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Les pôles gastronomiques de Maïsadour et d’Euralis bientôt fusionnés

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Christophe Bonno DG et Michel Prugue, Pdt de Maisadour lors de la conférence de presse du 7 décembre 2021 Crédits : © Maisadour

Les deux coopératives Maïsadour et Euralis vont mettre en commun leur filière du canard gras, en difficulté depuis des années, auxquelles vont s’ajouter la saurisserie, les boutiques de producteurs et le réseau Comtesse Du Barry. Un partenaire financier minoritaire est recherché pour soutenir cette nouvelle entité dont les deux coopératives conserveront toutefois la majorité.

Les difficultés de la filière du canard gras n’en finissent pas de se répercuter sur les activités qui lui sont proches. La dernière conséquence en date vient de la coopérative Maïsadour qui a donné quelques détails sur le projet de rassembler ses activités de production, transformation et commercialisation dans le canard gras et la saurisserie, ainsi que les boutiques de producteurs, avec celles d’Euralis. Lors de la présentation des résultats annuels 2020/2021 de Maïsadour le 7 décembre, Eric Humblot, directeur de MVVH, le pôle gastronomie de Maïsadour, a indiqué qu’il cherchait à faire émerger « un acteur de premier plan capable de relever les défis de la transformation et de la revalorisation de la filière », en créant une entité commune dont le capital serait réparti à parts égales entre les deux coopératives, aux côtés d’un partenaire financier qui détiendrait 20% de la nouvelle entité. Si le canard gras est en difficulté, la saurisserie (poisson fumé et frais) est une activité qui a plutôt connu « un bon développement », selon Stéphane Gautier, le directeur administratif et financier de Maïsadour, cité dans le rapport annuel 2020/2021. Les boutiques (64 points de vente en propre et en franchise) vont aussi rejoindre la nouvelle structure : les enseignes Comtesse Du Barry et En Direct de nos Producteurs, cette dernière étant en cours d’évolution vers un nouveau concept appelé L’Amour du Terroir.

Maïsadour prévoit de concrétiser mi-2022 la nouvelle entité qui rassemblera son pôle gastronomie MVVH et Euralis Gastronomie. Pour l’instant, le dossier est en attente des commentaires de l’Autorité de la concurrence, avant son dépôt officiel en vue d’obtenir son feu vert. « Toutes les marques s’adressant à la grande distribution, aux professionnels ou à l’export seront préservées car elles sont complémentaires et s’adressent à des publics différents », précise Eric Humblot. Pour mémoire, le pôle gastronomie de Maïsadour compte les marques Delpeyrat, Sarrade et Delmas. Et du côté d’Euralis, les marques concernées sont Montfort, Rougié et Stalaven.

Au total, le périmètre d’activité cédé représente le pôle gastronomie de Maïsadour, soit 316 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’issue de l’exercice 2020/2021. En mai 2021, Maïsadour avait allégé son pôle gastronomie en cédant ses activités de salaisons à la coopérative Fipso, représentant 52 millions d’euros de chiffre d’affaires, 150 salariés et cinq sites de transformation. Mais cette activité n’était pas en difficulté, contrairement au canard.

L'activité canard est lourdement déficitaire

« Le marché du canard s’est profondément transformé depuis 2015, après avoir subi trois vagues d’épizootie aviaire, avec des modifications de la demande et des volumes transformés », explique Eric Humblot. La crise sanitaire et la loi Egalim ont aussi pesé sur l’activité foie gras. Bien que qualifiée de « stratégique », l’activité canard gras est « lourdement déficitaire », atteste Stéphane Gautier, le directeur administratif et financier de Maïsadour sans pour autant donner de détails chiffrés. Cela fait plusieurs années que l’activité canard est en restructuration, se traduisant par la cession de plusieurs sites industriels. En 2020, un plan de relance pour le pôle gastronomie a été initié, appelé Rebond 2023, pour renouer avec la croissance en se dotant d’une nouvelle organisation, en automatisant les sites et en lançant une reconquête commerciale.

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La filière du canard gras n’est pas le seul sujet de préoccupation pour Maïsadour, qui a subi au cours de l’exercice 2020/2021 des épisodes climatiques ayant des conséquences sur les récoltes en retrait de 30%, des taux de changes défavorables et la crise sanitaire du Covid-19. Au total, le chiffre d’affaires de la coopérative a légèrement reculé à 1,276 milliard d’euros (1,358 milliard d’euros en 2019/2020). Et « l’EBE a subi un impact de 20 millions d’euros par rapport au prévisionnel », a indiqué Christophe Bonno, le nouveau directeur général de Maïsadour nommé en octobre, successeur de Philippe Carré. « Les engagements budgétaires n’ont pu être tenus », souligne Stéphane Gautier au sujet du dernier exercice. La coopérative ne communique pas d’éléments complémentaires chiffrés. Pour mémoire, en 2019/2020, son EBE était de 31 millions d’euros, et la coopérative affichait un résultat négatif.

Le redressement est engagé

Pour 2020/2021, Maïsadour indique avoir engagé son redressement. Et se félicite d’avoir réduit d’un tiers son endettement, sans en donner le montant, grâce notamment à des cessions d’actifs comme le pôle salaisons et Aqualia (alimentation pour les poissons). Maïsadour veut désormais mettre l’accent sur l’objectif de « se transformer pour un monde durable », thème de son assemblée générale du 7 décembre. Une nouvelle filière de soja sans OGM pour l’alimentation animale est en développement avec Vivadour, complétée par une nouvelle usine à Saint-Sever (Landes) prévue pour entrer en production en 2022. Une démarche agroécologique est initiée auprès des adhérents, qui sont aujourd’hui 120 à s’être dotés d’un plan de progrès. Et la coopérative parie sur un nouveau mode d’élevage des truites au niveau des exploitations, permettant aux agriculteurs d’obtenir des compléments de revenus.

L’exercice en cours se présente plutôt sous de bons auspices grâce à une récolte abondante et des prix mondiaux orientés à la hausse. Mais Michel Prugue, le président de Maïsadour, s’est montré inquiet face à la flambée des coûts de production (alimentation animale, emballage et énergie) qui doivent être répercutés aux consommateurs à l’occasion des négociations commerciale avec la grande distribution. « Nous attendons du discernement car nos filières sont en danger. Aujourd’hui, les surcoûts de production ne sont pas répercutés sur nos tarifs, la rémunération des éleveurs est en baisse », a-t-il indiqué, ajoutant : « La loi Egalim 2 qui vient d’être promulguée est une bonne nouvelle pour le monde agricole, mais il faut que les tarifs soient valorisés au plus vite ».

Faire émerger un acteur de premier plan capable de relever les défis de la transformation et de la revalorisation de la filière