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Obésité Les poids lourds de l’agroalimentaire allègent leur pub en direction des enfants

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Un groupe de onze grosses entreprises agroalimentaires, parmi lesquelles Danone, Coca Cola, Nestlé et Burger King, ont signé un engagement volontaire visant à freiner la commercialisation en Europe de la « junk food » aux jeunes enfants. Ces leaders, qui pèsent plus de 50% des dépenses publicitaires agroalimentaires dans l’UE , ont promis de modifier, voire de cesser, les annonces publicitaires à la télévision, dans la presse écrite et sur Internet destinées aux enfants de moins de 12 ans d’ici la fin de 2008. Si elles saluent l’initiative, les associations de protection de consommateurs expriment toutefois leur scepticisme et continuent à plaider pour une législation plutôt que de l’auto-régulation.

Dans le cadre du programme qu’elles ont baptisé « EU Pledge », les entreprises participantes s’engagent à mettre en œuvre, au plus tard le 31 décembre 2008, à titre individuel, des mesures volontaires en ce qui concerne la publicité de leurs produits destinée aux enfants. Elles s’engagent notamment à s’interdire de faire de la publicité sur les produits alimentaires et les boissons pour les enfants âgés de moins de 12 ans à la télévision, dans la presse écrite et sur Internet, « sauf pour les produits qui respectent des profils nutritionnels basés sur des preuves scientifiques acceptées au niveau national et international ». Elles promettent également de ne se livrer à aucune communication commerciale liée à l’alimentation et aux boissons dans les écoles primaires, « sauf sur demande expresse de l’établissement ou si l’administration de l’école donne son accord à des fins éducatives ».

La mise en œuvre des engagements pris sera vérifiée par une commission indépendante de surveillance de la publicité à la télévision, dans la presse écrite et sur Internet, à partir de janvier 2009. Les engagements de chacune des entreprises participantes pourront être consultés sur un site Web dédié (www.eu-pledge.eu) qui sera mis sur pied dans le courant de l’année 2008.

Une contribution à la « plateforme Kyprianou »

L’engagement des onze grandes entreprises agroalimentaires se veut une réponse aux récents appels de la Commission européenne à l’industrie alimentaire pour que celle-ci soutienne les parents dans leurs efforts d’éducation « pour faire le bon choix d’un mode de vie et d’un régime alimentaire sain pour leurs enfants ». Le programme “EU Pledge” se veut également une contribution volontaire à la Plate-forme européenne sur l’alimentation, l’activité physique et la santé, un forum plurilatéral mis en place en 2005 par le commissaire européen à la santé et la protection des consommateurs, Markos Kyprianou, pour encourager les parties prenantes intéressées à prendre des initiatives visant à lutter contre l’obésité en Europe.

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Si ces grandes pointures de l’agroalimentaire ont signé l’engagement « EU Pledge », d’aucuns remarquent tout de suite quelques absents notables, et en particulier McDonald’s, l’un des principaux annonceurs pour les enfants et qui a souvent attiré les foudres des diététiciens et des associations de protection des consommateurs. D’autres soulignent que c’est la première fois en Europe qu’un groupe d’entreprises met en place un cadre commun en matière de publicité pour les enfants. Ce serait également la première fois qu’un âge de référence unifié est retenu. Autre nouveauté du programme « EU Pledge » : les 11 sociétés acceptent de se soumettre à la surveillance d’un organisme indépendant visant à vérifier la baisse effective de la publicité destinée aux jeunes enfants, à partir de janvier 2009.

« Insuffisant » selon les associations de consommateurs

Si plusieurs facteurs peuvent expliquer le phénomène de l’obésité des enfants, parmi ces facteurs la publicité qui leur est destinée en provenance de l’industrie agroalimentaire semble jouer un rôle important. Ce constat, étayé par diverses études menées par les nutritionnistes et les associations de consommateurs amène ces dernières à exiger une restriction des spots destinés aux enfants comme l’ont fait plusieurs pays européens, ainsi la Suède ou tout récemment le Royaume-Uni (voir Encadré). L’engagement de la bande des « Onze », même s’il témoigne d’un changement de ton dans l’univers de l’industrie agroalimentaire, laisse un peu songeur un certain nombre de ces organisations qui voient dans cette démarche une sorte de « nouveau coup de pub » plutôt qu’une véritable préoccupation pour la santé publique.

« Si nous ne pouvons que nous féliciter de la prise de conscience manifeste de la part de l’agro-industrie sur le problème de l’obésité en relation avec la publicité dirigée vers les jeunes enfants, nous estimons que l’initiative “EU Pledge” n’est pas du tout suffisante et que l’approche volontaire ne fonctionnera pas », explique à Agra alimentation, Caroline Hayat, la directrice de la communication au Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC). « Pour être plus crédibles, les sociétés agroalimentaires devraient tout simplement interdire la publicité sur les produits contenant trop de sucre, trop de gras et trop de sel et destinée aux enfants jusqu’à au moins 16 ans », affirme-t-elle. A ses yeux, seule une « législation contraignante » peut faire bouger les choses car, dit-elle, « les codes d’autorégulation existent déjà et la plupart des recommandations ne sont pas respectées du fait que des sanctions ne sont pas prévues ». La responsable du BEUC se défend de blâmer l’ensemble des produits alimentaires et tient à souligner que ce qui la préoccupe concerne uniquement les produits destinés aux enfants de moins de 16 ans et pas l’ensemble des produits agroalimentaires.