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Engrais Les prix des engrais phosphatés ont plus que doublé en un an

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Si les prix de l'azote ont explosé durant cette campagne, ceux du phosphate ont suivi le même chemin, faisant plus que doubler. La flambée a incité les acheteurs à anticiper. Aujourd'hui, les ventes sont arrêtées et le marché stabilisé. Reste à savoir pour combien de temps.

Quelque 170 %. C'est l'ampleur de l'augmentation qu'a subi le prix du DAP (Di-ammonium phosphate) en un an. La tonne de cet engrais phosphaté se négocie aujourd'hui à 1 200 dollars en prix fob pays d'origine contre 440 dollars en juillet dernier. Idem pour le TSP (Tri super phosphate), dont le prix Fob pays d'origine est passé de 375 dollars en juillet 2007 à 1 100 dollars ce mois-ci. A eux seuls, ces deux produits couvraient presque la moitié des utilisations françaises d'engrais phosphatés durant la campagne 2006/2007. La facture s'alourdit pour les zones structurellement importatrices comme l'Europe de l'Ouest, tandis que les exportateurs regonflent leur porte-monnaie. D'après un rapport de la banque Al-Maghrib publié en mai, le Maroc, qui dispose de la première réserve mondiale de phosphate, a vu ses ventes progresser de 42,5 % au premier trimestre 2008, pour atteindre 2 milliards de dirhams.

Flambée des prix du soufre

Selon les analystes, cette flambée des prix s'explique par la hausse de la demande, liée à la reprise des cours des céréales et à la hausse des surfaces. Selon l'Ifa (Association internationale de l'industrie des fertilisants), la demande en fertilisants phosphatés a augmenté de 4,5 % en 2007 par rapport à 2006. L'Inde et le Pakistan, notamment, ont développé leurs utilisations. Autre élément d'explication : la hausse fulgurante des cours du soufre, un élément indispensable dans le procédé de fabrication des engrais phosphatés. Alors que la tonne se vendait autour de 50 dollars à l'été 2007, il faut désormais compter plus de 600 dollars, voire 800 dollars selon certains, pour s'en procurer. Les mesures prises en avril par le gouvernement chinois ont achevé de tendre le marché des engrais phosphatés. Longtemps importateur, le pays est aujourd'hui le plus gros producteur au monde. En 2007, il est même parvenu à fournir le marché mondial. Sauf qu'en avril dernier, le gouvernement chinois a décidé de mettre en place une taxe de 130 % sur les exportations d'engrais phosphatés afin de protéger son marché intérieur. Elle doit être effective jusqu'en septembre prochain.

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Des achats anticipés

Pour tenter de contrer l'ascension des cours, les utilisateurs ont anticipé leurs achats. En France, par exemple, ils ont commandé le TSP en mars et en avril plutôt qu'en mai/juin comme ils le font d'habitude. Et c'est en mai qu'ils se sont fournis en DAP, alors que les achats ont généralement lieu en octobre et novembre. Depuis plus d'un mois, les ventes sont donc arrêtées. « Le marché est arrivé à une limite », estime Joël Du Chazaud, chez Fertilore. Les utilisateurs, qui ont couvert une bonne partie de leurs besoins, vont hésiter à compléter leurs achats. Le marché, qui s'est stabilisé, pourrait donc continuer sur cette voie. D'autant plus que pour certains, la spectaculaire envolée constatée depuis un an a un caractère artificiel et serait aussi due à l'arrivée des spéculateurs. Car « la hausse des coûts d'extraction ne justifie pas une telle augmentation ! », observe une spécialiste.

Des gisements vont entrer en production

A plus long terme, les cours devraient logiquement se détendre un peu. Comme pour le pétrole, des prix plus élevés vont permettre de développer les capacités de production, notamment en Inde ou en Chine. En Arabie saoudite, la société MPC (Ma'aden Phosphate Company) a signé le 15 juin un accord avec plusieurs organismes qui devrait lui permettre de financer un gigantesque projet comprenant l'exploitation de deux sites. Il devrait être opérationnel en 2012 et permettre la production de presque 3 Mt de DAP par an destinées pour l'essentiel à l'export. Et en Europe, où une seule mine est aujourd'hui exploitée en Finlande, un second chantier pourrait être ouvert dans ce même pays par Yara. Mais cela n'empêchera pas l'Europe de rester extrêmement dépendante pour son approvisionnement des importations, donc des fluctuations du marché international.