Abonné

Observatoire de la formation des prix et des marges « Les prix agricoles rémunèrent rarement les facteurs de production »

- - 5 min

« Les prix agricoles rémunèrent rarement les facteurs de production, même en tenant compte des aides nationales et européennes », a souligné Philippe Chalmin, « à titre personnel », a-t-il insisté, lors de la présentation au Parlement du rapport de l’observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires. Cette situation est particulièrement vraie dans l’élevage allaitant. Autre enseignement du rapport, depuis dix ans, les marges des distributeurs ont progressé au dépend des fournisseurs sauf exception. « Certaines marges brutes des GMS m’interrogent », a concédé Philippe Chalmin sur les secteurs de la viande bovine, du lait, de la viande porcine...

«Aux prix auxquels ils sont rémunérés, les producteurs n’ont pas de quoi payer leurs coûts de production ni l’ensemble de leurs facteurs de production qu’il s’agisse du foncier et voire même du travail ». Cette analyse de Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire, est l’un des enseignements du rapport présenté au Parlement le 27 juin. Cette situation est particulièrement vraie dans l’élevage allaitant : « Si on prend en considération le prix de marché ainsi que les aides nationales et communautaires, les éleveurs n’arrivent quand même pas à couvrir leur coût de production », souligne Philippe Chalmin. « Ils se décapitalisent peu à peu ».
Autre enseignement : depuis dix ans, et sur bon nombre de produits issus notamment de l’élevage, les marges des distributeurs ont fortement augmenté tandis que la plupart de celles de leurs fournisseurs ont baissé, indique le rapport Chalmin. « Certaines marges brutes des GMS m’interrogent », a concédé Philippe Chalmin sur les secteurs de la viande bovine, du lait, de la viande porcine...
Pour la longe de porc par exemple, en 2000, 45 % du prix final allaient au producteur ; en 2010 il n’en percevait plus que 36 %. L’abatteur a également perdu une part de ses marges, ajoute le quotidien économique, passant de 11 % à 8,8 %. Le pourcentage du distributeur a, lui, augmenté de 39 % à 55 %. Un phénomène similaire concerne d’autres produits comme les produits laitiers de grande consommation.

GMS : marge à la baisse sur les yaourts

Les marges commerciales de la distribution s’inscrivent depuis le début de la période étudiée (2001) « dans une tendance à la hausse pour le lait UHT, l’emmental et le beurre, et à la baisse pour les yaourts. Faute de disposer pour l’instant de comptes détaillant les charges des GMS par rayon, il est difficile d’avancer des explications de ces évolutions », prévient le rapport. « Les marges commerciales des GMS représentent 35 % du prix au détail de l’emmental, 30 % pour le yaourt et 22 % pour le lait UHT (en 2009 ou 2010 selon le produit) Le coût d’achat de la matière première par l’industrie détermine 44 % du prix au détail de l’emmental, 33 % de celui du lait UHT et 15 % de celui du yaourt (en 2009 ou 2010 selon le produit) », peut-on lire.
En viande bovine, les données de prix industriels dont dispose depuis peu l’observatoire permettent, sur la période récente, de distinguer la marge brute de l’industrie de celle de la distribution. En moyenne de juillet 2010 à mars 2011, les marges industrielles et celles de distribution représentent respectivement 23 % et 29 % du prix au détail de la viande bovine, la valeur de la matière première agricole (qui doit couvrir le coût de production et le revenu de l’éleveur) y contribuant pour 43 %.

Des marges agrégées

En viande de volailles, l’observatoire ne disposant pas encore de prix sortie industrie, il n’a pu être procédé qu’à une première approche en termes de marge brute agrégée industrie-distribution. On observe une tendance croissante de cette marge brute agrégée sur 2003-2011, assortie néanmoins d’une certaine transmission des variations conjoncturelles de prix de l’amont vers l’aval. Cette croissance de la marge agrégée ne peut, « en l’état actuel des données disponibles, qu’être partiellement expliquée par la progression constatée des charges dans l’industrie de transformation ». Dans les filières des fruits et des légumes frais, « la marge commerciale des détaillants (GMS) s’inscrit, plus ou moins selon les produits, dans une tendance à rester constante ; c’est notamment le cas de la tomate ronde », souligne le rapport. « La marge commerciale représente en moyenne entre 35 % et 59 % du prix au détail selon les fruits et légumes ».

Discrétion

Les prochains travaux de l’observatoire porteront sur le contenu de la marge brute de la distribution ainsi que sur l’extension à de nouvelles filières comme le poisson et le vin. Le président de l’Observatoire, a insisté, à titre personnel « sur les fortes tensions qui existent à l’intérieur des filières de productions avec les industriels ». « On est très loin de la sérénité », a-t-il conclu même s’il a salué le « vrai dialogue » qui s’est instauré au sein de l’observatoire entre les différents acteurs. Toutefois, il a évoqué, « sans polémiquer», « la relative discrétion des GMS dans le travail de l’observatoire dans les six premiers mois ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.