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Les producteurs de légumes cherchent le modèle de contrat idéal

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Les producteurs de Légumes de France ont profité de leur 61e congrès national pour débattre de la question de la contractualisation. Convaincus de son intérêt pour équilibrer les relations commerciales, ils s’interrogent encore sur les limites de ses effets dans un marché ouvert.

Les producteurs de Légumes de France ont tapé juste lorsqu’ils ont choisi, il y a plusieurs mois déjà, le sujet de la première table ronde qui se tiendrait lors de leur 61e congrès national. La contractualisation : tel était le sujet qu’ont abordé les acteurs de la filière légumes, mais également les invités du secteur agricole, le 16 novembre à Marseille. Un sujet qui en cette période d’États généraux de l’alimentation tombait à point nommé. "Nous n’avons pas attendu les États généraux pour parler de contractualisation", a voulu rappeler Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France à l’ouverture de la table ronde. L’organisation des filières et des relations entre les maillons est un enjeu évident pour les producteurs de légumes qui souhaitent s’assurer un revenu juste.

Échec des contrats

"La formalisation contractuelle dans les fruits et légumes est obligatoire depuis 2010, pourtant très peu de contrats ont été signés", a indiqué en préalable le médiateur des relations agricoles commerciales Francis Amand. Pour Xavier Mas, président de l’AOP Fraises de France, ce constat n’est pas surprenant. "Nous travaillons sur du vivant, sur du frais, des contrats trop stricts ne peuvent pas fonctionner", a-t-il expliqué. De la souplesse, réclament les producteurs de légumes. Mais pas seulement.

Des prix oui, mais des revenus surtout

Les agriculteurs veulent aussi parler prix. Et les déclarations d’Emmanuel Macron à Rungis dans le cadre des États généraux de l’alimentation, selon lesquelles les contrats doivent être bâtis à partir des coûts de production séduisent, mais pas assez. "Si l’on dit aux agriculteurs qu’ils vont être payés au niveau de leurs coûts de production, moi je leur conseille plutôt d’arrêter le métier !", s’est exclamé Thierry Roquefeuil, président de la FNPL (lait). "C’est un premier pas", a expliqué Francis Amand, rappelant que certains agriculteurs vendent au-dessous des coûts de production. "Je parle des coûts de production comme d’un prix plancher, mais bien sûr que je souhaite que les agriculteurs tirent un revenu".

La pression du marché

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Le problème, et le monde agricole en a bien conscience, est que même une relation contractuelle basée sur la confiance entre les parties et construite de manière à "prendre en compte tout ce qui pourrait déséquilibrer les relations commerciales", comme le conseille Francis Amand, ne suffit pas. Car "on ne peut pas ignorer le marché", fait remarquer André Bernard, président de la Sonito (tomate d’industrie). Ni "la concurrence des pays qui appliquent des règles moins strictes que les nôtres", renchérit Luc Barbier, président de la Fédération nationale des producteurs de fruits.

Vrai, a repondu Éric Lepêcheur, président de Restau’Co. "Moi je veux bien acheter des yaourts français de meilleure qualité à un prix élevé, mais lorsqu’un hôpital me dit que mon repas doit coûter 1,60 €, je ne peux pas…" Pour le professionnel de la restauration collective, les débats menés lors de la table ronde étaient intéressants, mais le cœur du problème est que "tant que l’on n’aura pas réglé les problèmes de distorsion de concurrence en Europe", on restera dans l’impasse.

Un guide de la contractualisation

Les agriculteurs refusent cependant d’abandonner. "Si on ne pose pas l’équation et qu’on ne la résout pas, ce sont des pans entiers de l’agriculture qui vont disparaître", a lancé Thierry Roquefeuil. Alors plutôt que de s’avouer vaincus, les producteurs de légumes ont décidé d’être proactifs : ils ont préparé un guide de la contractualisation qui doit leur permettre de rééquilibrer les relations commerciales, d’agir collectivement sur les prix à travers une bonne gestion des volumes et des promotions en lien avec ces derniers.

Ils seront prêts à rendre leur copie à Emmanuel Macron le 10 décembre.