sociaux s'inquiètent du fait que le prix du sucre blanc communautaire se rapproche dangereusement du prix du marché mondial et qu'il devrait suivre cette tendance dans les années à venir. Ils estiment donc qu'un marché mondial du sucre déprimé et volatil pourrait « avoir des conséquences graves pour l'emploi dans le secteur du sucre de betterave en Europe ». Comme les prix de l'UE menacent de descendre au-dessous des coûts de production locaux, avec de graves conséquences négatives potentielles pour les travailleurs concernés, « les institutions et les opérateurs de l'UE doivent impérativement anticiper et organiser des réponses socialement acceptables ». Les représentants des syndicats et des employeurs du secteur du sucre de betterave rappellent que leur secteur « est l'un des plus compétitifs au monde et qu'au cours des 25 dernières années, l'industrie a réussi à réduire systématiquement les coûts de production par rapport à l'inflation ». Cependant, soulignent-ils, « sans des règles du jeu équitables, notre industrie est laissée à la merci des politiques irresponsables et inéquitables des grands producteurs de sucre mondiaux ». Ils rappellent utilement que l'article 3 du Traité de l'Union européenne prévoit que « l'un des objectifs clés de l'Union européenne est de tendre vers le développement durable de l'Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social, et un niveau élevé de protection et d'amélioration de la qualité de l'environnement ... ». Les partenaires sociaux du secteur du sucre demandent donc à l'UE de faire pression pour la signature d'un accord global, impliquant tous les acteurs clés du marché mondial du sucre, pour mettre fin à toutes les subventions et toutes les autres politiques qui faussent les échanges commerciaux.
(1) Le secteur sucrier de l'UE est l'une des rares industries alimentaires en Europe et dans le monde à avoir développé un code de conduite obligatoire sur les questions de responsabilité sociale des entreprises (RSE).