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HARD DISCOUNT/GRANDE-BRETAGNE Les PME anglaises prises dans la nasse

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L'agressivité des discounters Aldi et Lidl sur le sol anglais provoque une tension extrême sur les prix. Premières victimes, les PME de l'agroalimentaire qui fournissent la grand distribution traditionnelle. Une étude publiée en décembre met en lumière leur fragilité.

La guerre des distributeurs anglais, traditionnels contre discounters, met-elle en danger l'industrie agroalimentaire du pays ? C'est en tout cas un sujet revenu maintes fois dans la presse depuis la mi-janvier et la publication d'une étude menée par un cabinet spécialisé dans le recouvrement, Begbies Traynor. Selon le constat dressé, la lutte intense que se livrent les distributeurs pèse lourdement sur les fournisseurs. Ainsi, le nombre d'entreprises en difficulté notable a augmenté de 92 % pour atteindre 1 410, et les entreprises agroalimentaires connaissant des difficultés a lui progressé de 58 % pour atteindre 4 552. Et cela pour le seul dernier trimestre de l'année 2014. Engagés dans une guerre des prix intense depuis six mois – Asda a annoncé à la mi-janvier une nouvelle économie de 400 M€ sur 2 500 produits y compris les produits alimentaires de base, fruits, lait, viande et légumes et Sainsbury 200 M€ – les distributeurs exercent une pression intense sur les prix de leurs fournisseurs pour résister à Aldi et Lidl. Entre fin 2013 et fin 2014, toutes les enseignes traditionnelles et notamment les « big four » ont perdu des parts de marchés, au profit des deux discounters. Tesco payant le plus lourd tribu en reculant de 0,5 % (voir tableaux ci-contre) quand Aldi progresse de 0,8 % et Lidl de 0,4 %. « En dépit des efforts faits par les distributeurs pour être plus loyaux avec leurs fournisseurs et trouver avec eux des solutions de long terme pour leurs plans de réduction de coûts, nous craignons qu'une centaine d'entreprises figurant parmi les 1 410 en grande difficulté soient contraintes de déposer le bilan en 2015 », avance Julie Palmer, auteure de l'étude.

PARTIE ÉMERGÉE DE L'ICEBERG ?

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« C'est un véritable orage qui se profile pour les PME », a-t-elle précisé au site This is Money qui consacre un papier à cette guerre prévue pour s'intensifier encore. « Un orage pour les fournisseurs de l'agroalimentaire, et spécialement ceux qui sont à la base de la chaîne. La double peine pour ces entreprises puisqu'elles doivent répondre à la demande de leurs propres fournisseurs pour être convenablement payés quand elles voient leurs marges s'évaporer et disparaître. » Autre intervenant dans cette étude, Chris William du cabinet McTear Williams and Wood, craint une déflagration encore plus grande. « Beaucoup de petites entreprises n'apparaissent pas dans nos statistiques, ce que nous voyons n'est probablement que la partie émergée de l'iceberg. » Et personne ne voit de solutions à court terme, comme si la fermeture des entreprises déjà en difficulté était actée. Ian Balker, de Begbies Traynor à Exeter remarque : « Un des problèmes réside également dans le fait que finalement, les entreprises anglaises ne profitent pas des parts de marchés gagnées par Aldi et Lidl. Ces deux enseignes important une grande partie de produits qu'elles mettent en rayon. » La guerre étant loin d'être terminée, « Aldi et Lidl ouvrent des magasins à chaque coin de rue aussi vite qu'ils trouvent les locaux pour le faire », souligne encore Julie Palmer, la question se pose aussi socialement. La chaîne des fournisseurs de la GD anglaise emploie 3,6 millions de personnes dans le pays.