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Les pomiculteurs prêts à prendre leur communication en main

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Les pomiculteurs de l’ANPP sont déterminés à prendre la parole avant d’être objets de la vindicte d'ONG et d'associations. Premier acte : ils ont ouvert pour la première fois, le 6 décembre, une partie de leur assemblée générale à la presse.

Forts de leur victoire contre le réseau de magasins bio Biocoop, condamné le 21 septembre par le tribunal de grande instance de Paris pour « dénigrement », les producteurs de l’Association nationale pommes poires (ANPP), semblent ragaillardis. À l’issue de leur assemblée générale, qui se tenait le 6 décembre, ils ont fait part, d’une voix unanime, de leur volonté de reprendre en main la communication sur les pommes issues de l’agriculture conventionnelle. Pour dynamiser les troupes, le président de l’organisation, Daniel Sauvaitre, avait convié Sylvie Brunel, géographe et auteur de Croquer la pomme, un ouvrage qui prend à contre-pied les attaques récurrentes vis-à-vis de l’agriculture conventionnelle. Etrangère au milieu agricole, et même membre de diverses ONG pendant plus de quinze ans, Sylvie Brunel apparaît pour les arboriculteurs comme une avocate « inattaquable » face au grand public. « Vous êtes les victimes d’attaques suspectes, basées sur la volonté de conquête de parts de marché », « certaines ONG sont des truands et sont nuisibles » : les mots de Sylvie Brunel ont été plus que bien reçus par les pomiculteurs de l’ANPP. Leur credo désormais : s’appuyer sur leur charte « vergers écoresponsables » pour promouvoir la qualité des pommes françaises.

Éléments de langages

« À nous de ne plus nous laisser enfermer par les messages négatifs », a affirmé Daniel Sauvaitre, expliquant à ses adhérents que l’ANPP ne se laisserait plus dicter son calendrier de prise de parole par les attaques des associations ou reportages de télévision « à charge ». L’ANPP compte désormais communiquer de façon positive et régulière. Sylvie Brunel a conseillé aux pomiculteurs de se montrer rassurants dans leur discours, afin de contrer « l’obscurantisme de l’opinion publique pour qui les avancées technologiques sont mauvaises ». « Il vous faut des éléments de langage », leur a-t-elle affirmé. Par exemple, elle estime nécessaire d’expliquer que « traiter » n’est pas un terme négatif. « Nous-mêmes nous nous traitons ! Sinon, nous mourrions jeunes et perclus de maladies comme par le passé ! », a-t-elle rappelé. La géographe note que l’opinion publique semble également avoir oublié les périodes douloureuses de l’histoire qui ont vu passer famines et tickets de rationnement. Le véritable enjeu, estime la géographe, est bien celui de relancer la consommation, d’autant plus que la pomme est « l’aliment santé par excellence ». C’est du nom de la pomme que vient le mot « pommade », a-t-elle rappelé.

Les messages santé frappés de proscription

À ce sujet, l’ANPP déplore de ne pas pouvoir communiquer sur les bienfaits santé de la pomme. « Nous avons dû retirer de notre site internet une bibliographie d’articles scientifiques sur les qualités sanitaires de la pomme ! », s’est étonné Daniel Sauvaitre. En tant qu’association de producteurs, l’ANPP n’est en effet pas habilitée à communiquer sur les sujets scientifiques. Pour contourner cet obstacle, qui freine les pomiculteurs, mais également tous les producteurs de fruits et légumes, Bruno Dupont, président de l’interprofession des fruits et légumes frais (Interfel) a annoncé la réactivation prochaine d’Aprifel (Agence pour la recherche et l’information en fruits et légumes). Doté notamment d’un conseil scientifique, cet organisme dispose des caractéristiques juridiques adéquates pour communiquer sur les bienfaits santé de la consommation des fruits et légumes. La composition d’Aprifel permet également de « cautionner le message », estime Bruno Dupont.

Des perspectives optimistes

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Les producteurs de pommes ont conclu leur AG dans un esprit positif, qui contraste avec la colère qui pouvait les animer il y a encore quelques mois. « On entend un bruit de fond médiatique qui change sur la pomme », s’est félicité Daniel Sauvaitre. Sylvie Brunel a conclu en attirant l’attention des pomiculteurs sur les perspectives qui les attendent : « La pomme est le fruit des classes moyennes », a-t-elle indiqué. Et la « moyennisation du monde » est en marche. Les classes moyennes représentaient 27 % de la population mondiale en 2009. Elles constitueront la moitié de la population mondiale en 2020 et les deux tiers en 2030, indique la géographe qui ajoute : « L’avenir vous appartient ».

« Vous êtes les victimes d’attaques suspectes, basées sur la volonté de conquête de parts de marché »

L’ANPP veut rassembler les producteurs de poires

Avec 1 300 producteurs de pommes adhérents, l’ANPP couvre 60 % de la surface du verger de pommiers français, pour plus de 21 000 ha. En poires cependant, seuls 382 producteurs adhèrent à l’ANPP, soit 22 % de la surface du verger national de poires. « Nous avons du mal à fédérer les producteurs de poires » ont reconnu les membres de l’ANPP. Les producteurs de poires adhérents sont souvent des « plus gros » producteurs, avec des surfaces moyennes de 3,5 ha, contre 1,6 ha pour la moyenne nationale. De fait, la filière, constituée d’une multitude de petites exploitations est très morcelée.

L’ANPP déplore par ailleurs de ne pas avoir atteint le taux de rénovation de son verger de 6 % par an, comme elle se l’était fixée. En 2016, le taux de rénovation s’élève à 3,92 %, c’est 0,69 % de moins qu’en 2015. Pourtant, 26,6 % du verger de l’ANPP a plus de 20 ans et nécessite d’être rénové.