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Intrants Les prix des engrais explosent

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Une fois de plus, le marché des engrais est en pleine tempête : les prix flambent, la demande augmente, et les volumes ne sont pas au rendez-vous. Certains agriculteurs montrent des signes d’inquiétude. Mais il est bien trop tôt pour parler de pénurie, estiment les fabricants.

Les prix des céréales montent… Mais les intrants ne sont pas en reste. Notamment les engrais, azotés, phoshatés ou potassiques. L’ammonitrate à 33,5 % d’azote, forme la plus courante sur le marché français, est passé d’un petit 200 euros/tonne à l’automne 2006, à 226 euros/t en octobre puis 248 euros/t en novembre. « En temps normal, les cours progressent à cette époque de 2 euros/t par mois », estime Adeline Amassovitch, chez Union InVivo. Les prix des solutions azotées et de l’urée, utilisée partout car jugée non dangereuse, explosent, tandis que les engrais phosphatés et potassiques flambent, victimes entre autres d’une pénurie de la production de soufre. Bien plus que la hausse des prix du gaz, c’est l’augmentation de la demande mondiale qui tire le marché. L’augmentation du prix des céréales et des matières premières modifie radicalement le paysage : plus question pour les producteurs de perdre un quintal, d’où leurs besoins en fertilisants. Les pays émergents sont très demandeurs : le Brésil veut optimiser sa production d’éthanol, l’Inde cherche à nourrir sa population. Selon certains experts, ils sont même prêts à payer plus cher pour s’assurer un approvisionnement. Et ils acceptent des livraisons par bateaux de 30 000 tonnes, ce qui simplifie la vie des fournisseurs.

Des importations en déroute

A l’image des deux géants, la Pologne ou la Géorgie, grands pourvoyeurs de l’Europe de l’Ouest, ne sont pas présents cette année : la première garde pour elle sa production, la seconde préfère vendre à la Russie. En France, ces importations manquent. Elles ne jouent pas leurs rôles de soupape sur le marché de l’ammonitrate, et font cruellement défaut en ce qui concerne les solutions azotées, où elles représentent en temps normal 50 % des volumes utilisés. Bilan : certains agriculteurs se plaignent de ne pas pouvoir s’approvisionner, les distributeurs enregistrent les retards de livraison. « J’attends des trains qui correspondent aux volumes que j’ai achetés en août et en septembre », constate Eric Guyot, qui travaille au GIE Rhonalpappro. L’Unifa (Union des industries de la fertilisation) a jugé utile de faire une mise au point, avec un communiqué diffusé le 5 novembre. « Les principaux producteurs d’engrais azotés ont augmenté de 10 % leurs livraisons d’azote à fin octobre », explique-t-elle. Et d’ajouter qu’ « ils ont été handicapés par des difficultés logistiques récurrentes : grèves de fret SNCF et pénurie de camions bennes ».

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Anticipation des besoins

Pour Philippe Eveillard, qui travaille au sein de la structure, « les distributeurs souhaitent tous anticiper les hausses de prix ». Peut-être ont-ils raison : si les emblavements de maïs augmentent encore aux Etats-Unis pour satisfaire les besoins en éthanol, sûr que les prix grimperont dès le début de 2008. En tout cas, les industriels ne sont pas en capacité de fournir le marché. « On ne peut pas nous demander de livrer une campagne complète avant la fin de l’année », estime Frédéric Altazin, chez DSM. Difficile de dire pour l’instant que les besoins ne sont pas satisfaits. Pour l’azote, par exemple, c’est désormais au printemps que les apports auront lieu, et tout dépendra des conditions climatiques. Il faut donc garder son calme. Même si en attendant, certains prennent tout ce qui est disponible… Et tant pis pour la qualité.