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Biocarburants Les « pour » et les « contre » échangent leurs arguments

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Le développement des biocarburants fait toujours débat dans le contexte actuel de hausse mondiale des prix agricoles – mais aussi de hausse record de ceux du pétrole. La filière européenne continue d’insister sur le fait que la réussite de la deuxième génération de biocarburants dépendra de la réussite de la première. Pour sa part, Günter Verheugen, le commissaire européen à l’industrie, se « félicite que l’heure ne soit plus à l’euphorie à propos des biocarburants ».

La flambée des matières premières agricoles et les émeutes de la faim ont fait des biocarburants « un coupable idéal », mais la production européenne est différente des projets américains et brésiliens, se sont défendus les professionnels français du secteur au cours d’une récente rencontre avec la presse à Bruxelles.

Philippe Tillous-Borde, directeur général de Prolea, la filière française des huiles et protéines végétales, a justifié les efforts en faveur du biodiesel en rappelant notamment que « 75% du parc de véhicules de l’UE est équipé de moteurs diesel et utilise du gazole, importé pour 90% de Russie ». Il a aussi souligné que « chaque litre de biodiesel permet en outre de générer 1,5 kg d’aliments pour les élevages appelés à remplacer les tourteaux de soja importés du continent américain, principalement du Brésil et d’Argentine ».

« On ne réussira pas la deuxième génération de biocarburants, qui demande beaucoup d’investissements, si on n’a pas réussi la première génération », a averti par ailleurs M. Tillous-Borde.

Une réduction du déficit européen en protéines pour l’élevage

Le secrétaire général des comités des organisations professionnelles et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca), Pekka Pesonen, a rappelé lui aussi, le 27 mai, que « les coproduits des biocarburants sont des aliments pour animaux à haute teneur en protéines requis pour la production de viande et de produits laitiers ». Actuellement, a-t-il déclaré, « l’UE importe 80% de ses besoins en protéines destinées à l’alimentation animale, soit 35 millions de tonnes en équivalent tourteaux de soja à un coût d’environ 9 milliards d’euros ».

Selon M. Pesonen, « la production de biocarburants permettra à l’UE de réduire son déficit commercial dans ce secteur ».

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« Pas raisonnable », selon le commissaire européen à l’industrie

« Il ne peut pas être raisonnable de fabriquer du carburant pour les voitures à partir de plantes devant servir à l’alimentation humaine et animale », a affirmé pour sa part Günter Verheugen, le commissaire européen à l’industrie, dans un entretien accordé au journal Bild am Sonntag. « Je me félicite que l’heure ne soit plus à l’euphorie à propos des biocarburants », a ajouté le commissaire allemand, qui s’est prononcé pour que la recherche mette l’accent sur les biocarburants de deuxième génération et sur les technologies de l’hydrogène.

« Ce qui compte pour la Commission, c’est le développement durable. Si la production de denrées alimentaires est entravée, ou si la forêt tropicale est abattue, ça ne fonctionne pas du tout », a expliqué M. Verheugen. « Si les biocarburants entraînent un bilan environnemental négatif, on fait fausse route. Nous devrions y regarder à deux fois avant de miser sur les biocarburants de manière inconditionnelle ».

Le moratoire serait un « signal fort », selon M. de Schutter

Le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter (Belgique), a demandé le 22 mai à Genève, devant le Conseil des droits de l’homme de l’Onu, le gel des investissements et des subventions en faveur de la production de biocarburants. Selon lui, une telle décision enverrait « un signal fort » aux marchés et freinerait la spéculation sur les denrées alimentaires.

M. de Schutter a succédé début mai au précédent rapporteur sur le droit à l’alimentation, le Suisse Jean Ziegler, qui avait qualifié la politique en faveur des biocarburants de « crime contre l’humanité ».