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UE/Ventes directes Les PME mettent en garde contre les risques de distorsions du marché

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La promotion des ventes alimentaires directes par les agriculteurs pourrait conduire à une distorsion du marché aux dépens des petites entreprises de transformation des aliments. C’est l’avertissement que vient de lancer l’Ueapme, le lobby des petites et moyennes entreprises de l’UE à propos du projet de règlement de la Commission relatif aux systèmes de qualité applicables aux produits agricoles. Projet qui vise, entre autres, à promouvoir ce canal de distribution alimentaire en faveur des petits producteurs agricoles. L’Ueapme reproche essentiellement à ce type de commercialisation le fait que les ventes directes sont exemptées du respect des règles d’hygiène et que les agriculteurs bénéficient de diverses subventions publiques.

Les ventes directes de produits agricoles par les agriculteurs, que ce soit sur des marchés agricoles ou dans des magasins agricoles, peuvent causer une distorsion des marchés et des dommages significatifs à l’économie rurale. C’est ce qu’estime en tout cas l’Ueapme, l’Union des petites et moyennes entreprises de l’UE, en réponse à un questionnaire de la Commission européenne sur les impacts possibles d’un système autorisant les producteurs désireux de commercialiser leurs produits sur le marché local y compris en ventes directe. Cette organisation dénonce essentiellement dans ce projet de la Commission le fait que le système de ventes directes affranchit les agriculteurs du respect des règles d’hygiène, tandis que ces mêmes agriculteurs bénéficient en outre « de subventions publiques sur les prix de l’énergie, les prix de l’eau et les prêts financiers ». Pire, selon l’Ueapme, ces subventions publiques peuvent être accordées même si une part marginale des marchandises provient de leur propre production, alors que la majorité des produits peuvent provenir de l’extérieur de la ferme. Les ventes directes bénéficieraient en outre d’incitations fiscales.

Taxer les ventes directes ?
Un taux d’imposition réduit de TVA de 15% au lieu de 20% pour les produits vendus dans les magasins agricoles serait appliqué au Luxembourg, toujours selon l’UEAPME. Les PME estiment que ce seraient les entreprises de transformation alimentaire (boulangers, bouchers, pâtissiers, producteurs de spécialités gastronomiques, marchands de fruits et légumes, petits épiciers et petits producteurs de fromage) qui souffriraient le plus si le projet de Bruxelles venait à être adopté. Elles affirment que les ventes directes d’aliments non produits à la ferme pourraient atteindre jusqu’à 49 % dans un pays comme l’Italie et même « jusqu’à 100% pour les produits de boulangerie-pâtisserie (1). La boulangerie étant en général considérée dans ce pays comme une activité de transformation des aliments autorisée pour les agriculteurs.
Dans ce contexte, les PME considèrent que si l’UE veut promouvoir le canal de distribution des ventes directes il faudrait alors qu’elle propose d’imposer les mêmes règles en matière d’hygiène et de sécurité ainsi que des impôts aux agriculteurs au même titre que ceux appliqués aux artisans et commerçants, pour, disent-elles, « assurer l’égalité des droits et des obligations pour un même type d’activité ».

Réticences de certains Etats membres
La mise en place d’un régime spécifique pour la production locale et la vente directe des produits agricoles suscite également un certain nombre de réserves au niveau des Etats membres.
Plusieurs États membres ne souhaitent pas en effet qu’un régime européen de ventes directes vienne interférer avec les mesures nationales déjà en place. Les risques de complications supplémentaires sur le plan administratif sont notamment mis en avant par plusieurs États membres, dont la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Belgique. Ces Etats membres ainsi que d’autres ont indiqué leur intention de « clarifier leur position » sur ce dossier sur la base de l’étude d’impact que la Commission s’est engagée à réaliser.

(1) Selon l’Ueapme les produits qui bénéficieraient déjà dans plusieurs pays d’une législation nationale favorable et de diverses subventions seraient la viande séchée, les saucisses, le pain, les jus de fruits, les légumes transformés, l’huile d’olive, le lait et le fromage, la farine, le vin, le miel et le poisson transformé.

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