La production de farines d'insectes pour l'alimentation animale commence à devenir compétitive. Mais l'UE interdit pour le moment leur utilisation pour nourrir les animaux d'élevage. Les producteurs viennent de se fédérer au niveau européen pour faire valoir leurs arguments auprès de la Commission européenne.
La Plateforme internationale d'insectes pour la nutrition et l'alimentation animale (IPIFF) a formellement été lancée, le 13 avril à Bruxelles. Objectif des entreprises (françaises, allemandes, néerlandaises et sud-africaines) qui se sont ainsi organisées : permettre aux produits d'insectes élevés sur substrats d'origine végétale d'être utilisés comme source de protéines pour l'alimentation des animaux d'élevage. La législation européenne actuelle ne couvre pas les spécificités des protéines d'insectes. Actuellement, elles ne sont autorisées que pour l'alimentation des animaux de compagnie. « Aujourd'hui, avec des pilotes et quelques unités industrielles, nous sommes en train de prouver que nous pouvons produire à grande échelle en étant compétitifs. Mais nous avons besoin de visibilité pour investir », explique Antoine Hubert, président d'IPIFF et directeur de la société française Ynsect.
Pas d'abattoirs reconnus
D'un point de vue réglementaire les farines et graisses d'insectes ne sont pas considérées comme des protéines animales transformées (ou farines animales). Elles ne peuvent entrer dans cette catégorie car les insectes ne peuvent pas être abattus dans des abattoirs enregistrés auprès de l'UE. C'est cette barrière que les producteurs cherchent à faire lever. Car, si les farines d'insectes étaient considérées comme farine animale elles pourraient entrer dans l'alimentation des poissons (car issues de non-ruminants) voire, selon les évolutions règlementaires, des non-ruminants (porcs et volailles). Les producteurs ciblent dans un premier temps le marché de l'alimentation pour poissons avant, espèrent-ils, de pouvoir s'attaquer aux secteurs du porc et de la volaille. Et à plus long terme faire reconnaître leurs produits pour la chimie verte et les engrais.
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L'UE est dépendante pour près de 80% de ses importations de protéines (soja notamment). De plus, les insectes présentent un taux élevé de conversion des produits végétaux en protéines. Enfin ils peuvent être nourris avec les déchets de la chaîne alimentaire (fruits et légumes périmés, hors calibre…) et ainsi limiter le gaspillage. Autant d'arguments que l'IPIFF tente de faire valoir auprès de la Commission européenne. Mais avant de prendre une décision, Bruxelles attend, pour le mois de septembre, une évaluation qu'elle a commandée à l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).
Dans un avis publié le 9 avril, l'Autorité française de sécurité des aliments (Anses) propose d'établir au niveau européen des listes des différentes espèces pouvant être consommées et de définir un encadrement spécifique des conditions d'élevage et de production des insectes et de leurs produits afin de garantir la maîtrise des risques sanitaires. L'agence française estime également qu'il faudrait explorer la question du bien-être animal pour ces catégories d'invertébrés. « Le développement de l'élevage des insectes devrait s'accompagner de l'élaboration de recommandations sur les bonnes pratiques (élevage, transport et abattage) », recommande en conclusion l'Anses. Elle souligne enfin la nécessité de fixer des limites maximales de résidus (LMR) pour les produits phytopharmaceutiques, les médicaments vétérinaires et les intrants de cultures