Abonné

Coopératives Les poids lourds repartent à l’offensive

- - 9 min

Après la double dépression de 2008, celle des prix des matières premières alimentaires et celle de la crise économique et financière, les poids lourds des coopératives agricoles ont retrouvé un ciel plus serein. Les dix plus importantes d’entre elles redressent leurs comptes et sont reparties sur des stratégies de croissance externe. Parmi ces dix tenors, les coopératives à dominante céréalière sont de façon évidente portées par la puissante vague de hausse des prix des céréales et des produits dérivés, et sans doute pour des mois encore car l’augmentation des surfaces ensemencées appellera une croissance des volumes d’intrants. Les coopératives polyvalentes dans ce « top ten » bénéficient de l’effet dopant de l’euphorie céréalière, mais aussi de la reprise de la demande des produits laitiers et d’autres, comme les légumes d’industrie. Quant aux coopératives de productions animales, elles font certes face aux difficultés des éleveurs, et aux réticences des distributeurs à augmenter les prix. Mais elles misent sur la croissance, notamment grâce à des acquisitions. Le cas le plus exemplaire est celui de la Cooperl, dont le cœur de métier est la viande porcine, qui vient d’annoncer l’achat de 83 boucheries en France.

Le premier semestre de la campagne 2010/2011 a vu les dix plus importantes coopératives agricoles françaises se redresser à la faveur d’une reprise des cours en agriculture. « Fin décembre 2010, on note une évolution très marquée, avec une hausse de 40% du chiffre d’affaires (CA) au premier semestre 2010/2011 », indique Jérôme Duchalais, directeur général adjoint d’InVivo. En effet, après une année 2009/2010 marquée par une dépréciation des prix agricoles tous secteurs confondus, excepté pour le sucre, l’année 2011 s’annonce sous de meilleurs auspices.

Un optimisme sur les volumes d’affaires en 2011

Un retour de la demande en intrants de la part des céréaliers, soutenue par de bons prix à la production, fait repartir les volumes d’activité de l’agrofourniture dans les dix premières coopératives de France. Ainsi, le secteur agrofourniture d’InVivo connaît depuis le début de l’exercice 2010/2011 une hausse de 11% de son CA. Chez Axereal, Thierry Renard, responsable de la communication, estime que « le CA 2010/2011 devrait être sensiblement plus haut que celui de 2009/2010 car la transformation et le négoce des céréales est le cœur de métier du groupe ».
Il en va de même pour les coopératives polyvalentes comme Agrial et Terrena. « Nous pouvons espérer une hausse de notre CA de 4% pour l’année 2010 » dont les comptes ne sont pas encore arrêtés, indique un porte-parole d’Agrial. Il poursuit : « Cette progression serait due pour moitié à l’effet hausse des prix des céréales et pour le reste à l’augmentation du périmètre agroalimentaire ». Le porte-parole d’Agrial précise : « Le bémol, c’est la situation de crise du secteur porcin ». Le groupe Terrena quant à lui, prévoit d’ores et déjà un rebond de son chiffre d’affaires sur 2010. L’effet « céréales » et un retour probable de sa collecte 2011 au niveau de celle de 2009, à 1,8 million de tonnes de céréales, après un creux de 1,6 million de tonnes de collecte en 2010, devraient soutenir la reprise d’activité.
Seule la coopérative Tereos avait vu son CA progresser entre l’exercice 2008/2009 et 2009/2010, en raison des tensions sur le marché du sucre. « Le résultat brut d’exploitation de Tereos s’établit d’ailleurs à un niveau record de 595,6M€ sur le dernier exercice, clos en septembre 2010 » souligne un responsable de la communication.

Des relais de croissance externe dans l’ensemble des coopératives

La plupart des ténors parmi les coopératives polyvalentes ont mené des opérations de croissance externe, comme le groupe Terrena à Ancenis. Bien que ses comptes de 2010 ne soient pas encore arrêtés par le conseil d’administration, le groupe ne fait pas mystère de l’impact positif de son acquisition d’une usine d’abattage de viande bovine reprise à la société Bigard. La Cooperl, à Lamballe, de son côté, achète un réseau de boucheries, une première chez les coopératives de productions animales (lire encadré p. 5). Cela après avoir acquis le salaisonnier Brocéliande en 2009.
Une autre avancée spectaculaire vers l’aval est la série d’acquisitions de sociétés de restauration hors domicile par le groupe laitier breton Even, basé à Ploudaniel.
De son côté, le groupe polyvalent InVivo n’est pas en reste pour investir en amont, dans l’amélioration variétale. « Depuis le 1er juillet 2010, des investissements externes, comme la prise de participation à hauteur de 34% du capital de RAGT Semences permettant la mise en commun des recherches et obtentions sur les céréales à pailles, ont été réalisés », indique le directeur général adjoint d’InVivo. Ce dernier souligne aussi le lancement de la construction d’un laboratoire d’analyses dans le Morbihan.
Le groupe Tereos a quant à lui investi 60M€ dans l’usine de Lillebonne pour produire du gluten de blé. D’autre part, le président de Champagne-Céréales, Pascal Prot, indique que « l’intégration en septembre du groupe Compas, spécialisé dans les activités viticoles et de collecte de céréales, pourrait apporter 90 à 100M€ au CA sur l’exercice en cours ». Sodiaal n’est pas en reste avec la prise contrôle d’Entremont.

Développement à l’international des coopératives

Les développements se poursuivent aussi sur le terrain international. « L’investissement dans une usine d’alimentation animale au Vietnam, et le renforcement des capacités de production au Brésil ont permis de poursuivre la dynamique d’innovation du groupe », signale le directeur général adjoint d’InVivo. Selon lui, les investissements à l’étranger sont des relais de croissance pour financer la recherche appliquée. D’autre part, en mars 2010, la reprise de l’activité malterie de l’irlandais Greencore par Axereal s’inscrit aussi dans une dynamique de croissance externe observée chez la plupart des plus importantes coopératives françaises. D’ailleurs, le responsable de la communication d’Axereal précise que « l’acquisition de Greencore n’a couru que sur trois mois de l’exercice 2009/2010, mais devrait participer à la progression du CA sur 2010/2011 avec une activité courant sur douze mois ».
Pour Tereos, l’annonce le 4 février de son intention d’investir 100M€ en 2011 et 2012 dans la construction d’une usine de production de produits amylacés à base de maïs au Brésil devrait accroître la dimension mondiale du groupe. L’activité betterave de Tereos France et TTD, filiale tchèque de Tereos, représente 50% du résultat brut d’exploitation à 300M€ sur 2009/2010 contre 171,8M€ en 2008/2009, en progression de 74,6%. La canne à sucre, produite au Brésil et dans l’Océan indien, constitue 26% du résultat brut d’exploitation de Tereos, à 157,8M€ sur 2009/2010 contre 94,9M€ la campagne précédente, une progression de 66,2%. De son côté, Axereal continue de développer ses activités de malterie en Croatie, en Hongrie, en Angleterre, en Irlande et en Écosse. Enfin, les activités ukrainiennes de Champagne Céréales, après avoir connu une bonne campagne 2008/2009 à 520 000t de céréales exportées, ont été freinées par le blocage partiel des exportations du pays faisant retomber à 350 000t les exportations sur 2009/2010.

Une progression des volumes sur l’année 2011

Chez InVivo, les tonnages de céréales facturés sont en progression de 60% sur les six premiers mois de l’exercice 2010/2011. Ceci s’explique par une forte demande pour les blés français, ce qui laisse présager la vente de 9 à 10Mt de céréales d’ici la fin de l’exercice. « Si l’on prolonge la tendance actuelle, le CA en fin d’exercice 2010/2011 pourrait atteindre les 6Mds€, principalement en raison de l’envolée des cours des céréales et des importants volumes commercialisés », indique Jérôme Duchalais. Pour les mêmes raisons, le CA de l’activité nutrition animale d’InVivo progresse de 11% sur le premier semestre 2010/2011, et celui du marché des grains, branche négoce d’InVivo, pourrait doubler son CA sur 2010/2011 en atteignant les 3Mds, contre 1,5Mds sur l’année 2009/2010. Chez Champagne Céréales, la hausse des céréales sur les six premiers mois de d’exercice en cours pourrait amener le CA du groupe au 30 juin 2011 à 3Mds€. Ce dernier se répartirait à 1Mds€ pour le pôle agricole, et 2Mds€ pour les activités industrielles. « Si les perspectives de croissances sont limitées sur le premier pôle en raison de l’occupation des surfaces et de hausses de rendements limités, l’activité industrielle peut, elle, encore se développer »,indique le président de Champagne Céréales, Pascal Prot.

Les coopératives se donnent les moyens d’exporter

En octobre, le rachat des actifs de Sodistock a permis à InVivo de disposer de trois nouveaux silos sur la façade Atlantique à Blaye, Nantes et Montoir. « Ce qui devrait permettre d’accompagner le développement du groupe à l’export », indique le directeur général adjoint d’InVivo. De plus, en passant de 12,4% à 20% au capital de Toepfer, opérateur mondial sur les marchés agricoles, InVivo conforte sa position d’exportateur de céréales à destination de l’Afrique du nord et de l’ouest, ainsi que vers le Moyen-Orient. Selon Jérôme Duchalais, « entre les investissements à l’étranger et les exportations, le CA réalisé en dehors du territoire français par InVivo représentait 35% au 30 juin 2010, et devrait dépasser les 40% sur l’exercice 2010/2011 ». Dans le domaine de la viande, la Cooperl indique qu’elle consacre un tiers de ses volumes de viandes à l’export, et que sur le marché intérieur elle en destine un tiers à la salaisonnerie et un tiers à la vente en GMS.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.