L'intensification « soutenable » est la clé de la compétitivité française, selon Orama qui a organisé une table ronde sur ce thème au congrès de Mont-de-Marsan. Un économiste, un politique et un agrochimiste ont aussi apporté leur point de vue. Des voies d'amélioration ont été proposées. Explications.
« Développer l'innovation pour produire plus et mieux » : telle est la voie proposée le 11 février par Rémi Haquin, membre du bureau d'Orama, face au défi de la productivité et de la compétitivité. « On doit retrouver une croissance des rendements en céréales et oléoprotéagineux, garder nos moyens de production », a-t-il déclaré lors d'une table ronde sur « l'intensification « soutenable », clé de la compétitivité française ». Tout autre chemin présente à ses yeux le risque d'une baisse de la production, d'une hausse des importations, de la « casse » d'outils de transformation. « Faute de moyens en fertilisation, protection des plantes, on peut perdre en compétitivité par rapport à l'Allemagne ou l'Angleterre, a estimé Rémi Haquin. Le risque est une chute des exportations de blé, des achats de blé russes et ukrainiens par les meuniers. » Scénario catastrophe dans lequel les Anglais et Allemands nous enverraient leur farine, des outils disparaitraient pour un tas de secteurs comme l'amidonnerie, l'alimentation animale…
Loi « schizophrène »
« Il faut s'adapter au nouvel état du monde », a lancé Charles de Courson, député (UDI) et vice-président du conseil général de la Marne, réclamant un toilettage du droit du travail, fiscal, de la protection sociale, des conditions de production. Ses interventions ont été ponctuées d'applaudissements dans la salle, notamment lors d'un appel à « une MSA au service des agriculteurs ». Charles de Courson a réclamé une assiette de cotisations sociales basée sur l'année N, pas la moyenne triennale qui peut s'avérer « insupportable » quand le revenu baisse. Autre idée, celle de « libéraliser » la DPA (déduction pour aléas), en supprimant tous les critères de mise en oeuvre. L'applaudimètre a aussi grimpé lorsqu'il a parlé de « schizophrénie » à propos des OGM, interdits au champ mais autorisés à l'import, ou alors du principe de précaution, fruit d'une « crétinisation de la pensée politique ».
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Des marges de manœuvre sur le plan technique
« Faciliter l'accès à l'innovation est déterminant pour la compétitivité », a jugé Franck Garnier, président de Bayer France. Dans ce domaine, la France est moins bien placée par rapport à des voisins européens : plus de 31 mois sont nécessaires au dépôt de dossier d'un nouveau produit phytosanitaire, quand il faut 12 mois en Allemagne ou au Royaume-Uni.
L'économiste Jean-Marie Séronie, membre du conseil de direction de CER France, a, lui, cité une étude réalisée avec Arvalis montrant 40 % d'écart sur les coûts de production exprimés par tonne, et ce même en retenant 60 % des agriculteurs comme taille d'échantillon (les cas extrêmes étant retirés). « Il y a des marges de manœuvre dans la maîtrise technique. Et les écarts de performance entre exploitations sont en train de croître. » Une étude qui interpelle. Mais là où les congressistes ont vraiment tiqué, c'est quand Jean-Marie Séronie s'est interrogé : « Comment sortir d'un schéma de l'agriculture française qui capitalise sans arrêter ? », a-t-il lâché, en évoquant notamment le foncier. Un brouhaha s'est alors levé dans la salle.