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Salon de l’agriculture Les « petites phrases » de Terre d’info TV

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Durant toute la semaine du Salon de l’agriculture, des personnalités politiques ou syndicales ainsi que des experts, observateurs et analystes se sont exprimés sur le plateau d’enregistrement de Terre d’Info TV, la chaîne éditée par les Chambres d’agriculture. Des phrases souvent lourdes de sens, d’implication politique et de portée sur les problématiques agricoles. Voici une sélection tirée des différentes émissions :

- Mariann Fischer Boel : « Le protectionnisme n’est pas la solution »

« L’objectif est de rendre l’agriculture européenne compétitive. Or, le protectionnisme n’est pas la solution », expliquait la commissaire européenne sur le plateau de Terre d’Info au Salon de l’agriculture le 21 février. La commissaire européenne a ajouté que le système de quotas n’était pas non plus la meilleure alternative pour garantir des prix élevés, d’où la décision de les faire progressivement disparaître jusqu’à leur suppression totale d’ici 2015. À titre d’exemple, elle a notamment cité le secteur laitier. « Les problèmes sont liés à une surproduction », expliquait Mariann Fischer Boel.

- Michel Barnier : « L’Europe n’est pas un supermarché »

Européen convaincu, Michel Barnier, tête de liste UMP en Île de France pour les élections européennes de juin, entend bien réconcilier le monde agricole avec l’Europe, c’est ce qu’il a expliqué sur le plateau de Terre d’Info le 22 février. En effet, au moment du vote du projet de constitution européenne, les agriculteurs avaient majoritairement voté contre. Et la nouvelle politique visant à déréglementer les marchés agricoles n’a pas estompé ce sentiment de rejet de la part des agriculteurs. À ce propos, le ministre a ses propres convictions : « Il ne faut pas abandonner la régulation. On ne peut pas traiter l ‘agriculture et l’alimentation comme l’industrie automobile. L’Europe n’est pas un supermarché. On ne peut pas laisser le monde agricole en proie aux libres lois du marché. Il faut une régulation. »

- Didier Marteau : le pourquoi du « retard français » dans le bio

« On essaie de convaincre les agriculteurs de passer au bio. Mais si on ne les accompagne pas, on les envoie à l’abattoir », expliquait Didier Marteau, président de la Chambre d’agriculture de l’Aube sur Terre d’Info le 23 février. Tout le problème est là, selon lui. Car, aujourd’hui en France, l’offre reste relativement faible face à une demande croissante. Et l’importation de produits bio provenant de l’étranger devient donc le seul recours. Mais pourquoi nos voisins européens ont-ils mieux réussi à développer leur agriculture biologique ? Depuis le 1 er janvier 2009, un nouveau règlement européen concernant l’agriculture biologique est entré en vigueur. Il permet ainsi d’éviter les distorsions de concurrence puisque tous les États membres appliquent désormais les mêmes règles. Or, pendant longtemps, ce n’était pas le cas, d’où le retard français en matière d’agriculture bio. Néanmoins, des freins à son développement subsistent. « Les aides à la reconversion sont bien trop courtes et insuffisantes économiquement », explique Marion Guillou, présidente-directrice générale de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA).

- Jean-Pierre Coffe : « Vous vous êtes laissés insulter pendant des années sans vous défendre ! »

Tel est le constat que faisait Jean-Pierre Coffe, invité du jour du Mag de Terre d’infos, le 23 février, à propos des agriculteurs. Une observation commentée par Jacques Gravegeal, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault : « L’Europe avait deux choix, subventionner les agriculteurs ou subventionner les consommateurs. Elle a choisi la première. Et cela nous a mis dans une situation difficile car on a longtemps cru que les agriculteurs avaient de l’argent et se plaignaient néanmoins. »

- Philippe Mangin : « Les agriculteurs doivent s’organiser »

Organisation et solidarité, tels étaient les deux maîtres mots du président de Coop de France lors du débat de Terre d’Infos le 24 février à propos des solutions de sortie de crise. « Le problème c’est qu’il y a beaucoup trop de dispersion des agriculteurs. Il y a 10 000 entreprises agroalimentaires en France pour fournir 4 ou 5 grandes marques de distribution », explique-t-il. Une des pistes proposées pour faire face aux entreprises multinationales est la coopérative. Il ajoute : « L’agriculture doit faire face à de nouveaux risques, notamment économiques. Nous en étions protégés jusqu’à maintenant grâce à la Pac. Mais aujourd’hui, la situation évolue. La solidarité est désormais obligatoire. La convergence des soutiens est une nécessité. »

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- François Ewald : « Retrouver la modernité de l’agriculture »

François Ewald, philosophe, professeur à l’école des Arts et Métiers, répondait sur le plateau de Terre d’infos le 25 février à la question « les agriculteurs ont-ils encore la cote ? ». « Oui, a-t-il répondu, mais leur image est brouillée car dans les années récentes les agriculteurs ne sont pas apparus comme réducteurs mais producteurs de risques ». Il semble qu’ils n’aient pas donné l’impression d’être concernés par les questions environnementales, explique-t-il. Il y a une note positive néanmoins : « L’agriculture peut redevenir signe de modernité si des débats sont organisés pour que ses valeurs soient mieux comprises. »

- Bertrand Hervieu : la part de la France dans une Europe à 27

« Les agriculteurs d’aujourd’hui rêvent d’être chefs d’entreprise. Et en même temps, ils souhaitent le maintien d’une spécificité du paysage », analysait le sociologue Bertrand Hervieu, secrétaire général du CIHEAM (Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes), à l’émission Les Clés pour comprendre le 26 février. Et d’expliquer que leur rêve a évolué au fil du temps. « À la fin du XIX e siècle, l’agriculteur rêvait d’être propriétaire. Puis, à la fin de la seconde guerre mondiale, ils se sont mis à rêver de modernité. » Mais les réalités de la conjoncture actuelle ne laissent plus beaucoup de temps à la rêverie. À propos des prochaines révisions de la Pac, Bertrand Hervieu a conclu : « Dans une Europe à 27, la France ne peut pas avoir une enveloppe budgétaire supérieure à 25 %. »

- Philippe Chalmin : « Le contexte des prix est haussier mais incertain »

« Nous sommes en pleine révolution culturelle », a affirmé le 27 février sur le plateau de Terre d’Infos Philippe Chalmin, spécialiste des matières premières et fondateur du cercle Cyclope. « En 1936, l’agriculteur pouvait dormir sur ses deux oreilles et se réveiller le lendemain : les prix ne changeaient pas. Aujourd’hui, les lendemains sont incertains », faisait-il remarquer. Bien évidemment, la logique de l’offre et de la demande ne change pas. « Mais il n’y a rien de pire que quelqu’un qui spécule sans le savoir », a-t-il noté. Autre inconnue pour les mois à venir : les conditions climatiques. Pour autant, Philippe Chalmin semblait conclure en faisant des prévisions : « Le contexte est haussier mais incertain. »

- Shanez Cheyton : les agriculteurs britanniques d’accord pour la suppression du 1 er pilier de la Pac

Selon Shanez Cheyton, attachée agricole de l’ambassade de Grande Bretagne en France, le 1 er mars : « En Grande Bretagne, nous sommes prêts à voir supprimés les paiements directs du 1 er pilier. » Ne resterait plus alors que des aides liées à des efforts environnementaux, dans le 2 e pilier. « Les agriculteurs sont d’accord pour ce changement », dit Shanez Cheyton, à condition que cette suppression soit progressive. Selon eux, explique-t-elle, « la Pac actuelle fait obstacle à la compétitivité des produits agricoles et les éloigne de la demande du consommateur ».

- Hervé Lejeune : « Il faut 30 milliards de dollars par an pour l’agriculture du tiers-monde

Hervé Lejeune, directeur de cabinet de Jacques Diouf, le DG de la FAO, expliquait, le 28 février que, « sur le long terme, il faudrait investir environ 30 milliards de dollars par an pour aider l’agriculture du tiers-monde à s’en sortir ». Les a-t-on ? Non, répond-il. Ils font l’objet de débats internationaux, notamment depuis un sommet de la FAO en juin 2008. Et de s’étonner de la difficulté à mobiliser ces 30 milliards : « Pour la dernière crise financière, la planète a été capable de mobiliser en quinze jours à peu près 3 000 milliards de dollars. » L’enjeu a été rappelé par le président de l’APCA Luc Guyau : 1 milliard. Tel est le nombre d’êtres humains souffrant de la faim dans le monde. Selon Luc Guyau, qui est engagé dans Alliés, une association luttant contre la faim dans le monde : « A l’avenir, il faudra produire plus et mieux. »