Claustration accrue, réduction de la densité d’animaux, vaccination… L’interprofession du foie gras étudie de nombreuses pistes pour protéger la filière contre de nouveaux épisodes d’influenza aviaire.
Indemnisations, reprise de la production, et biosécurité face au risque d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP). Ce sont les trois chantiers d’après-crise que mène le Cifog (interprofession du foie gras). Le 11 février, à l’heure où ces lignes sont écrites, les professionnels attendaient l’annonce officielle des indemnisations. Celle-ci serait imminente, à en croire la directrice du Cifog Marie-Pierre Pé : « Le Premier ministre nous a rassurés sur les indemnisations, les arbitrages budgétaires semblent en place », assurait-elle le 5 février, à l’issue d’une rencontre avec Jean Castex.
La filière demande des compensations pour les volailles abattues dans les élevages foyers d’IAHP et ceux situés dans les zones de dépeuplement préventif, ainsi que des indemnisations pour compenser les allongements de vides sanitaires et les pertes des accouveurs et transformateurs. Depuis le début de la crise, près de deux millions de volailles ont été abattues. Des acomptes ont été versés, a indiqué le ministre de l’Agriculture à plusieurs reprises.
Dé-densifier en étalant la production dans le temps
Sur le plan sanitaire, l’interprofession demande un pilotage national, avec un groupe de travail sous l’égide du ministère de l’Agriculture. La maladie progresse au ralenti, avec quinze nouveaux cas entre le 3 et 8 février (soit 460 foyers en élevages en France). Mais « aucune date ne se profile pour la reprise de la production », déplore Marie-Pierre Pé. Le Cifog veut une remise en place des animaux « progressive » selon les zones, indique-t-elle. « Ça avait été un écueil en 2017 : avec une seule date de levée pour toutes les zones, on n’avait pas eu assez d’animaux pour fournir tout le monde, et certains éleveurs avaient subi jusqu’à quatre semaines de vide sanitaire de plus. »
Lors de son conseil d’administration du 4 février, l’interprofession a ouvert le chantier de l’après-influenza (1), en s’appuyant sur les chiffres de la base de données avicole. Premier constat : les trois cantons de la Chalosse, l’épicentre de l’épizootie, concentrent les deux tiers des palmipèdes des Landes. Le département abrite, lui, presque le quart de la production nationale (7 millions de canetons mis en place en 2020, sur 30,5 en France). Il s’agit donc de « dédensifier ce territoire pour ne plus être autant vulnérable », explique Marie-Pierre Pé. L’une des pistes consisterait à étaler la production dans le temps. Outre l’habituel pic de mises en place en août (lié aux fêtes de fin d’année), les professionnels ont noté « un deuxième pic de mises en place en octobre, novembre, correspondant à des sorties en février, mars ». Un calendrier qui concerne « la production plus traditionnelle, notamment en Label rouge », donc en plein air et souvent avec transformation à la ferme, précise Marie-Pierre Pé. Dans ce schéma, « les éleveurs produisent surtout en hiver, car dès avril, mai, ils sont pris par les travaux des champs ». « Pourquoi ne pas produire un peu plus tard en décalant ces mises en place à janvier ? », propose-t-elle.
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Conf' et Modef « très inquiets » pour le plein air
Autre enseignement de l’étude, selon Marie-Pierre Pé : « Les quatre communes les plus denses en Label rouge sont celles où ont eu lieu les premiers foyers. Et dans cette zone, il y avait de nombreux animaux dehors, car leurs éleveurs avaient activé la dérogation. » Pour l’Anses, les élevages plein air ont probablement été la porte d’entrée de la maladie, la forte densité de la zone favorisant ensuite sa diffusion de proche en proche (2). « De l’avis des scientifiques, en période à risque, la mise à l’abri de tous les animaux pour les protéger d’une contamination par les oiseaux sauvages est une nécessité temporaire », affirme le Cifog dans un communiqué le 5 février. Une précaution qui « ne remet absolument pas en cause la pratique de l’élevage en plein air », insiste l’interprofession.
Ce message n’a pas rassuré la Confédération paysanne et le Modef, « très inquiets pour l’avenir de l’élevage plein air traditionnel ». Dans un communiqué du 10 février, les syndicats minoritaires affirment que le Cifog « souhaite supprimer » la dérogation pour le plein air pendant la période à risque. Autre projet prêté à l’interprofession : « rendre obligatoire la claustration des animaux » pendant la période à risque, et « même conditionner la possibilité de remettre en place à la capacité de claustrer ». Une décision « incompréhensible » et « inefficace d’un point de vue sanitaire » pour la Conf' et le Modef, et qui contraindra les producteurs « à de lourds investissements pour mettre en place des bâtiments sans que ceux-ci ne prouvent leur efficacité ». Les syndicats demandent que « la dérogation permettant de maintenir 3 200 canards en extérieur en période à risque ne soit réservée qu’aux petits producteurs ayant 3 200 animaux au total ».
Les professionnels demandent une remise en place « progressive »
La Chalosse concentre les deux tiers des canards des Landes
L’interprofession veut trancher le débat sur la vaccination
Le Cifog (interprofession du foie gras) a demandé au Premier ministre la « création d’un groupe de travail sur le sujet de la vaccination » contre l’influenza aviaire, indique-t-elle dans un communiqué le 5 février. Pour le Cifog, ce groupe doit rassembler « laboratoires, scientifiques, administrations, vétérinaires et professionnels », afin d’étudier « cette solution qui ne peut être immédiate », mais « qui doit être une piste de travail ». « Ce dossier mérite d’être ouvert au plus haut niveau, avec les personnes compétentes », explique la directrice du Cifog Marie-Pierre Pé à Agra Presse, doutant de la possibilité d’une vaccination avant l’hiver 2021. Et de noter un besoin de clarification : alors que la pression monte chez les éleveurs en faveur de la vaccination, « on entend tout et son contraire sur le terrain », soupire-t-elle. Deux freins majeurs s’opposent pour l’heure à la vaccination : le risque d’une circulation du virus à bas bruit chez les animaux vaccinés, et le blocage des exportations de volailles (toutes espèces). Dans son communiqué, le Cifog précise que la vaccination « ne doit pas mettre en péril l’ensemble des filières avicoles ».