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Structures de commercialisation/UE Les patrons de PME pas très convaincus par le plaidoyer de Bruxelles pour les circuits courts

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« La Commission européenne veut donner l’impression qu’il existerait des possibilités d’économiser en matière de transport ou d’impact sur l’environnement en ce qui concerne les circuits courts de commercialisation des produits mais la réalité est tout autre ». Les responsables de l’organisation patronale, UEAPME (association des employeurs des PME européennes) ne sont pas tout à fait d’accord avec l’appel du commissaire européen à l’agriculture, Dacian Ciolos, qui a fait l’éloge des circuits courts d’approvisionnement alimentaires locaux lors d’un séminaire le 20 avril dernier. Circuits qui, à ses yeux, ont un « potentiel considérable, correspondent à une vision moderne de notre rapport à l’alimentation, à une vision de la compétitivité économique de notre agriculture et de son efficacité sociale et environnementale »

Le développement depuis quelques années chez les producteurs de denrées alimentaires d’une volonté de s’affranchir du circuit classique qui passe par les grossistes ou les centrales d’achats de la grande distribution ne plaît pas à tout le monde. Surtout quand ce nouveau type de commercialisation bénéficie du soutien majeur de la Commission européenne. En tout cas, ce développement ne fait pas sauter de joie une organisation patronale comme celle de l’UEAPME.
Ludger Fischer, responsable du département « Politique alimentaire » explique à Agra alimentation que la Commission européenne se fourvoie quelque peu quand elle fait l’apologie des circuits courts de commercialisation alimentaire. Selon lui, la Commission veut donner l’impression aux consommateurs qu’en recourant aux circuits courts « ils mangeraient des produits plus frais, des produits qui n’auraient pas subi de longs trajets de transport et qui n’auraient de ce fait pas d’impact réel sur l’environnement. Ce n’est pas vrai ! ». Le responsable de l’UEAPME soutient que les chaînes d’approvisionnement alimentaires actuelles – bien développées et bien structurées – fonctionnent proprement et qu’il n’y a pas lieu de les changer ». Ludger Fischer pointe du doigt par ailleurs le problème de l’hygiène des produits alimentaires élaborés dans les petites exploitations : « Acheter à la ferme, c’est bien, cela fait être à la mode mais qu’en est-il des risques alimentaires liés à ce type de commercialisation ? ».

Dacian Ciolos, le chantre des circuits courts
La position de l’UEAPME sur les circuits courts est aux antipodes du commissaire européen à l’agriculture, Dacian Ciolos. « J’ai souhaité organiser cette rencontre car, lorsque l’on parle des circuits courts, le potentiel est considérable. Mais on est d’un côté face à des contradictions, de l’autre face à des préjugés », a dit le commissaire à l’ouverture du séminaire. Il estime que « d’un côté, un consommateur sur deux regrette que les produits locaux soient difficiles à trouver et à différencier (selon une étude Eurobaromètre, ndrl). De l’autre, les structures de commercialisation ne suivent pas, et les préjugés sur ce mode de commercialisation restent forts dans certains milieux politiques ou économiques ». À ses yeux, si la demande des consommateurs européens pour des produits locaux est bien là, elle n’est pas suffisamment structurée, mal identifiée, difficilement accessible. « On manque d’études mais tous les travaux dont nous disposons convergent sur un point : l’attente forte des consommateurs en produits locaux. Des enquêtes au Royaume-Uni ou en Allemagne l’ont encore mis en lumière», souligne le commissaire roumain. Soupçonné par certains de « trop parler des circuits courts et de faire la promotion des petites exploitations peu compétitives qui font des produits pour les consommateurs les plus riches », le commissaire répond qu’à son avis les circuits courts « correspondent à une vision moderne de notre rapport à l’alimentation, à une vision de la compétitivité économique de notre agriculture et de son efficacité sociale et environnementale. Ils permettent d’éviter le transport sur de longues distances et ils favorisent l’essor économique des territoires, donnent la possibilité aux consommateurs d’être des acteurs du développement économique local ».

Des résultats tangibles
Pour fixer les idées il évoque notamment l’exemple concernant le facteur de l’emploi d’une étude sur 26 exploitations impliquées dans la vente directe autour de Paris (France). « Au total, ces 26 exploitations génèrent, à elles seules, 170 emplois permanents et 200 emplois saisonniers, bien plus que des exploitations agricoles classiques ». Il tient à souligner que les filières locales concernent toutes les catégories des consommateurs, peu importe leur pouvoir d’achat, et tous les Etats membres. « Elles ne sont pas réservées à une élite ou inversement d’ailleurs, comme je l’entends souvent ». Mieux : selon le commissaire, « en 2008, plus d’un Italien sur deux a fait appel à une filière courte. Au Royaume-Uni, le premier marché agricole a été créé en 1997. Il y en a plus de 7 500 organisés chaque année. J’aurais pu également citer la Slovaquie, la Roumanie, ou la Grèce qui détient sans doute le record en matière de circuits courts. La crise a renforcé ce mode de commercialisation dans l’intérêt des agriculteurs et des consommateurs. Les difficultés économiques ont suscité la création d’un circuit de vente directe des pommes de terre à des prix attractifs, 60% moins cher que dans les circuits classiques. L’expérience va être étendue ». En conclusion, il estime que « pour être véritablement compétitive et durable, l’Europe doit valoriser tous ses modèles agricoles, sans préjugés. Chaque exploitation devrait pouvoir définir sa propre stratégie de développement, et pouvoir valoriser les opportunités de tout type de marchés, y compris les marches locaux ». Le commissaire reconnaît toutefois que le défi ne sera pas facile à surmonter : « C’est un défi pour les agriculteurs. Ils doivent apprendre ou réapprendre un métier, celui du commerce. Un certain type de politique agricole, qui prenait complètement en charge les marchés, leur a fait oublier cette dimension du métier d’agriculteur. Cela signifie des compétences nouvelles et des investissements. Pour de nombreux produits, la vente locale ou les circuits courts impliquent des bâtiments dédiés et des efforts pour assurer la transformation des produits sur la ferme » 

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