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FNP Les producteurs cherchent toujours la sortie de crise

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Les producteurs de porcs entrent dans une troisième année consécutive de pertes. Le cours de la viande ne décolle toujours pas sur le marché du porc breton et l’observatoire de prix et des marges ne donne pas satisfaction aux éleveurs. C’est dans ce contexte difficile que s’est tenue, jeudi 11 juin, l’assemblée générale de la Fédération nationale porcine. Le syndicat a demandé la création d’une cellule de crise au ministère de l’Agriculture.

C’est devant une assemblée clairsemée, de nombreux syndicalistes étant restés en région pour mener des actions contre la grande distribution à l’appel de la FNSEA, que s’est tenue, jeudi 11 juin à Paris, l’assemblée générale de la Fédération nationale porcine (FNP). Les producteurs de porcs sont naturellement mobilisés alors qu’ils entament une troisième année consécutive de pertes. Les bénéfices moyens enregistrés sur les deux années 2005 et 2006 par un élevage de 200 truies (+91 200 euros), sont équivalents aux déficits accumulés en 2007 et 2008 (-91 000 euros), selon les chiffres de l’Institut du porc (Ifip). La réunion, mercredi 10 juin, de l’observatoire des prix et des marges, n’a pas apporté les réponses attendues. « L’observatoire tel qu’il nous a été présenté ne nous satisfait pas », a indiqué Jacques Lemaître, vice-président de la FNP. Les éleveurs dénoncent les indicateurs retenus par les pouvoirs publics qui seraient inefficaces pour révéler les marges de la grande distribution.

Une cellule de crise au ministère de l’Agriculture

S’adressant à Caroline le Poultier, nouvelle conseillère technique chargée des productions animales auprès du ministre de l’Agriculture, Jean-Michel Serres lui a demandé « que dans quelques jours, quand un nouveau ministre sera nommé, une cellule de crise pour le secteur porcin soit mise en place ». « Nous n’avons pas la force du nombre des éleveurs laitiers, a précisé le président de la FNP, mais les exploitations porcines sont dans une situation bien plus difficile ». « Le prix du porc est aujourd’hui très en dessous de ce que l’on prévoyait il y a quelques mois », a indiqué Michel Rieu, responsable du pôle économie de l’Ifip. Les mois de mai et juin sont traditionnellement une période où la demande tire les prix vers le haut. Aujourd’hui tous nos voisins européens que se soit l’Espagne, l’Allemagne ou les Pays-Bas connaissent des perturbations. « Les observations ne nous donnent pas de raisons d’être optimistes », a concédé Michel Rieu.

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Une année atypique

En France, la consommation s’est maintenue en 2009 grâce à de nombreuses promotions en magasin. Les experts estiment que cette consommation devrait reculer de 2% cette année. Quant aux exportations, elles pourraient baisser de 15%. Selon l’Ifip, entre ces prévisions et une diminution annoncée de 2% de la production européenne, le marché devrait trouver son équilibre en 2009 avec des prix proches de ceux de 2008. « Mais ces calculs qui datent du mois de mai, sont encore trop optimistes », a tenu à nuancer Michel Rieu. Les trésoreries des producteurs ne devraient donc pas se renflouer en 2009, d’autant qu’un malheur n’arrivant jamais seul, le prix de l’aliment semble repartir à la hausse (+7 euros/tonne en mai, soit 1,1% d’augmentation). « C’est une année atypique, résume Jean-Michel Serres, en d’autres temps une baisse de 2% de la production européenne aurait suffi à faire bondir les cours sur le MPB ».

Organiser l’offre face à la distribution

Les producteurs de la FNP continuent de voir dans les restitutions à l’exportation et le stockage privé des moyens de résister à cette crise. Seulement Bruxelles ne cesse de repousser les demandes françaises. Tous les pays européens ne sont en effet pas d’accord sur l’efficacité de ces mesures. Les Pays-Bas, notamment, s’y opposent fermement. « Nous pensons que les prix vont finir par remonter, nous avons confiance dans le cycle du prix du porc. En sortie de crise, les abattoirs justifient le maintien de faibles prix d’achats avec les stocks », explique Wyno Zwanenburg, président du syndicat néerlandais de producteurs de porcs, NVV. De plus, il estime que ce sont les Danois, très gros exportateurs, qui tireront profit d’une telle décision. Bien conscient que ces aides européennes ne sont que des mesures d’urgence et que les manifestations contre la grande distribution ne suffiront pas à sortir durablement les éleveurs de la crise, Jean-Michel Serres a appelé les acteurs de la filière à s’organiser. « La forte concentration des industriels de la filière (en 2007 et 2008) n’a pas encore eu l’effet positif attendu, il faut maintenant que cette réorganisation permette de peser face à la grande distribution », a-t-il conclu.